‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 49 sur 477 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

l'enseignement MOVEiN ET l'ANCIEN HUMANISME.

On doit à la congrégation des « Frères de la vie commune , fondée par Gérard Groote ' dans les Pays-Bas, l'établissement de nombreuses et florissantes écoles, qui, à l'époque dont nous nous occupons, eurent une influence très-heureuse sur le développement intellectuel du peuple; ces écoles se multiplièrent peu à peu, et s'échelonnèrent, en remontant le Rhin, jusqu'en Souabe. Vers la tin du quinzième siècle, elles s'étaient propagées de l'Escaut à la Vistule, de Cambrai (à travers toute l'Allemagne au nord) jusqu'à Culm, dans la Prusse occidentale. Les religieux qui les dirigeaient plaçaient bien au-dessus de la science proprement dite l'éducation chrétienne, et la formation de la jeunesse à une piété solide et pratique était le premier but qu'ils se proposaient d'atteindre. Tout leur enseignement s'inspirait de l'esprit chrétien. L'élève, sous leur direction, apprenait à considérer les principes religieux comme le fondement de l'être moral, comme la base de toute véritable éducation; cependant on ne négligeait pas de lui donner, dans une large mesure, des notions scientifiques; il était initié à .une bonne méthode de travail, en sorte qu'un goût sérieux pour l'étude personnelle se formait en lui. Aussi de tous côtés la jeunesse, désireuse de s'instruire, accourait dans les établissements des Frères. A Zwolle, le nombre des écoliers variait entre 800 et 1,000; à Alkmaar, on en comptait 900; à Herzogenbusch, 1,200; à Deventer, vers l'an 1500, il y eut jusqu'à 2,200 écoliers-. Comme l'enseignement était gratuit chez les Frères, leurs écoles étaient accessibles aux gens de petites ressources. Dans les villes alle-

' Pour l'appréciation de cet homme illustre et trop peu connu, voy. Tuhingcr Tkeol. Qunrtalschiift, 652, 280-305. — Voyez aussi l'excellent travail de K. lIiRScnr: dans la Hazog's Healencijclopédie, 2^, p. G78-760.

- Delprat, p. 32, 37, 47. — BuTZBVcn, ll'anderbuch'ein, p. 167.

mandes où ils n'avaient pas d'établissements, ils prenaient néanmoins un vif intérêt à l'instruction de la jeunesse, fournissaient des maîtres aux écoles de la ville, payaient la rétribution scolaire des écoliers pauvres et leur procuraient des livres et d'autres moyens d'instruction. Le pape Eugène IV donna à l'archevêque de Cologne et aux évoques de Munster et d' Utrecht l'ordre formel de veiller à ce que l'action si utile des Frères ne fiit troublée ni entravée par personne (1431). Les papes Pie H et Sixte IV le surpassèrent encore dans la protection marquée qu'ils leur accordèrent. Mais parmi les princes de l'Église d'Allemagne, leur protecteur le plus actif fut le cardinal Nicolas de Cusa, qui avait été lui-même élevé à Deventer, et y avait fait une riche fondation en faveur de vingt étudiants pauvres de « son pays du Rhin ' . Il prêta aux Frères un puissant appui, et favorisa l'extension de leur Ordre. Le plus illustre des protégés du cardinal, Rodolphe Agricola, faisait partie de ce groupe déjeunes gens distingués que le vénérable Thomas à Kempis réunissait autour de lui à Zwolle-; il faut encore citer les trois Westphaliens Alexandre Hegius, Rodolphe de Langen et Louis Dringenberg parmi ses plus remarquables disciples; tous trois furent aussi remarquables par leur savoir que par l'élévation de leurs sentiments religieux et la pureté de leurs mœurs. C'est à leur zèle ardent qu'on doit la restauration des études classiques sur le sol allemand, et l'onpeutles considérer comme les pères de l'ancien humanisme. Il est â remarquer (jue la culture intellectuelle de ces trois savants avait subi la profonde influence de ce même homme, qui, dans son livre de ï Imitation de Jésus-Christ et dans ses autres écrits, fit éclore dans la congrégation des " Frères de la vie commune la fleur la plus exquise de la piété ascétique.

Les anciens humanistes de notre pays n'avaient pas moins d'enthousiasme pour l'héritage grandiose légué par les peuples de l'antiquité que n'en eurent plus tard leurs successeurs, lorsque, réunissant tous leurs efforts, ils fondèrent, vers 1510, une école nouvelle. Avant eux leurs prédécesseurs du quinzième siècle avaient vu dans l'étude de l'antiquité un des plus puissants moyens de cultiver avec succès l'intelligence humaine, un terrain inépuisable et fécond pour toutes les nobles aspirations. Mais, dans leur pensée, les classiques grecs et latins ne devaient pas être étudiés dans l'unique dessein d'atteindre en eux et par eux le but et le terme de toute éducation; ils entendaient les mettre au service des intérêts chrétiens. Ils trouvaient excellent que l'esprit de leurs contemporains se retrempât dans l'étude de la vie intellectuelle des anciens et acquit une connaissance plus exacte de

• Delprat, p. 32, 46, 91. — Revils, p. 119-152.

' VOy. DlLLE>BLRGER, p. 4-7.

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