CHANSONS A BOIRE, CHANSONS POLITIQUES
altéré et ai{;ri par les passions et les luttes reli^jieuses, il demeura étroilcment associé à toutes les choses du monde extérieur. Dans sa littérature et dans ses mœurs, on sent Tinfluenee de son commerce intime avec la nature. Des fêtes populaires, renouvelées tous les ans, {^ardaient encore l'empreinte du culte que lui avaient consacré les Germains ; elle est mêlée à presque tous les symboles, formules et prescriptions du droit allemand; et les arts mêmes qui avaient {grandi à l'intérieur des cloilres ou derrière les murs d'enceinte des villes forlitiées, restaient empreints de cet amour pour la nature, si prolondéinent implanté dans les cœurs allemands. L'architecture changeait la maison de pierre en un bois fleuri, et la peinture, tandis qu'elle donnait aux traits humains une expression si élevée, ouvrait l'arrière-plau de ses tableaux pour laisser entrevoir un verdoyant paysage. Pour rendre l'impression du bonheur par une image, nos poètes ne savaient rien trouver de mieux que la félicité infinie goûtée dans la foret ombreuse, au milieu des champs, parmi les fleurs, sous le tilleul embaumé où chante l'oiseau des bois *. L'amour de la nature servait comme de fond commun à la vie intime et à la poésie, et il n'est pas rare que les chansons populaires, dont le sens poétique est si profond, soient également remarquables par une fine observation de la nature comprise jusqu'en ses plus délicates merveilles. Les chants si connus : « Le joyeux temps de l'été me réjouit le cœur ", « Voulez-vous entendre un conte nouveau »? « Il y a un tilleul dans cette vallée, large en haut, étroit en bas, où se tient le rossignol ", n'ont jamais été oubliés. A ces lieder viennent se joindre les chansons de cavaliers, de chasseurs, de buveurs : elles sont pleines d'entrain et parfois d'humour malicieuse.
« Vin! vin du Rhin, pur, fin et clair, ta couleur a un plus joli reflet que le cristal et le rubis! Tu es un remède pour les affligés! A boire! Ton pouvoir fait des merveilles! Tu donnes de l'audace au timide, tu rends le vilain généreux-! "
a Celui que j'aime entre tous est lié par des anneaux; il a une robe de bois, il rafraîchit malades et bien portants : il se nomme le vin. Versez à boire! ma voix aura de plus profonds accents! Frère, vide ton verre en un clin d'œil ^l ■»
' Uhland, t. II, p. 13-15. L'ouvrage d'Ubland sur les chants populaires est certainement l'un des plus beaux livres qu'ait produits la littérature allemande. Franz Pfeiffer qui l'a édité n'exagère pas lorsqu'il dit dans la préface qu'on n'a jamais saisi avec autant de chaleur et d'intelligence, de profondeur et de charme la forme et la beauté de la poésie populaire. — Voy. aussi le livre de ViLMAR, Handbnclilcin. Schaller, Briefe zum Kosmos, p. 292. — HOLLAND, Geschichte der Deutschen Literatur, 155.
* Voy. Holland, Altdeutsehe Dichtkunst, p. 576-577.
* Uhland, t. I, p. 584.
4 Béni soit celui qui, pour la première fois, a pensé qu'il fallait diviser la monnaie en liards! il a eu là une bonne idée! Moi, bien souvent, je dépense toute ma monnaie, et il ne me reste plus que trois liards K '
Les romances et les chansons qui appartiennent au genre de la ballade forment une série à part. Beaucoup d'entre elles, d'une poésie fraîche, d'un sentiment profond, peuvent être rangées parmi ce que les poètes populaires de tous les temps et de tous les pays ont produit de plus exquise Puis viennent les chansons historiques, les couplets sur les guerres, les escarmouches, les batailles, les événements contemporains; chansons politiques, armes d'ironie et de menace avec lesquelles les diverses classes de la société se combattaient réciproquement, comme souvent elles le faisaient par les armes. Ainsi, dans la grande guerre entre les princes et les cités (1449), les chansonniers d'Augsbourg composèrent cette satire rimée contre les prélats trop belliqueux d'alors :
s La pauvre commune ne sait plus ce qu'elle fait! Elle verse inutilement son sang dans la guerre. Seigneur, je t'en prie, prends-nous sous ta garde, car voilà que maintenant les chefs qui gouvernent la chrétienté et devraient honorer la sainte foi sont les premiers à combattre. L'évêque de Mayence ouvre la danse; je préférerais qu'il chantât au chœur dans sa cathédrale, ou f|u'il veillât au bon ordre parmi ses clercs. L'évêque de Bamberg danse après lui; l'évêque d'Eichstatt ne manque pas davantage à la ronde. La guerre est devenue mortelle pour l'aumône. Jadis les saints Pères propageaient la foi, convertissaient de grands peuples au christianisme; mais ceux-ci détruisent la religion. 0 Seigneur, je me plains à toi de ce malheur! J'ai entendu dire que les prophéties annonçaient qu'on en viendrait à tuer les prêtres '^. »
En réponse à cette chanson, on riposta du côté des princes par une autre chanson; les cités y étaient accusées d'avoir détruit des églises et des monastères, de ne pas même avoir épargné le Saint Sacrement. L'orgueil des bourgeois, qui prétendaient égaler le faste et les riches habillements delà noblesse, devenait intolérable, disait la chanson :
s Ils croient que personne ne peut les égaler; ils se nomment le Saint- Empire romain, et ce ne sont que des paysans; ils se tenaient derrière la porte avec force révérences, autrefois, quand passaient les princes qui gouvernent le pays. Le roi Sigismond était fou en vérité, quand il a permis à ces gens la trompette et le fifre! Leur vanité en a été enflée; d'après le bon usage, cela ne convient qu'aux princes. »
Pour conclure, on souhaite aux nobles de réussir dans leur entreprise :
' Holland, AUdentsclic Dichikunst, p. 573. ^ Voy. Kurz, p. 593.
* Voy. sur ces prophéties les passages du livre de la Sibylle de lôl5. Nor- DE.NBERG, Kölnisches Literatur Leben, p. 22-23.