L'EMPEREUR MAXIMILIEN PROTECTETR DES SCIENCES ET DES ARTS
avaicnl (ail aiiIrcCois frapper, (lu'oii déco livra il et qu'on venait lui apporler, il les conservait, et les faisait peindre dans un livre, de sorle ([ne souvent un souverain dont le nom sans lui eût é(é absolument effacé, lui devait comme une vie nouvelle. Il avait fait aussi récrire riiisloire des princes (jui avaieiK régné dans les temps passés, et se plaisait à remettre en mémoire leurs bonnes actions. Ouelle noblesse d'âme véritablement royale dans ce jeune et s.1{;e roi! 11 doit servir d'exemple à tous les souverains futurs, et leur montrer comment ils doivent garder et vénérer la mémoire de leurs j)rédécesseurs '. >'
Wiinpliclin}; écrit de même : " Tout ce qui peut jeter quelque lumière sur le passé du peuple allemand, est l'objet de la vive sympathie du Roi. Il se plonge dans l'étude des vieux chroniqueurs et historiens; il fait recueillir et publier leurs écrits, et pour cela entre en correspondance ou entretient des rapports personnels avec les hommes les plus instruits. » " Il consulte les savants de son entourage sur la composition d'une histoire destinée au peuple, et qui doit paraître sous ce titre : Galerie des ancêtres allemands -. »
Il avait chargé Peulinger de composer un vaste ouvrage, le Livre des Empereurs. Il préparait également un recueil de documents relatifs à la maison de Habsbourg. =- Pour ce livre non-seulement l'Empereur faisait venir de tous côtés des chroniques et des documents, mais encore, il apportait à Peutinger le résultat de ses recherches personnelles, et parfois provoquait les franches critiques de son savant ami \ ■■ Maximilien tit explorer une grande partie de l'Allemagne, de l'Italie et de la France par ses historiographes, Jean Stabius, LadislasSuntheim et Jacques Manlius, qui amassèrent dans les monastères de ces pays de nombreux manuscrits. Aidés par la libéralité de l'Empereur, Conrad Celtes et le mathématicien André Stiborius parcoururent l'Allemagne du Nord pour y recueillir les matériaux nécessaires à un grand ouvrage d'histoire, de géographie et de statistique. Wimpheling assure que dans un pressant besoin d'argent, Maximilien mit un jour en gage un joyau qui lui était cher, afin de rendre possible la continuation d'un voyage scientifique entrepris sous ses auspices. C'est lui qui chargea Suntheim de recueillir les matériaux d'une histoire généalogique de la maison de Habsbourg et d'autres maisons princières allemandes; l'historiographe Stabius et le savant médecin et archiviste impérial Jean Spieshaimer, surnommé Cuspluianus, préparèrent par son ordre la première édition d'Otto de Fraising et de son continuateur Radévicus.
' U'ci'sskunig, p. 68-69
- De firCe imjircssoria. fol. 12.
^ Voy. lIlRBERGEIX, p. 64-67.
124 L'INSTrUCTIOX POPULAIRE ET LA SCIENCE.
Ce que faisait l'Empereur pour la scienceétait conçu d'après un plan si suivi; tous ses efforts se rattachaient si bien les uns aux autres pour atteindre la même fin, qu'il semblait être le chef d'une vaste confrérie de savants réunissant tous leurs efforts pour le progrès de l'histoire des antiquités nationales. Au prix de beaucoup de peines et de sacrifices l'Empereur eut enfin la joie de réaliser le but qu'il avait toujours poursuivi avec tant d'ardeur : il donna vie et chaleur au sentiment patriotique et - rendit plus cher à chacun le sol de la patrie ' ».
Maximilien sauva de l'oubli un grand nombre de monuments historiques et littéraires; légendes, chants populaires furent, grâce à lui, conservés à la postérité. On lui doit entre autres la préservation d'une des plus précieuses perles de la poésie allemande au moyen âge, un poëme d'une aussi grande valeur, peut-être, que les i\ibelungen : le Giidrun^, qu'il fit insérer dans le recueil des parchemins conservés au château d'Ambras, en Tvrol.
Comme écrivain, l'Empereur s'est fait connaître par le Thcucrdank et le Wcisskunig. Il conçut lui-même l'idée du Theucrdanh, poëme allégorique dont sa vie privée fait tout le sujet. Il est l'auteur de la plus grande partie des chants qui y sont mêlés et qui furent revus et retouchés par son secrétaire Melchior Pfinzing, prévôt de Saint- Alban à Mayence. L'ouvrage, dont la première édition appartient aux plus étonnantes créations de la typographie, rencontra chez les couiemporains la sympathie la plus vive, parce qu'ils y voyaient retracée dans une brillante lumière la personnalité chevaleresque et noble de l'Empereur. Au point de vue poétique, cet ouvrage est assez pauvre et dénué d'invention; mais le langage en est sérieux, mesuré; il manque, il est vrai, d'énergie et d'ampleur, mais non de pureté de style ni de choix d'expression. Le poëte royal a voulu démontrer que dans tous les combats imaginables de la vie, un esprit résolu et une ferme confiance en Dieu finissent toujours par remporter la victoire. En effet, son héros parvient au but. Au milieu d'épreuves et de souffrances sans nombre, il se dirige vers lui avec grandeur d'àme et sans effort. Sa conscience loyale et pure lui sert de guide. Sa foi inébranlable lui donne le courage et l'énergie nécessaires; il triomphe, il obtient sa récompense malgré la nuée d'ennemis qui lui font obstacle, et en dépit de toutes les tempêtes imaginables ^ Ou se souvient involontairement en lisant le
' Voy. Wattenbach. Deuichlands Geschicklsquellm, p. 2-3. — IIorawitz, Xationii/c Gcschichlschrcihung , p. G9-70, et notre article intitulé : Maximilians Bedeutung für DcuUchland, dans le Catholique. 1869; p. 528-534.
- Voy. Pfeiffeu, Germanie, t. XI. p. 381-384; t. IX, p. 381-384.
M'oy. IlALTAis, p. 34, 9G, 109-110. — Dans un ouvj-arre intitulé : Frcydal, l'Empereur voulut poéti.-er et äjlorifier par l'art ses fiançailles avec Marie de Bourgogne, et les tournois et divertissements qui les suivirent. Ce splendide
L'EMPEr.EUR MAMMIMEN F'KOTIC I ECli DFS SCIENCES ET DES AKTS. 12.>
WehsJiuniu, du flcssin d'Albert Diirci" : le Chevalier, la Mort et le Démon.
Le TIteuerdanli décrit la vie privée de TEmpereur sous le voile de rallé[',orie, et rouvi"i{;e en |)rose et non alIc{',ori(jue du \Vcissknni(j (le roi sa(>e) Iraile, dans la parue composée par Maximilien, de sa vie publique et des événements imporlaiils de sou rè^jue'.
L'Empereur, en parlant des savants, avait coutume de dire " que c'était à eux de régner, et non d'être soumis, et que les plus grands bonneurs leur étaient dus, parce que Dieu et la nature les ont plus favorisés que les autres > ; ou comprendra donc facilement qu'il recbercbût leur constant commerce; il les disîiuj'juait, les récompensait, et confiait â leurs soins les emplois les plus importants. Presque tous ses conseillers étaient des bommes de science, des amis, des promoteurs de la littérature classique, et ses histono{;rapbes, que nous avons déjà nommés, en faisaient partie. Jean Stabius, que l'Université de Vienne comptai! parmi ses plus illustres savants, accompa- {jnait l'Empereur dans presque tous ses voyages. Le sénateur impérial Sébastien Sprenz, plus tard évêque de Brunn, se distinguait par sa connaissance de l'bébreu et des sciences exactes. Les conseillers impériaux Ulricb de Ilelfenstein, .lacques Spiegel, Jacques Villinger, Jacques Bannisis, Georges Neudecker et d'autres, étaient tous regardés par les humanistes comme des savants éminents, et prêtaient leur appui à la nouvelle direction donnée aux études scientifiques. Le chancelier et conseiller intime de Maximilien, Mathieu Lang, plus tard évéque de Gurk et archevêque de Salzbourg ^ était le plus prôné de (ous. La cour de Maximilien était " l'école de toute vraie civilisation ^ et la tille chérie de l'Empereur", l'Université de Vienne brillait d'uu éclat et d'une gloire qu'aucune autre Université n'égalait eu Allemagne K
Dès le règne de Frédéric III, l'Université de Vienne s'était acquis un renom universel grâce à ses illustres mathématiciens et astro-
ouvrage, dont la mort de l'Empereur empêcha ia publication, contient deux cent cinquante-cinq dessins exécutés avec soin. Voy./^rfyr/a/ de l'empereurMaximilien I". Turniere und Mununereioi, publié SOUS la direction du chambeHan François, comte Folliot de Cheneville oe Ouiai.\ de I.eitneu, Vienne, 1880.
' Voy. le beau travail de Eiliencron sur le U'.isd'unig, 328-329.
3 Voy. IIagen, t. I. p. 220-222. — Il0RAV>irz, .VaCionale Geschichtsckreibitng, p. 90-100. — AsHBACH, Wanderjahre des Conrad Celles, p. 119. — Euuaud, t. II, p. 98, et t. III, p. 429.
' IlALTAUS, p. 10.
* D« arte impressoria, fol. 12.
nomes, .lean de Gmunclen, Georges de Peuerbacli et Jean Müller, surnommé llegiomontan. Dans aucune autre Université, l'astronomie et les mathématiques ne furent professées par de plus grands génies et n'eurent de plus brillants résultats '. Peuerbach et Regiomontan furent les premiers qui, par leurs cours sur les poètes et les prosateurs latins, y donnèrent l'élan aux études humanistes'. Bernard Perger, maître es arts, y introduisit une méthode perfectionnée d'enseigner le latin, et composa dans ce but, d'après une grammaire de l'archevêque iSicolas de Siponio, un livre d'enseignement dont on connaît dix-huit éditioas et rééditions antérieures à 1500 \ Dès 1457 on expliquait à Vienne des auteurs grecs, et quelques-uns même des plus difficiles \
Mais l'humanisme ne commença vraiment à y progresser que lorsque Conrad Celtes, savant d'une intelligence hors ligne, y vint professer, sur la demande expresse que lui en fit l'Empereur^ (1497). Par ses manières de voir toutes païennes et matérialistes, par son genre de vie épicurienne. Celtes n'appartient pas au groupe des anciens humanistes chrétiens, si graves, si retenus dans leurs mœurs. Il est bien plutôt du nombre des savants émancipés qui formèrent plus tard une nouvelle école; il s'attirait à cause de cela le blâme de la noble Charité Pirkheimer, qui lui reprochait avec une entière franchise de parler du paganisme classique d'une manière partiale et propre à flatter de mauvaises tendances'''. Mais il faut laisser à Celtes le grand mérite d'avoir constamment cherché à exciter en Allemagne l'amour de la science, et surtout d'avoir, par sa parole et ses écrits, travaillé avec succès au développement de l'histoire nationale. Dans ses nombreux voyages il avait visité les grands fleuves allemands jusqu'à leur source, avait parcouru les capitales de l'Allemagne, appris à en connaître toutes les curiosités, et acquis sur les gens et les pays des connaissances dont personne avant lui ne s'était soucié. Il se proposait de consigner les fruits de ce voyage et les résultats de ses longues recherches historiques dans un ouvrage où il voulait retracer l'histoire générale et descriptive de l'Allemagne et des Allemands ^ lorsqu'au milieu de ses travaux, âgé seulement de quarante-neuf ans, il fut surpris par la mort (1508).
De nombreux trésors de lit térature ancienne, entre autres la célèbre carte itinéraire qui date du temps de Marc-Aurèle, les ouvrages de
' AsHBACH, UniversitiU Wien, t. I, p. 455-467, 479-493, 537-557.
- ASHEACH, t. I, p. 353, 481, 538. — Kink, t. I, p. 182.
3 Hain, n" 12602-12619. — Ashbach, l. I, p. 576.
^ ASHBACH, t. I, p. 354.
5 Voy. Ashbach, t. II, p. 56.
"BiNDEU, p. 80-87.
' Germania iUustrata.
UNIVERSITK DE VIENNK, CONHAD CELTES. 127
Roswilha, rcli{jicu.se de (iaiulerslicimer, le poëmc historique de /,/</mrhins, doivent leur eoiiservalion à Conrad Celles. Il fit à Vienne un cours spécial sur Lijjurinus, et l'ut sans doute le prenn"er professeur allemand qui ait enseip,né dans une Université 1 histoire générale, faisant de l'histoire de TKnipirc {germanique l'objet d'un cours spécial e( enthousiasmant ainsi la jeunesse pour la (grandeur et la {gloire du passé.
Doué d'un talent extraordinaire pour l'enseignement ^ Celtes rassemblait autour de lui un groupe nombreux de jeunes gens avides de savoir. Il cherchait surfout à éveiller dans la noblesse le goiU des choses intellectuelles et scientifiques. La Bibliothèque impériale fondée par Maximilien, et dont la direction lui avait été confiée, fut enrichie par lui de précieux ouvrages latins et grecs, de cartes célestes et géographiques, etc., en sorte que peu à peu elle put offrir aux travailleurs d'excellents instruments d'étude.
Celtes fit preuve aussi d'une remarquable activité comme directeur du collège des poètes, que l'Empereur avait fondé sur son conseil (1501), académie destinée à relever l'étude de la poésie et des mathématiques à l'Université, et à en assurer l'avenir. Ce collège des poêles, le premier de ce genre qui ait existé dans une Université allemande, consistait, à proprement parler, en une réunion de savants et déjeunes gens d'avenir, demeurant ensemble et partageant les mêmes études '.
Non content d'avoir autrefois fondé la « société littéraire du Rhin », Celtes organisa à Vienne pour le progrès des études humanistes, des beaux-arts et des sciences, la société dite du Danube, académie royale qui comptait parmi ses adhérents, Allemands, Magyares, Slaves et Italiens -. Un de ses membres les plus actifs, Cuspinian, s'était voué spécialement aux études historiques et a laissé, entre autres écrits, un important ouvrage sur les empereurs romains de nation allemande, ouvrage pour lequel il avait fait de grandes recherches dans les archives et bibliothèques de l'Autriche \ Le mathémalicien Jean Stabius, André Stiborius et le médecin Barthélémy Steber, surnommé Scipiou, appartenaient aussi à la Société du Danube et étaient en même temps au nombre des professeurs les plus distingués de l'Université ^
C'est certainement sous Maximilien que l'Université de Vienne, si
■ ASHBACH, rnnwrsUat U'icii.. t. II, p. 65, 207, 248, 439-441.
* ASHBACH, t. II, p. 73, 421-433.
* Voy. ASHBVCH, ÜniversiUit Wien, t. II, p. 43, 55, 57, 78, 189-270. — Erhaud, t. II, p. 1-146. — KiNK, t. I, p. 201-212. — Raumes, Germ. Philologie, p. 13-15. — Sur Cuspinian, voy. Ashbach, I. Il, p. 284-309. — Erhaud, t. III, p. 429-434. — HOKAWITZ, Nationale Geschichischreibutig , p. 70, 92.
* Sur stabius, voy. Ashcach, t. II, p. 56, 68, 70, 75, 88, 289, 342, 364-372. —
justement fière de ses illustres et nombreux professeurs, atteignit son épanouissement le plus complet et connut son '- âge d'or ;'. Sans épargner les sacrifices personnels, l'Empereur travaillait incessamment à l'élever au rang de première Université de l'Europe; l'Université même de Paris ', au dire de l'humaniste Loriii Glareanus, ne pouvait rivaliser avec elle. Sa réputation dépassait celle de toutes les autres. Froissard, historien d'un savoir si eminent et d'un si excellent jugement, constate avec étonnement le nombre d'hommes supérieurs qu'il apprit à y connaitre, et rapporte que la vie intellectuelle y était pleine d'animation parmi les étudiants. Il admire la vie sans contrainte de la cour et les rapports pleins de confiance et de cordialité que Maximilien entretenait avec les savants. " L'Empereur ne les nomme pas seulement ses amis , écrit-il, il les traite véritablement comme tels ; il recherche volontiers leur commerce et s'en édifie. U n'y a certainement pas de souverain plus disposé à se laisser volontiers instruire par ceux qui en savent plus que lui, et son intelligence est si grande que les questions qu'il pose sont à elles seules pleines d'enseignement ^ »
Les arts plastiques, aussi bien que la science et la littérature, trouvèrent en Maximilien un protecteur enthousiaste. 11 fit construire ou restaurer un grand nombre d'églises et de châteaux, fit d'importantes commandes aux fondeurs de brouze, armuriers, orfèvres, émailleurs, peintres, graveurs et imprimeurs d'ouvrages illustrés. On lui doit l'exécution d'un grand nombre des phis belles créations artistiques de l'époque. La meilleure preuve de son goût intelligent pour les arts, c'est le grandiose monument funèbre qu'il fit exécuter pour lui à Inspruck et dont il traça lui-même le plan^ avec son ami Conrad Peutinger. C'est un des derniers et des plus remarquables monuments de l'art allemand du moyen âge.
SOTZMANN, /. Slabius cl sa carte du monde de 1515 (1848). — ThaüSing, Bibliogr. de Durer, p. 37Ü, 375-3:6. — Sur Stiborius. voy. Ashbach, t. 11, p. 56, 75, 88, 107, 289, 373-375. — Sur Steber, t. II, p. 55, 75, 95, 97, 197. 354-356.
1 Voy. ASHB.VCH. t. II, p. 125. 137. — Kink, t. I, p. 2..7-229.
- Lettre de Froissard, p. 14-16,
3 Voy. IlEP.BEUGER, p. 54-62. — 'L'Empereur voulut reposera Inspruck, entouré des souvenirs de ses hauts faits, parmi les statues de ses puissants an êtres et de tous ceux qui, depuis le commencement de l'ère moderne, avaient régné glorieusement. C'est une œuvre d'art dont nous ne voyons l'équivalent chez aucun peuple, ni comme idée, ni comme exécution. Lorsqu'on pér.ètre d.ins ce lieu,pirmi tous ces nobles personnages (56 figures en bronze en grande partie de grandeur naturelles on se sent pénétré d'une émotion puissante.' (Böhmeh, Mélanges, p. 66-67.)