‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 86 sur 477 · CHANSONS D'AMOUR · texte numérisé non relu

CHANSONS D'AMOUR

Les auteurs de ces chansons restent toujours inconnus. Tantôt c'est un joyeux chasseur qui a « clianfé dans le bois ce qui résonnait dans son âme ' ; tantôt c'est un l)er{',cr ((ui a « cause avec les fleurs > ; ce sont des mineurs qui, près du vin frais, « ont trinqué avec délices » ; c'est un <' pieux chevalier " qui a rimé une chanson tout en parcourant le royaume, ou bien c'est une « cenlille demoiselle > toute dolente de l'absence de son bien-aimé. La chanson populaire n'est pas l'd'uvre de la - grande masse », c'est la rêverie de quelques élus qui épanchent dans leurs chants naïfs ce que le cœur leur envoie. « Ils ont moins inventé que trouvé, à l'instant voulu, l'accent de joie ou de douleur, de plainte ou d'allégresse qui passait en ce moment dans l'âme de la nation. Ce qui, dans le lied, était digne de pénétrer le cd'ur jusqu'en ses fibres les plus profondes, ce qui pouvait y éveiller non-seulement une note isolée, mais toute une série d'accords harmonieux, ce qui prêtait une forme à un sentiment vrai, se transmettait rapidement de bouche en bouche, d'âme à âme, et devenait comme la propriété indestructible de tous. - Une pensée déplus s'était envolée d'une simple vie isolée, et faisait désormais partie de la grande vie universelle qui venait de l'adopter'. ' Voilà pourquoi nous sentons battre dans la chanson populaire le cœur même du peuple. Là se manifeste toute sa joie comme toute sa peine ; mais nous y voyons surtout couler avec transparence et profusion la source de son amour.

Les chansons d'amour surpassent toutes les autres par leur fraîcheur, la justesse des impressions, l'enjouement aimable et la sérieuse profondeur. Beaucoup d'entre elles expriment avec tant de pureté, de modestie, de calme, un attachement profond, que nous pouvons sûrement les attribuer à des femmes. Celles si nombreuses qui peignent le chagrin de la séparation sont d'une mélancolie pénétrante. Citonsen quelques exemples :

« Mon cœur est bien affligé, c'est l'absence qui cause sa peine; mon cœur ne guérira jamais, il voudrait mourir de sa souffrance. Toi qui es ma couronne, il faut que je te quitte, que je m'éloigne de toi! Il faut que je m'en aille, bien au delà de la bruyère -! '

Le voyageur s'éloigne, mais bientôt il s'arrête pour écouter son cœur :

oLù-haut, sur cette montagne, j'entends le bruit du moulin; il ne moud que de l'amour, du malin jusqu'au soir; le moulin est brisé, notre

de la danse et du chant, voy. les détails pleins d'intérêt donnés par Lhland, t. II, p. 39J-403, et les citations, p. 471-486.

' Voy. (JORRES, dans son compte rendu du travail de Griinm [Alldeutschen Meistergesang) , dans le Heidelb. Jahrbuch, n"' 48, 49, p. 753-773, et Alldeutsche Volks und Meislerlieder, t. XX-XXI.

- Weckherli.N, Beiträge zur Geschichte alldeutscher Sprache und Diclitkunsl, p. 79.

amour est fini! Dieu te bénisse, mon doux amour! Pour moi, je m'en vais dans la misère '. »

Aller " dans la misère ", cela signifie toujours, dans nos chansons populaires, aller à l'étranger. Les Allemands d'autrefois aimaient tellement leur pays et avaient un tel besoin d'y vivre, que l'existence au loin leur apparaissait comme un bannissement cruel et une épreuve amère -.

Un profond et calme regret d'amour se révèle avec une simplicité émouvante dans le lied suivant :

a J'entends une faucille qui frôle, qui frôle doucement les blés; j'entends une douce jeune fille se plaindre, elle a perdu son amoureux. 0 faucille, frôle encore, continue à frôler le blé avec ton bruit léger! moi, je connais une triste jeune fille, qui a perdu son amoureux ^! "

Sans souffrance, point d'amour :

» C'est un mot bien connu depuis plus de cent ans : celui qui n'a jamais connu la peine, comment peut-il dire (ju'il a connu l'amour^? »

Tout chagrin se réfugie vers Dieu avec confiance :

a Mon cœur est bien affligé. Que Dieu mène tout à bien! Je m'éloigne d'ici avec douleur, mais je vois ([ue je ne puis rien changer h mon sort. Que Dieu console les cœurs souffrants ^! f

Ces simples chants sont toujours en pleine harmonie avec la vie delà nature. La jeune fille aimée ressemble à un rosier, elle est comparée à la petite rose de la bruyère :

a Celui qui cueillera la petite rose, la petite rose de la bruyère, ce sera un jeune gars modeste et réservé; alors la tige sera toute dépouillée. Le bon Dieu sait bien à qui je songe! Pense à moi comme je pense à toi, petite rose sur la bruyère ß! "

La chanson populaire fait sans cesse appel à la sympathie de la nature. L'été et l'hiver, le bois et la prairie, les feuilles et les fleurs, les oiseaux et les animaux, l'eau et le vent, le soleil, la lune et l'étoile du matin, doivent compatir aux souffrances des malheureux ou partager la joie des jeunes cœurs. Tantôt la nature fait partie intégrante du lied; pensées et sentiments se confondent avec sa vie. Tantôt ses images ferment l'horizon, et servent de cadre ou de bordure.

Aussi longtemps que l'esprit populaire allemand n'eut pas été

' Uhland, t. I, p. 77. — Voy. t. II, p. 446.

* Voy. ViLMVR, p. 175.

3 Uhland, t. I, p. 78. — Voy. Vilmar, p. 191-192.

* Voyez-en la mélodie dans Forkel, t. II, p. 765. = Uhland, t. I, p. 137.

6/W., p. 111-112, et t. II, p. 450, 545-546.

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