LES MARCHÉS, LA DANSE
nous fait assisteraux jeux dcsliommcs laits. Les joueurs sont allablés auiour des ccliiquiers cl des damiers. Là, au milieu de la bruyante allégresse du peuple, on planle un mai; ici c'est une fête d'arquebusiers qui s'apprête. Comme la danse appartenait aux divertissements favoris de ce temps, et qu'elle était un véritable besoin pour foules les conditions, les artistes la prenaient très-souvent pour motif de leurs coFnpositions. Le peuple et la petite bourgeoisie s'ébattaient en plein air ; on ne savait ce que c'était que de danser dans un espace resserré, et jamais les auberges n'avaient de salle de danse. Nous voyons le peuple se presser gaieuîcut sur la place ou sur la pelouse; la cornemuse, le tambour, le tambourin, le violon accompagnent les pas des danseurs. Ouant aux gens des classes plus élevées, ils avaient leurs salles de danse particulières, et quelquefois les sa les de l'iiôlel de ville leuren tenaient lieu, une gravure sur cuivre d'Israël de Meckenen nous fait assister à une de ces fêtes qui se célébraient souvent dans le Bas-Rhin à la fin du quinzième siècle. Au milieu de la salle, élevés sur une large estrade soutenue par des poteaux, les musiciens soufflent dans leurs instruments. Les couples dansants se meuvent alentour avec une extrême diL^iculté, à cause des vêtements étroits des hommes, de leurs souliers pointus ou de leurs larges pantoufles, mais surtout à cause des longues traînes des dames qui embarrassent les pieds des danseurs; tout le plancher de la salle en est couvert. Une étonnante variété règne dans les costumes des femmes; ils sont tantôt larges, tantôt étroiis; là modestes, ici inconvenants. Les coiffures sont, ou pointues en pain de sucre avec des voiles tombant jusqu'à terre, ou en forme de turbans, ou plates et ornées de guirlandes et de rubans. Les hommes ont une veste étroite qu'une seconde veste plus large recouvre; elle est ouverte ou rattachée sur la poitrine par des brandebourgs. Ils portent aussi quelquefois un long pardessus fermé par des attaches et tombant jusqu'à terre, ou bien encore un petit manteau court. Le cou et les épaules sont découverts; tous les visages sont sans barbe, mais entourés de longs cheveux bouclés. Pour coiffure, un ruban bariolé, un béret orné de plumes, ou bien un bonnet ayant la forme d'un mouchoir plié. On peut se rendre un compte très-exact de la variété, des couleurs bigarrées, de la richesse, de la forme, du luxe des vêtements et des étoffes, en examinant attentivement les tableaux d'autel, les miniatures, les émaux du temps, car tout ici a été pris sur le vif et emprunté à la réalité de la vie de tous les jours. Nous y voyons des habits de cérémonie en brocart; des robes brodées d'or, sur un fond rouge, noir, vert, bleu; des manches chamarrées d'ornements, ouvertes, déchiquetées; des robes semées de perles et de pierres
plus grande partie des jeui et des jouets qui amusent actuellement la jeunesse de ngs villages.
I9i L'ART ET LA VIE POPULAIRE.
précieuses; autour du cou et des épaules sont souvent enroulés jusqu'à six ou sept rangs de cliaiues d'or ou de fil de corail; les doigts sont ornés de bagues '.
On peut aussi se rendre compte du luxe extraordinaire, de l'étonnante variélé des costumes de l'époque, surtout de ceux des femmes, en jetant les yeux sur les inventaires que nous possédons encore de la garde-robe des bourgeoises à leur aise. La femme de Georges Winter, bourgeois de Nuremberg, dans la liste qu'elle dresse des effets donnés à sa fille en mariage (1485), désigne parmi beaucoup d'autres objets : quatre manteaux de drap d'Arras ou de Malincs (deux doublés de soie), six robes, un manteau et trois robes longues, trois habits de dessous, six tabliers à manches, dont un noir; deux robes blanches pour le bain, cinq chemises, deux peignoirs, deux guimpes, sept paires de manches, dix-neuf voiles; entre autres bijoux, environ trente bagues. Un bourgeois de Breslau donne à sa fille, dans son trousseau : un manteau doublé de fourrure et une robe semblable, quatre robes de différents prix, plusieurs bonnets, ceintures et manches, un corsage orné de perles, et une bague d'alliance de la valeur de vingt-cinq florins. La fille d'un autre bourgeois de Breslau reçoit par ses tuteurs, dans l'héritage de sa mère (1490), trente-six bagues en or, des ceintures, des agrafes, des chaines.
Les coiffures du temps, pour les hommes comme pour les femmes, sont de formes variées et bizarres; quelques femmes portent des bonnets pointus, longs d'une aune; d'autres, un long bourrelet bigarré, orné de cordons de perles, d'or, de pierreries, de fleurs ou de plumes. Les coiffures des jeunes filles de la bourgeoisie des villes sont particulièrement étranges : ce sont des fichus blancs, formant de roides coiffes, attachées pour la plupart à une haute et large carcasse en fil de fer; un ruban posé par-dessus les lie sous le menton. Les chapeaux et les bonnets d'hommes ne sont pas moins bizarres. Un livre de droit municipal de la ville de Hambourg nous offre, dans ses miniatures, des personnages coiffés de chapeaux hauts et bas, aux bords larges ou étroits, retroussés par devant et pendants par derrière, ou vice versa; des chapeaux de fourrure commune, de feutre, de drap de toutes couleurs, divisés en deux, rayés, ornés de plumes, de galons de ganses d'or, quelquefois de bandelettes tombant jusqu'à terre. ?sous y voyons aussi des bonnets de tous genres, en fourrure, en feutre ou en drap, carrés, ronds ou pointus, et des capuchons ornés d'un ou de plusieurs glands bariolés.
' Les joyaux d'autrefois, comme nous l'avons déjà dit, avaient toujours une valeur artistique. La perfection avec laquelle sont peintes les armoiries de cette époque prouve combien dans la noblesse le luxe était plein de goût.