‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 65 sur 477 · DÉVELOPPEMENT DE L'ART · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT DE L'ART

vairc qu'un niailrc inconnu cxrcula sous sa (iirccfion pour le ciinc- Jière de la calhédrale. Le labloau de Durer représente l'assomption el le courounenicnt de la Sainte Vierge; il excita chez les contemporains l'admiration la plus vive, et jouit pendant un siècle d'une réputation très-étendue '. Ouant au Calvaire, c'est ce que Francfort possède de plus remarquable en fait de sculpture du moyeu âge. Il se compose de sept statues plus grandes que nature, d'une exécution parlaite et d'un effet saisissant. Le Christ en croix, surtout, est une création magi>^trale et sublime; la douloureuse et noble expression de li tète inclinée produit une émotion profonde. Sur le socle de ce monument, modèle d'harmonieuse composition, on lit l'inscription latine suivante : " En Tan 1."jü9, h s époux Jacob Heller et CiU/ierine de Mol- /laini, demeurant à Nuremberg , ont érigé ce Calvaire, à la louange de notre glorieux triomphateur Jésns-Christ, en leur nom et en celui de leurs ancêtres, afin fjue Dieu accorde sa grâce aux vivants et le repos éternel aux ntorts. » Les textes de la sainte Écriture, gravés en relief eu plusieurs endroits et au bord des vêtements des personnages, sont dignes d'attention, en ce qu'ils montrent bien les sentiments qui ont présidé à l'érection du monument. Les citations de la sainte Ecriture et les représentations plastiques sont dans un parfait rapport, et font de l'œuvre entière comme une expression grandiose de la foi, de l'espérance, de l'amour confiant et tendre du donateur. Le. dernier texte : = Et .Jacob prit la pierre, et il la dressa comme un signe i>, fut évidemment choisi par Heller par allusion à son propre prénom, et pour bien indiquer qu'il faisait cette fondation pour le salut éternel des morts et des vivants, dressant ainsi un signe commémoratif, érigeant un sanctuaire de prières pour les générations présentes et futures. Heller fît en outre une donation pour que tous les vendredis de l'année, le recteur de l'École de la Collégiale de Saint-Barthélémy, avec sept de ses élèves, vint devant le sanctuaire « réciter un office eu mémoire du Christ -, et pour que, devant le Calvaire et le jardin des Oliviers, en l'église Notre-Dame, deux lampes brûlassent perpétuellement -.

Toute bonne œuvre, sous quelque forme qu'elle se produisit, était considérée par les chrétiens de ce temps comme agréable à Dieu; on l'accomplissait '^ de par Dieu ", comme on disait jadis, c'est-à-dire pour satisfaire au commandement que Dieu nous fait de témoigner notre charité par des actes. On faisait le bien " pour obtenir son

' Voy. K.viFFMVNX, A. Durer, p. 27-29.

* Voy. le beau travail de Cormll, intitulé Jacob Heller et Alb. Durer. — Voy. .1. Merlo, Annalen fies kistor. Vereins für den .Vietlenliein Cologne, 1882), cah. 38, 103- 110. — Sur d'autres donations faites par des bourgeois de Francfort, voy. Kriegk, Geschichte von Francfurt, p. 161-181.

propre salut, et parce que le bonheur éternel ne peut être mérite que par les œuvres de miséricorde spirituelle et corporelle : les aumônes, la construction des églises, les tableaux qui servent à les orner, les statues et autres décorations d'église, enfin tout ce qui peut attirer les hommes aux saintes méditations et à la pieuse ferveur^; tous ces dons doivent être faits afin de trouver grâce devant Dieu ". La doctrine de l'Église sur le mérite des bonnes œuvres était alors acceptée par toutes les classes de la société; grâce à son influence, les États et les villes n'avaient jamais besoin d'établir un budget courant pour la construction des églises, des écoles, des maisons de bienfaisance, hôpitaux, orphelinats et autres étabUssements charitables. Le gouvernement, les caisses communales ne fournissaient aucun subside à la charité, et l'on ne faisait pas de collecte dans les maisons. Tous les frais qu'exige le secours des misérables étaient couverts par des dons volontaires; en même temps le même désir de plaire à Dieu et de sauver son âme procurait aux artistes la commande d'innombrables œuvres d'art qui glorifiaient à la fois la religion et la patrie.

Étudions de plus près les choses : examinons, par exemple, l'activité artistique qui régnait dans la petite ville de Calcar (Bas-Rhin). Nous pouvons du reste admirer encore dans son église un grand nombre de magnifiques tableaux et de riches sculptures sur bois, datant de cette époque-.

Il y avait à Calcar diverses corporations parmi lesquelles, autant que nos renseignements nous permettent d'en juger, la corporation de Notre-Dame et celle de Sainte-Anne tenaient le premier rang par la munificence de leurs dons. En 1492, la corporation de Notre- Dame fit exécuter par maître Dérick Bongert l'autel en bois sculpté de la sainte Famille qui existe encore, et qui est merveilleusement beau. Dans les comptes de cette corporation, nous voyons qu'un certain maître Arnt acheva en 1480 un Ensevelissement du Christ ; qu'un autre, nommé Ewert, sculpta un retable d'autel (1492); enfin qu'en 1498 cette même corporation résolut d'ériger dans l'église, en l'honneur de la Passion, le célèbre autel que nous pouvons encore y admirer. Les notables de la confrérie, accompagnés du curé de la paroisse Jean Houdaen (docteur et autrefois professeur de théologie), se rendirent à Utrecht pour examiner et étudier les autels en bois sculpté qui s'y trouvent. Un dessinateur qu'ils avaient emmené avec eux fit, aidé par maître Arnt, les dessins nécessaires. On tira d'Amsterdam, de Nimègue et des forêts impériales le plus

' Seelenfuhrer , p. 9

- Tiré du travail si consciencieux de Wolff sur l'église de Saint-Nicolas à Calcar.

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