‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 52 sur 477 · VIE SCOLAIRE · texte numérisé non relu

VIE SCOLAIRE

<|ija(rc vertus cardinales, les lettres de Gasparin, une hymne de Gersoii en Tlionneur do saint Joseph, deux ouvrages de Boece, le prolo(jue de saint Jérôme sur la Bible, Térence, et les cinq premiers livres de l'Enéide. Tout jeune qu'il était, il dut même apprendre (|(ielques notions de philosophie et de jurisprudence, et étudier les Pères de TK^jUse. " On m'exerçait, écril-il, sur les cinq traités de dialectique de Pierre d'Kspagne; après le repas, je lisais à mon oncle les livres de Moise, les livres historiques de l'Ancien Testament, les quatre Evaiifjiles et les Actes des apôtres. Je lus aussi un ouvra{je sur les quatre fins dernières, un autre sur les âmes; une partie des discours de saint Augustin aux solitaires ; le livre d'Augustin d'Ancône sur la puissance de l'Kglise et une introdution à l'étude du droit. J'appris par cœur par ordre alphabétique les quatre chapitres du troisième livre des Dcm'tr/lrs, avec les règles et les principes du droit d'après Panormiton. Outre cela, mon oncle eut soin que dans les autres écoles j'entendisse lire les Bucoliques, le Théodnie, et le sixième traité de Pierre d'Espagne. Les prêtres qui secondaient mon oncle m'expliquaient aussi les Évangiles des dimanches et des fêtes, le traité de Cicéron sur l'amitié, l'introduction de saint Basile aux études d'humanité, e! la guerre de Troie, d'Homère'. ^ Eck lisait encore à lui tout seul (juantité d'autres livres latins et allemands. Ainsi préparé, il entra on 1498, n'étant encore âgé que de treize ans, à l'Université d'Heidclberg, et deux ans après, fut élevé à Tübingen à la dignité de maître es arts -.

On trouve de fréquents exemples de pareille précocité d'esprit dans les jeunes étudiants universitaires de cette époque. Le mathématicien et astronome Jean Müller, de Kœnigsberg, en Franconie, se fit immatriculer à l'âge de douze ans à l'université de Leipzig, et dès sa seizième année obtint le grade de maître es arts à Vienne ^ Jean Reuchlin et Geiler de Kaisersberg commencèrent dès quinze ans leurs études à l'Université; Jean Spieshaimer, surnommé Cuspinianus, faisait des cours à l'école supérieure de Vienne, sur Virgile, Horace, Lucain, Salluste et Cicéron, n'ayant encore que dix-huit ans ^ Trois ans après, il professait la philosophie, l'éloquence et les arts libéraux. Dans sa vingt-septième année, il fut élu recteur de l'Université ^

On peut bien dire que depuis quinze siècles et demi on n'avait jamais vu parmi nous une soif d'instruction plus ardente. De là venait

' Voy. KnvFFT, Mitthciluiigm^ p. 249-250. ^ Sur Pntken, voy. Pelz, p. 2', 117-119. ' \VF,Lzr\mcH, p. 124.

* MeLSFR, t. m, p. 88-90. — WlFPEMANN, p. 3-(j.

* Fiedler, p. 3. — .Aschbach, Wiener Universität, t. I, p. 358.

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cette application soutenue qu'on remarque même chez les tout jeunes gens, et cette passion de savoir qui ne connaissait nul repos jusque dans Textreme vieillesse.

A l'école comme dans la maison paternelle, régnait une discipline qui convenait à tons égards à cette génération vigoureuse et rude; la verge et le bâton gouvernaient. L'empereur Maximilieu lui-même reçut dans sa jeunesse des coups bien appliqués de la main de son maître*, et le margrave Albert de Brandebourg, dans un voyage qu'il fit en 1474, annonçait à sa femme qu'aussitôt après son heureux retour, il se proposait de - poivrer ■ ^ avec la verge, elle, son jeune fils le petit Alberl, et les ■ demoiselles •.

Le sceau scolaire de la ville d'Hoxter, qui nous a été conservé, montre bien le rôle imporlant que jouait alors la verge. Nous y voyons un maitre d'école, revêtu d'une robe à larges plis, la tête recouverte d'un bonnet rond; il est assis, et brandit une verge de sa main droite levée. Un petit garçon est agenouillé devant lui; de sa main gauche, le maître tient le menton de l'enfant et lui relève la tète^ Dans bien des localités avait lieu annuellement, en été, la procession des verges. Conduite par ses maîtres, et accompagnée par la moilié des habitants de la ville, la jeunesse des écoles se rendait au bois pour faire elle-même la provision de verges destinées à ses propres besoins. Une fois que cette provision était faite, la troupe, dans un joyeux tumulte, s'ébattait dans la verdure, se paraît de couronnes printanières, se livrait à toutes sortes de jeux et d'exercices gymnastiques; ensuite, les écoliers étaient régalés par les maîtres et les parents. Chargés de l'instrument de leur supplice, ils rentraient le soir dans la ville, parmi les chants et les rires. Une chanson composée pour cette circonstance nous a été conservée :

Vous, nos pères, vous, nos bonnes petites mères,

Reäjardez, voici que nous rentrons

Chargés de bois de l)0uleau!

Il nous sera très-utile

Et nullement dommageable.

Votre volonté et Tordre de Dieu

Nous ont contraints de porter nous-mêmes en ce jour

Nos propres verges

Avec un joyeux courage*!

En dépit de l'effroi que pouvait causer aux enfants la verge ou le bâton, une joie innocente, un esprit d'insouciante gaieté régnaient

' Voy. Erhvui), t. I!I, p. 429-i3î. — JIorwwiTZ, Xalionak Gesclùlschreibug, p. 70-92. — AscHii.vcii, Wiener L'nirersiliii, t. II, p, 284-287. - Voy. Zappekt, Gcspröchbüchlein, p. 224.

•* HÖFLER, Archiv, fur Kunde Oslerr. Gesckichlsqael'-cn, t. VII, p. 104. * Kriegk, Burrjerthum, neue Folge, p. 68. — Voy. Falk, Schulen am Mitlelrhein, p. 51.

.lACQUES VVIMI'UKLIN«;. 61

dans les écoles. C'est cet esprit qui donna naissance aux nombreuses fë les scolaires, aux représcnfalions lliéàtralessi (rcqucnfes alors', à la tète de saint (jréjjoire ou jeu de Tévôque, à celles du carnaval, de saint André, de saint Nicolas, de Xoël *, fêtes qui dans leur {jaielé franche et sp;intauée exerçaient une action si bienfaisante sur la jeunesse, elluidontiaienl l'Iieureux sentiment du plaisir de vivre.

L'école florissante dirigée à Sciilestadt par Louis Dringenberp;, et qu'on avait surnommée la • perle de l'Alsace ", avait une importance encore plus grande que les établissements du Khin dont nous avons déjà parlé. Elle tenait le premier rang en Allemagne parmi les écoles où la lecture des classiques et les études historiques concernant l'histoire nationale étaient poursuivies avec le plus de zèle^ Elle comptait souvent de sept à huit cents élèves*; et parmi ceux-ci, à côté d'un Jean de Dalberg et d'un Geiler de Kaisersberg-, nous voyons apparaître le futur " instituteur de l'Allemagne ', Jacques Wimpheling^

Wimpheling naquit à Schlestadt en 1450. C'est une des plus influentes et des plus attrayantes personnalités de la fin du moyen âge. ]Non que son caractère fiU aussi bienveillant, irréprochable, élevé au-dessus de tous les malentendus d'ici-bas que celui d'un Agricola ou d'un Hégius; il était, au contraire, mordant et âpre dans la discussion " , souvent imprudent dans ses paroles, et maladroitement hardi dans ses sorties. Outre cela, s'il faut en croire ses propres aveux sur lui-même, la maladie et l'excès de travail le rendaient de temps en temps injuste et amer. Mais sa conduite noble et désintéressée, son infatigable activité comme professeur et écrivain, sa constante et prompte bonne volonté pour le bien, lui avaient gagné les cœurs de ses contemporains ^ Wimpheling n'était pas seulement un savant, c'était aussi un publiciste; sa grande énergie morale, son

' Kriegk, p. 98-99. — Voy. la Germanie de Pfeiffer, t. F, p. 134. — Falk. Die Schul und Kinder/este i)n Mitlclaller [Fraïii^fort, 1880j. — \ette.sheim, p. 145-157. ^ Voy. KuiEGK, Büigrrllium, t. I, p. 435-442. ' Id., Bürgerlhum, neue Folge, p. 93-94.

* Wimpheling, De arte impressoria, fol. 17.

'En 1517, l'école comptait neuf cents élèves. — Röukig, p. 207-209. — Schreiber, t. I, p. 119-121. — Bader, Gcsch. der Stadt Freiburg, t. I, p. 530.

* GoEDECKE, Narrenhcscilicörung, t. MI-XIV.

' Sur Wimphelinfï, voy. les travaux de Wiskowatoff et de Schwarz , puis Aufsatz in den Hialor, t'ont. Blattern, t.LXl , p. 593-613.

incorruptible amour de la vérité, son noble esprit de patriotisme le rendaient particulièrement propre à populariser la science, cbo-e dont jusque-là on s'était encore peu soucié. Son savoir, comme ses facultés littéraires, furent uniquement consacrés à son propre perfectionnement, à l'élévation de l'esprit national dans toutes les classes du peuple, à la réforme des abus ecclésiastiques et à la gloire de son pays. " A quoi bon tous les livres, écrit-il, à quoi bon les plus savants ouvrages, les plus profondes recherches, s'ils ne servent qu'à flatter la vanité de leurs auteurs, et ne font, ni ne veulent faire progresser le bien général? Une science si aride, si inutile, si nuisible, venue de l'orgueil et de l'égoisme, ne peut que produire une présomption coupable et que fomenter toutes les mauvaises inclinations et toutes les passions impures. Si ces sentiments dominent dans l'âme d'un auteur, sesécritsne sauraient exercer uneboune influence. >■■ " A quoi toute notre science peut-elle nous servir «, demande-t-il à un autre endroit, - si nous n'avons pas les nobles intentions qui y correspondent? A quoi bon tout notre travail, s'il ne nous conduit à la piété; toute notre science, si elle ne nous donne l'amour du prochain; toutes nos lumières, si nous ne devenons humbles? Pourquoi l'étude assidue, si elle ne nous remplit d'urbanité? "

La meilleure manière, selon lui, d'atteindre les résultats les plus pratiques et les plus utiles, c'est de se vouer à l'instruction; car c'est de la meilleure éducation de la jeunesse que doit sortir la vraie réforme, non-seulement celle de l'Église, mais encore celle de l'ordre légal dans la société et dans la famille. Le véritable fondement de notre religion >^, écrivait-il en dédiant à son ami le prévôt du chapitre de Spire, Georges de Gemmingen, l'un de ses écrits pédagogiques, '■ le soutien de toute vie honorable, l'ornement de toute condition, la prospérité de la chose publique, la connaissance solide de la doctrine sacrée, la victoire assurée sur l'impureté et les passions, tout cela repose sur une éducation bien entendue, à laquelle on a su apporter des soins intelligents. »

Aussi la formation de la jeunesse était-elle le souci dominant de sa vie; si Hégius, dont il ne prononçait le nom qu'avec vénération, fut le plus grand pédagogue allemand de son siècle, Wirapheling fut le plus parfait des écrivains pédagogiques de l'époque et l'un des plus excellents promoteurs d'un enseignement perfectionné, basé sur une manière essentiellement chrétienne d'envisager le monde et la vie. Aussi Reuchlin l'appelait-il « une colonne de notre religion ;, et après sa mort, Beatus Rhenanus, faisant son éloge, disait de lui : « AVimpheling, en aimant, encourageant et protégeant l'éducation de la jeunesse, a travaillé plus que personne en Allemagne au progrès de la science. ^ A l'exemple d'.i^^neas Sylvius, qui avant son élévation

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