‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 78 sur 477 · COSTUMES POPULAIRES DU PEUPLE · texte numérisé non relu

COSTUMES POPULAIRES DU PEUPLE

Le plus bel ornement pour un homme était alors une lon{jue chevelure bouclée, et Ton mettail beaucoup de temps et de soin à sa coiffure. Lorsque le fils du riche palriciendc Bûle Jérôme Tchekenburlin prit en dégoi\t les vanités du siècle et entra, à vinjjt-six ans, dans l'Ordre des Chartreux, il fit faire son portrait dans le vêtement de fête avec lequel il était entré au couvent. Il y est représenté la tète bouclée et crêpée; les cheveux couvrent le front, et tombent sur le cou nu, dans une riche profusion. Dans le portrait du jeune roi Maximilien, nous voyons également de longs cheveux blonds, symétriquement arrangés et tombant jusque sur les épaules en ondulations régulières. Le portrait d'Albert Dürer, qui le représente dans sa jeunesse (il était simple fils d'orfèvre), nous le montre coiffé de longues boucles soigneusement ondulées, tombant orgueilleusement sur la nuque bien dégagée. 11 n'est pas rare, dans les dessins du temps, de voir cette masse de boucles entourée d'un cercle de métal peint et fermé par une élégante agrafe d'or à laquelle on attachait un panache de plumes de héron, ou bien une couronne de lierre naturel. Les hommes portaient aussi quelquefois des couronnes de fleurs.

Au lieu de ces libres et longs cheveux bouclés, les femmes portent pour la plupart des nattes épaisses plaquées près des oreilles; on leur adresse souvent le reproche de se servir des cheveux des morts et de les tresser avec les leurs. Les jeunes filles enferment leurs nattes dans des filets dorés ou dans de petits sacs d'étoffe voyante, dorée, entremêlée de fils d'or et de perles, semée de pierres précieuses; de petites plaques d'or y sont suspendues '. Le dessin des Fiançailles de la Vierge, par Dürer, nous permet d'étudier le costume des jeunes fiancées de la haute bourgeoisie. La Sainte Vierge porte une robe très-riche garnie de fourrure, avec de larges manches et une traine. Sous cette robe, une autre robe de dessous, en velours, est visible seulement parles manches étroites qui viennent jusque sur les mains. Marie porte une petite coiffe et un voile; une de ses compagnes, Nurembourgeoise de bonne famille, porte uu manteau de pluie à longs plis et une coiffe de lin très-boulfante ^

Dans la classe ouvrière, les couleurs des habits sont plus variées encore que les façons. Des tailleurs de pierre, des charpentiers sont représentés à leur travail en vêtements rouges, en culottes et en bonnets bleus, ou bien eu habits jaunes avec des culottes et des bonnets rouges. D'autres ont des habits de deux nuances, bleu clair et jaune, vert et rouge. Les marchands, derrière leurs comptoirs, portent aussi des costumes voyants et bariolés. Un paysan, condui-

' Falke, t. I, p. 279-305. — Documeiils, t. V et t. VL 'Van Eye, p. 299.

sant ses porcs au marché, porte un habit vert, un chapeau rouge et des culottes brunes. Un charretier ou un vigneron qui pousse un tonneau sur sa brouette, parait en habit rouge doubié de vert; il porte un bonnet rouge, des culottes bleues, et de courtes bottes d'écuyer couleur de cuir. De sottes pimbêches de village ont des toilettes où les nuances, étrangement mêlées, produisent reflet le plus ridicule: la moitié de leur vêtement est d'une couleur uniforme, l'autre moitié est de toutes les nuances de Farc-en-ciel, et divisée en tout petits morceaux, bandes, carrés, triangles. On voit aussi des jeunes gens habillés de rouge de la tête aux pieds. Les broderies étaient alors très à la mode et d'une extrême richesse. Le Francfortois Bernard Hohrbach surchargea tellement de broderies en fil d'argent les manches de son habit, qu'il portait sur lui en l'endossant un poids de onze marcs et demi d'argent (1464 j.

La variété de la vie, la mode, capricieuse et arbitraire, se reflètent fidèlement dans les compositions de nos artistes. Les divers états sont devant nos yeux; nous apprenons même à connaître ces gens sans aveu, cette race paresseuse, ennemie de toute règle et de tout travail, qui forme en tout temps comme la lie populaire des villes. Qu'on examine, par exemple, dans le grand Portement de croix de Martin Schongauer, les individus hideux qui traînent le Sauveur au supplice : leur physionomie, leur aspect sont d'une vérité saisissante; c'est le hasard, la chance ou la charité compatissante de quelque bonne âme qui les a vêtus. L'un porte un pardessus, mais ses bras et ses jambes sont nus; un autre possède un étroit haut-de-chausse, mais il n'a point de souliers aux pieds, et les larges déchirures de sa veste trop courte laissent apercevoir une chemise plissée. Un autre, dont les épaules sont nues, porte un bonnet pointu sous lequel apparaît une longue tresse de cheveux qui traîne sur son dos. Un troisième a roulé un mouchoir sur sa tête en forme de turban. Un quatrième a enfoncé sur ses cheveux ras un feutre mou et déformé. Un cinquième, qui est nu-tête, laisse flotter au vent sa chevelure en désordre. Des hommes ayant appartenu autrefois à une classe plus élevée sont mêlés à cette troupe sordide : celui-ci porte un habit sans manches, garni à toutes les coutures de franges et de nœuds de ruban ; les manches de sa chemise sont retroussées jusqu'aux épaules; celui-là,' dont les jambes sont nues et qui porte des souliers attachés avec de la tresse de paille, a enveloppé fièrement ses épaules d'une peau de mouton dans laquelle il se drape comme dans une hermine royale. Un vieillard traîne négligemment un vieux froc de moine qu'il serre autour de son corps décharné. Les attitudes, les physionomies, les traits rudes, les articulations osseuses de tous ces personnages, qu'on rencontre très-fréquemment dans les tableaux et les dessins du temps^

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