‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 91 sur 477 · LES MYSTÈRES · texte numérisé non relu

LES MYSTÈRES

(oii.joiirs d;ivaii(a(je d'y représenter l'histoire de la Rédemption dans (ont son vaste développement historique. Le mystère commençait {»énéralcmcnt par la chute de Lucifer et de ses anp,es; venaient ensuilc le paradis terrestre, le bannissement d'Adam et Kve, et l'arbre de la science opposé à l'arbre de la croix. Set h est envoyé par Adam mourant au paradis terrestre afin d'y chercher, pour la {]?uérison de son père, un fruit de l'arbre de vie. Le chérubin qui en (jardc la porte lui en donne un rameau qui doit rendre la santé à Adam et lui oblenir la vie éternelle; mais Adam est mort dans l'intervalle, et Seth plante sur sa tombe ce rameau sacré, d'oiinailra un jour l'ai'brc de la croix. Comme prélude à la grande épopée chrétienne, les prophètes sont introduits, ainsi que les païens qui ont pressenti et annoncé le Christ, tels que Virp,ile et les Sibylles. Puis viennent des scènes isolées de la vie du Sauveur, quelques-uns de ses miracles, la guérison de l'aveugle-né, la résurrection de Lazare, témoignages saisissants de la puissance infinie de Celui qui dispense la lumière et la vie. Ensuite se développe toute la tragédie de la Passion; puis la Résurrection, l'Ascension; souvent même, le mystère s'étendait jusqu'au Jugement dernier '. Comme l'épopée, le drame chrétien est essentiellement tragique; comme la théologie chrétienne, il voit dans l'histoire du monde une vaste tragédie, dont le Jugement dernier est le suprême dénoihnent -.

En dehors des drames religieux qui se rapportent directement au Sauveur et forment le cycle principal, on jouait de nombreux mystères sur la vie de la Sainte Vierge, ils étaient représentés soit isolément (comme le mystère si touchant des Lamentations de Marie), soit rattachés à ceux du premier cycle. On composait aussi d'autres mystères sur les légendes des saints, les paraboles, l'Antéchrist, le Jugement dernier; l'un des plus remarquables parmi ces derniers est le mystère de Tegernsé, intitulé : De l'avènement et de ta chute de l'Aulec/irist. C'est le plus ancien drame d'origine allemande que nous possédions, et l'un des plus grandioses et des plus riches en développements qu'ait produits l'art dramatique au moyen âge. Il a un intérêt non-seulement religieux, mais politique; car le poëte a établi des rapprochements entre l'Antéchrist, les princes de la chrétienté et leur chef suprême, " l'empereur romain de nation allemande «. Ce mystère semble avoir été fréquemment représenté pendant le quinzième siècle ^

> Hase, p. 15-20. — Wilken, p. 63-130.

* Voy. IMo.NE, Alldeutsche Schauspiele, p. 16, et Schnuspide des Millclallcrs, t. I, p. 336-

^ A Xanten, d après le témoignage du chanoine Pelz, le grand drame de X'Anicehriti, traduit du latin, fut représenté deux fois, en 1473 et 1481.

Des personnages allégoriques ouvrent le drame : on assiste d'abord à la lutte du paganisme avec la synagogue; puis l'Église parait : elle est accompagnée de la Miséricorde, tenant à la main une branche d'olivier, et de la Justice, portant le glaive et la balance. A sa droite, se tient le Pape avec tout son clergé; à sa gauche, l'Empereur, ses hommes d'armes et plusieurs souverains. L'Empereur ordonne aux rois de lui rendre hommage, " car, ainsi que les historiens l'ont rapporté, le monde entier est tributaire de Tempire romain ". La bravoure des ancêtres avait établi cet ordre de choses, mais l'incapacité de leurs descendants l'a détruit; ils ont laissé tomber en désuétude la puissance de l'empire; l'Empereur actuel prétend bien la rétablir, et tous les souverains doivent lui payer le tribut autrefois exigé. Les rois de Grèce et de Jérusalem s'inclinent devant sa tou(e-puissance, mais le roi de France résiste audacieusement; il est vaincu dans un combat et réduit au rôle de vassal. L'Empereur, chef reconnu de la chrétienté, triomphe ensuite du roi de Babylone, allié des païens, et vient déposer sa couronne et son sceptre dans le temple de Jérusalem, en chantant :

tt Prends ce que je viens l'offrir, reçois-le avec complaisance ! Roi des rois, l'empire est à toi! Nous ne sommes souverains que par ta grâce; toi seul diriges l'univers! »

Pendant ce temps, grandit à Jérusalem l'ennemi le plus redoutable de la chrétienté : l'Antéchrist s'avance, entouré de l'Hypocrisie et de l'Hérésie. « Oue mou œuvre soit fondée sur vous, dit-il en se tournant vers elles; c'est par vous que grandira l'œuvre que je médite; toi, élève l'édifice; toi, anéantis le clergé. » L'hypocrisie et l'hérésie s'y déclarent préparées. « Depuis longtemps la sainte religion chancelle, disent-elles; la vanité s'est emparée de la mère Église. A quoi bon les dépenses de tous ce.^ prêtres somptueusement vêtus? Dieu n'aime pas les prélats mondains. Monte jusqu'au sommet de la puissance ! Grâce à notre utile secours, le monde entier t'appartiendra. Nous l'avons rendu les laïques favorables; par toi l'enseignement des prêtres sera détruit, n L'Antéchrist commence son œuvre : « A la fin, vous m'avez enfanté, dit-il, moi qui depuis si longtemps étais conçu sous le cœur de l'Église. Je vais donc enfin déployer ma force et soumettre les puissances! J'abolirai tout ce qui est ancien, et j'établirai des lois nouvelles! ! On élève le trône de l'Antéchrist dans le temple du Seigneur; l'Église, persécutée, accablée d'outrages et de coups, se réfugie près du Pape. L'Antéchrist envoie alors des ambassadeurs à tous les souverains de la terre pour les engager à se soumettre. Les rois de Grèce et de France viennent l'adorer; il écrit les initiales de son nom

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