ALBERT DURER
inniide élablie en Honcrie. De Iloiijjric, il s'élait rendu dans les l»ays-lîas, cf y avait séjuiirné loiij; temps parnn les grands artistes alors en réputation; il vint enfin se fixer à Nurcmberp;, ou il se maria. Il eut dix-huit enCants. Albert naquit le 21 mai 1471. L'honnête orfèvre était habile en son métier; c'était, selon l'expression de son fils, " un pur artiste ». Mais le soutien de sa nombreuse famille exi{',eait de lui un travail rude et incessant. - Mon cher père, écrit Durer, a passé sa vie au milieu de {grandes fatijyues, d'un labeur difficile et ardu, n'ayant pour entretenir sa vie, celle de sa femme et de ses enfants, que ce qu'il j<;a[!?nait de ses mains. Aussi possédait-il Irès-peu de chose; il a éprouvé en sa vie beaucoup de tribulations, de luttes, de contradictions de tous {genres; mais tous ceux qui le connaissaient avaient une bonne parole à dire de lui, car il tenait la conduite d'un bon et honorable chrétien ; c'était un homme patient, affable, pacifique avec chacun, et très-reconnaissant envers Dieu '. » Albert Durera laissé de son père un tableau fait de main de maître, conservé aujourd'hui dans la Pinacothèque de Munich. Ce portrait correspond parfaitement à l'idée qu'il vient de nous donner du caractère de son père. Le vieillard est grand et maigre, son visage est grave. Il semble accepter sans regret sa vie dépouillée de tout bienêtre et joie extérieure, dans le sentiment qu'il a d'une conscience sans reproche-. Il s'efforça toujours de conserver dans ses enfants une grande pureté de mœurs. « Mon cher père prenait beaucoup de peine pour notre éducation, écrit Durer. Il nous élevait pour la gloire de Dieu; son plus grand désir était de maintenir ses enfants dans une sévère discipline, afin qu'ils devinssent agréables à Dieu et aux hommes. Aussi nous recommandait-il tous les jours d'aimer Dieu et de montrer une sincère affection à notre prochain. »
Durer dit plus loin, en parlant de sa mère : " Elle avait pour constante habitude d'aller beaucoup à l'église. Elle ne manquait pas de me reprendre toutes les fois que je n'agissais pas bien. Elle nous gardait avec grand soin du péché, moi et mes frères, et soit que j'entrasse ou sortisse, avait coutume de me dire : " Que le Christ « te bénisse! " Elle nous donnait de saints avertissements avec un grand zèle, et avait en continuel souci le salut de notre âme. Je ne puis assez louer ses bonnes œuvres, la bienveillance et la charité qu'elle montrait à chacun, ni assez parler du bon renom qu'elle s'est acquis ^ »
Il nous donne sur son éducation les détails suivants : '^ Lorsque j'eus appris à lire et à écrire, mon père me retira de l'école et me fit
' Thausing, Dürers Briefe und Tagebücher, p. 73. - Van Eye, p. 4-5.
^Thausing, p. 137.
apprendre l'état d'orfèvre; et lorsque je sus convenablement travailler, il se trouva que mon goiU m'attirait plus vers la peinture que vers le métier d'orfèvre. J'exposai la chose à mon père, mais il ne s'en montra pas satisfait, car il avait regret du temps que j'avais perdu. Cependant il se rendit à mes raisons, et l'année que l'on comptait être la quatorze cent quatre-vingt-sixième après la naissance du Christ, le jour de Saint-André, 30 novembre, mon père me mit en apprentissage sous la conduite de Michel Wohlgemuîh. Il fut convenu que je le servirais durant trois ans; pendant ce temps Dieu me fit la grâce d'une grande application, en sorte que j'appris beaucoup de choses; mais j'eus extrêmement à souffrir des élèves du maître. " Wohlgemuth était l'un des meilleurs peintres de Nuremberg, et son atelier y était célèbre '.
« Et lorsque j'eus fini mon apprentissage, continue Durer, mon père m'envoya voyager au loin; je restai quatre ans loin de Nuremberg, puis il me rappela. » « Pendant ses années d'absence, a raconté un de ses amis. Durer étudia à Colmar, cher Casper et Paulus, orfèvres; et chez Ludwig, le peintre; puis à Baie, chez Georges, orfèvre; tous quatre frères de Martin Schön. Chez tous il fut reçu avec honneur et retenu avec joie *. »
« J'étais parti en 1490, à Pâques, poursuit Durer, et je revins en 1494 au temps de la Pentecôte; et après mon retour Haus Frey vint s'entendre avec mon père. Il me donna sa fille, la demoiselle Agnès, et avec elle 200 florins, et nous fimes les noces. -
« Ensuite il arriva que mon père fut pris subitement de la dysseuterie. Son mal devint si grave que personne ne put rien pour l'arrêter. Et lorsque mon père vit la mort devant ses yeux, il l'accepta avec résignation et grande patience. Il me recommanda ma mère, me priant instamment de vivre dans l'amitié de Dieu. Il reçut aussi les saints sacrements, et trépassa chrétiennement, l'an 1502. O vous tous qui êtes mes amis, je vous en supplie pour l'amour de Dieu, lorsque vous lirez le récit de la mort de mon pieux père, souvenezvous de son âme, et dites pour elle un Palev et un Ave! Faites-le aussi pour votre propre salut, afin que nous obtenions tous la grâce de bien servir Dieu, et méritions de mener une sainte vie et de faire une bonne fin! Non, il n'est pas possible que celui qui a bien vécu parte de ce monde en mauvaise disposition, car Dieu est plein de miséricorde ^ »
Aubasd'unegravuresurboisqu'ilfitparaitreen feuille volante (1510),
' TiJAUSiNG, Durer Gcsch. seines Lebens, p. 53-73.
^ Nendorfeu, p. 132.
^ Thausing, Dürers' Briefe und Tagebücher, 74, 134.
Ar.RI'RT nu RE H. 169
\)uvvv s'exprime à peu près de iiu-ine à propos de la mort ;
a Celui qui se dispose tous les jours a la mort est regardé de Dieu avec complaisance, car il est dans la voie de cotte paix véritable, que Dieu seul, et non le monde, peut donner. Celui qui l'ait le bien durant sa vie sentira dans son vœur nailri; un ferme couraj^fî. Lheurc de la mon le réjouira; elle sera pour lui l'annonce de la félicité '. '
Voici dans quels termes émouvanîs Durer raconte la mort de sa mère : « 11 faul que vous sachiez que deux ans après la mort de mon père, je recueillis chez moi ma pauvre malheureuse mère; je la pris sous ma {;arde, car elle uavait plus aucune ressource. Or, après qu'elle eut habité neuf ans chez moi, un matin, tout à coup, elle tomba si mortellement malade, que pour entrer chez elle nous fûmes obligés de briser la porte, sans cela nous n'aurions pu pénétrer dans sa chambre, parce qu'elle u'eiU plus eu la force de nous ouvrir. Nous la portâmes en bas, dans une autre pièce; là, elle reçut les deux sacrements, tout le monde pensant qu'eue allait mourir. Un an juste après le jour où elle était tombée malade, un mardi, dixseptième jour de mai, ma mère mourut chrétiennement, absoute, de par laulorilé papale, de peine et de châtiment. Avant de mourir, elle me donna sa bénédicîion, et avec beaucoup de pieuses paroles me souhaita la paix du Seijjncur, me recommandant surtout de me garder de tout péché. Elle demanda aussi à boire l'eau bénite de la Saint-Jean, et on lui en donna. Elle craignait beaucoup la mort, mais elle disait « qu'elle n'avait aucune crainte de paraître devant ' Dieu ". Elle a eu.de la peine à mourir, et je remarquai qu'elle voyait devant elle quelque chose qui l'épouvantait, car elle demanda de l'eau bénite, bien qu'elle n'eût pas prononcé une parole depuis longtemps. Enfin ses yeux devinrent sans regard, et je vis la mort lui donner deux grands coups au cœur. Elle ferma alors les yeux et la bouche, et mourut en souffrant. Je me mis à réciter des prières près d'elle, et je ressentis à ce moment de telles angoisses qu'il me serait impossible de vous les exprimer. Oue Dieu fasse miséricorde à ma mère! Sa plus grande joie a toujours élé de nous parler de Dieu, et elle voyait avec bonheur tout ce qui pouvait rapporter de la gloire au Seigneur. Elle avait soixante-trois ans lorsqu'elle mourut ; je la fis enterrer honorablement et selon mes moyens. Que Notre-Seigneur me fasse la grâce de faire une sainte mort comme elle ! Et puisse Dieu, avec toute l'armée céleste, mon père, ma mère, mes parents et mes amis, être présents à ma fin ! Et que le Dieu tout-puissant nous
' Thai-sing, p. 154-159. Voyez t. XIV-XV. Durer déposa une somme importante dans In caisse municipale de Nuremberg, pour la fondation d'une messe perpétuelle à Sainl-Sébald. Baader, 1-6.
donne la vie éternelle! Amen. Et après que ma mère fut morte, sa figure devint plus belle qu'elle ne l'avait été durant sa vie '. "
Ces paroles si simples retracent avec fidélité la vie chrétienne dans la famille telle qu'on la pratiquait au quinzième siècle. Elles nous montrent les étroits rapports qui rattachaient alors le foyer à la religion, et comment, ainsi qu'on l'a dit, - ils semblaient ne former qu'un seul morceau '-. Elles expliquent aussi la place qu'occupe le home dans l'œuvre de Durer, et pourquoi ses tableaux nous représentent si fréquemment des scènes d'intérieur^. C'est que l'artiste avait goûté dans le sanctuaire de la famille ses joies les meilleures et les plus nobles, et qu'il y avait joui des plus excellents biens d'ici-bas. Lorsqu'à son tour il eut fondé une famille, il resta envers sa femme, ses frères, ses sœurs et ses domestiques, fidèle aux devoirs que ses parents lui avaient recommandé d'accomplir sur leur lit de mort. Son travail pourvoyait à son entretien et à celui des siens. Au milieu de circonstances pénibles, parmi de nombreuses difficultés et de lourdes fatigues, il fit constamment preuve d'une étonnante et infatigable ardeur au travail. 11 était tout à la fois peintre, dessinateur, graveur sur cuivre, sur ctain, sur fer, sur bois, sculpteur, orfèvre, imprimeur. Il serait difficile de nommer une branche des arts plastiques où son admirable génie n'ait exercé une influence décisive. 11 fut même écrivain, et nous a laissé un grand nombre de conseils pratiques et d'axiomes précieux sur les arts, formant l'introduction du grand ouvrage encyclopédique qu'il se proposait d'écrire et qui devait embrasser toutes les connaissances que selon lui un artiste doit posséder. Sa Géométrie et ses Leçons sur les proportions n'en sont que des fragments détachés ■-.
Sa philosophie lumineuse et fermement appuyée sur les principes chrétiens, tire toute sa grandeur de la conviction, profondément enracinée eu son esprit, que toute beauté vient de Dieu : « Si nous nous demandons comment nous y prendre pour faire une belle figure ) , dit-il, ^ quelques-uns diront que nous y parvenons d'après
' Thausixg, Dürers Brir/e und Tagebücher, p. 136-138. — L'auteur dit en parlant de ce récit de nurer : - Nous n'y trouvons point d'exaltation creuse, point de tressaillements maladifs de sensibilité. Il n existe pas là de lutte intérieure. Chez lui, l'attention auxclioses présentes, les vérités religieuses qu'il tient pour tout aussi réelles, empêchent l'àme de tomber dans l'abattement. Les esprits sont trop sains, trop élastiques pour plier sous les coups même les plus rudes. Plus leur sentiment est simple, plus il est profond, et plus il leur permet de se remettre promptement à un travail qui les sorte d'eux-mêmes. L'homme dans ce travail met toute son Ame, toute sa pensée. Voilà pourquoi les chefsd'œuvre de ce temps nous causent une admiration si ineffaçable, pourquoi les termes si simples dans lesquels Durer nous raconte les plus petites circonstances de la mort de ses parents, nous émeuvent si profondément.
* LUTHARDT, p. 3Ô-37.
•' Thausing, Dürer, Geschichte seines Lebens, p. 514.
l'KINTIiK.S VERniERS. 171
noire sens humain. Mais d'autres n'accorderont pas qu'ils aient raison, cl moi non pins je ne l'accorderai pas, à moins que cela ne me soit bien évidemment prouvé. iMais de cela, qui pourra nous convaincre? Car je crois qu'il n'est personne qui dans la moindre des créai nres vivantes ne dislinfyue la fin plus haute pour laquelle elle a éfé créée. Ouc dire donc de l'honmie, qui est une créature loule â pari, cl à la(iuelle Dieu a assujetti toutes les autres? J'accorde bien que tel ou (el artiste ima{;inera ou exécutera une figure plus belle qu'un autre parce qu'il aura mieux compris les conditions de sa vie, mais il n'arrivera jamais à une telle perfection qu'il ne soit possible de s'en imaginer une plus parfaite encore, La perfeclion ne saurait appartenir à l'esprit de l'homme; Dieu seul sait ce secret, et celui auquel il le révèle, car celui qui est la vérité connaît seul quelle est la plus belle forme et la plus belle proportion de l'homme. ^ Pour Durer, la productivité n'est donc autre chose que le don que Dieu a fait à l'homme " de m.odeler et de faire tous les jours beaucoup de nouvelles figures d'hommes et d'autres créatures ', selon le don particulier qui lui a été départi par le Créateur ".
La période d'éclat de son génie s'arrête au moment où les luttes religieuses commencent. Ses œuvres les plus admirées sont presque toutes antérieures aux premiers troubles amenés par la Reforme, Les esquisses de son plus célèbre tableau, les Quatre Tempéraments, étaient commencées longtemps avant I.jIS^.
Ses créations lui assujettirent, pour ainsi parler, l'Europe entière; son influence est sensible jusque dans les œuvres de Raphaël ^ L'art lui doit un progrès, une extension immenses. C'est un maître qui appartient au monde entier.
Ses élèves et continua! eurs les plus remarquables sont : Hans Schaiifl^lin, Albert Altdorfer, Hans Balduug, Mathieu Grunwald el Lucas Cranach,
La peinture sur verre atteignit son plus grand éclat en Allemagne, vers la seconde moitié du quinzième siècle *. Là oii elle n'avait pas
' Voy. Kalfiiann, A. Durer, p. 80.
- Waagen, t. I, p. 199. — Sighaut, p. 619. — Durer, dans son art, resta fidèle catholique jusquà sa mort. — Voy. Kaufmann, p. 83-93.
= Voy. Spuingeu, p. 179-180. — .Sighart, p. 631. — Van Eye, p. 277. — Kaufmann, Die Xachifirhung Dürers auf die spätere zeit in fier Zeitschrift für Deutsche Cultur geschickte, p. 470-481, 1873, et du même auteur : A. Durer, p. 93, 101.
* Schäfer, Die Glasmalerei des Mittelalters und der Itcnaissance {ßresXaiU, 1881).
nn caraclère monumental et purement décoratif, elle tenait à peu près la place de ce qu'on a appelé de nos jours la peinture de clievalet. Ses instruments, ses moyens d'exécution ctaieni des plus simples, et pourtant les verriers parvenaient à produire les plus brillants effets. Ce qui nous a été conservé des vitraux ornant au quinzième siècle riutéricur des habitations, et pour la plupart représentant des armoiries, sont, dans leur f;enre, des modèles inimitables.
Les verriers, eux aussi, étaient organisés en corporation; mais ils formaient presque toujours avec les peintres une association commune. A certains jours, peintres et verriers réimis assislaient au service divin, aux messes pour les membres trépassés, et participaient ensemble aux fêtes organisées par leur confrérie. Dans Tintérieur des monastères beaucoup de religieux cultivaient aussi avec succès l'art de la peinture sur verre et parfois créaient des œuvres exquises. Le Dominicain Jacques Griesinger, d'Ulm (f 1491), brillait admirablement les couleurs et forma à Bologne une école particulière; ou lui doit cetle belle nuance jaune qui se prépare avec l'argent. " [1 menait une vie toute sainte et vertueuse, qui était un spectacle et un exemple pour tous les nobles bourgeois et seigneurs de la ville '. » Dans les monastères de Klus (1486) et de Walkenried (1515) se cachaient aussi de vrais talents. Adélaïde Schraders, Sœur converse du monastère de Wienhausen, peignit au commencement du seizième siècle dans son couvent, des vitraux dont elle avait composé elle-même les dessins ^. Vers la même époque, une religieuse du monastère de Sainte-Catherine, à Nuremberg, écrivit en allemand un petit traité sur les beaux-arts, où elle donne une très-claire et spéciale instruction sur la manière de préparer les peintures sur verre des mosaïques '.
Citons parmi les vitraux les plus remarquables de l'époque, ceux de l'église Saint-Nicolas de Wilsnack; de Sainte-Catherine à Salzwedel; de la cathédrale de Stendal; de l'église de Falkenhagen; de Saint-Mathieu à Trêves; du chœur de la cathédrale de Fribourg; des Dômes de Katisbonne, d'Augsbourg et d' Eichstadt; de Notre-Dame de Munich; de la chapelle du château de Blutenburg; des églises de Pipping, de Yenkofen, de Saint-Jacques, à Straubing, de la chapelle du château de Vienne-Neustadt, de l'église du Précieux-Sang à Weiten *.
' Voy. HvssLER, p. 121. — Il fut considéré et même vénéré comme saint. Voy. Haling, t. III, 75i. — Wackf.iwagel, Glasmalerei, 64, 158-159.
^ Voy. Otte, p. 794, note.
^ Wackernagpl, p. 55, 156.
* Voy. la liste des plus célèbres verriers et de leurs œuvres dans Cessert. p. 93, 128, 135, 133. — Ottf, p. 794-797. Les principaux chefs-d'œuvre de ce temps ont été dispersés en divers pays.
Mais les plus admirables viiraux de celle épofjiie sont ceux de Nureiiibei-j;, d'IJiiii et de Cuiojjnc. Les verrières des deux éj^lises principales de Nuremberjy (Saint-Laurcnl et Saint-Scbaldj passent pour les plus belles du monde. Veit Hirscbwofyel (né en 1151), issu d'une ancienne l'aniiüc de vei-ricrs de IN'uremberf}, n'avait point de rival dans son art : le vitrail de Sainl-Laurent où est représenté l'arbre fyénéalojjique de Jésus-Christ, la famille et les saints patrons du donaleur, passe pour l'un de scsplus brillants chefs-d'œuvre (1493) '. A Ulm, les viiraux du chu'ur commandés par le conseil de la ville et exécutés par Haus Wild (1480), sont di(>nes, par l'éclat de leur coloris, de compler parmi ce que l'art a produit en ce genre de plus admirable. Les viiraux du côlé nord, dans la nei' de la cathédrale de Cologne, ont été exécutés entre 1507 et 1509 : ce sont les plus célèbres.
Les innombrables verrières qui ornaient les couvents ont été presque toutes détruiles; nous n'en possédons plus que des débris, mais on peut encore voir à Ilirschau ce qui reste des grandioses peintures sur verre que Trithème fit exécuter pour un chemin de croix, et qui ornaient les quarante fenêtres de la chapelle. Ces vitraux avaient été faits d'après les dessins de la Bible des Pauvres - (1181).
Les verriers ne décoraient pas seulement les églises, les chemins de croix, ils ornaient aussi les châteaux, les hôtels de ville, les salles de confrérie, les demeures patriciennes. Les plus grands artistes, Albert Durer et Holbein par exemple, fournirent souvent des cartons pour des vitraux de ce genre. « Autrefois, dit un écrivain d'Augsbourg', il n'y avait pas d'églises, pas d'édifice pubhc, pas de maisons de bourgeois aisés où ne se trouvassent des vitraux peints '. » Or, ceci était vrai de toutes les grandes villes, surtout de celles du Sud, où la peinture sur verre était cultivée avec prédilection.
La miniature aussi produisit à cette époque des œuvres achevées. On avait alors tant de goût pour ce genre de peinture que les miniaturistes, les enlumineurs formaient dans beaucoup de villes des confréries particulières. L'ornementation des livres de prières
' Sur Veit Ilirscliwngel, voy. Nküdörfer, p. 147, et Lochxer, p. 147-150. Voy. Rr.TTnERG, Xurnher(;rr Briefe, p. 13B-138.
- Voy. Lessing, OEtivres cmnplèles, t. IX, p 222-"238. ' Voy. WACKEr.NAGEL, Glasmalerei, p. 87-88, 169.
par la miniature devenait toujours plus riche, et dans beaucoup de monastères, la plupart des religieuses possédaient des livres d'offices enluminés '. Les peintres les plus célèbres ne dédaignaient pas d'orner de miniatures ou de fins dessins à la plume le missel destiné à un grand personnage ou à un ami. Les vignettes du livre d'Heures de l'empereur Maximilien, par Durer, sont les chefs-d'œuvre de ce genre. On ne se lasse pas d'admirer leur goût délicat, leur merveilleuse richesse d'invention, leur sentiment religieux plein de profondeur, et en même temps le vif et spirituel enjouement qui s'y glisse â chaque instant.
Nuremberg, où habitait le peintre Glockendon et sa famille, Ratisbonne, où Berthold Furtmeyer avait son ateher, étaient les centres principaux des miniaturistes. On avait surnommé ces deux derniers peintres les " princes de la petite peinture ". Le missel en cinq volumes exécuté par Furtmeyer * pour l'archevêque de Salzbourg, Bernard de Rohr, appartient aux œuvres les plus admirées en ce genre \ L'artiste y a fait preuve d'une fécondité d'imagination extraordinaire. Les religieux Souabe avaient une grande réputation comme miniaturistes. Pierre- Jean Franck, moine du monastère de Saint-Ulrich, à Augsbourg, passait pour l'un des meilleurs enlumineurs de son temps ^ (de 1472 à 1492); les Pères Conrad Wagner, Etienne Degen et Léonard Wagner (1489j partageaient ses travaux. Dans les monastères de Scheyern, les religieux Jean Keim, Maurice et Henri Molitor (1468), enrichissaient d'admirables enluminures les bréviaires et les livres spirituels de leur couvent. A Vornbach, le Frère Georges Baumgartner enlumina une histoire universeile. A Ebersberg, le Frère Vitus Auslasser peignit un herbier. A IVuremberg, la Mère Marguerite, religieuse carmélite, orna cinq volumes in-folio d'initiales et de peintures délicates. Dans la même ville, les religieux de Saint-François achevèrent entre 1491 et 1494 un graduel dont les miniatures furent célèbres à cause de Thabileté et du fini du dessin. Les grandes et belles miniatures du livre de lecture des Bénédictins de Saint-Étienne ^ sont dues au Frère Jean Esswurm {1515) «.
Nous connaissons le nom de bien peu de ces moines miniaturistes. Mais ce que nous savons d'eux suffit pour nous permettre de constater que leur art modeste était resté familier et cher aux reli-
' SiGHART, p. 566.
- Bibliothèque de Munich.
2 Sur la vie et les œuvres de Furtmeyer, voy. Sighaut, Documents, t. VII, p. 145 jusqu'à 151. — Voy. \VEiNGiRT.\En, Documents, t. VI, p. 249 jusqu'à 254. * Voy. Archiv, fur die Geschichte des Bislhums Augsburg, t. II, p. 79. ^ Bibliothèque de l'université de Wurzbourg. « Voy. SiGu.iRT, p. 645-656. — E>NE.\, t. III, p. 1017.