NÉGOCIATIONS RELATIVES A LA PAIX RELIGIEUSE
Les négociations relatives à la paix avec la Saxe et ses alliés eurent lieu à Scliweinfurt, puis à Nuremberg sous la présidence des princes médiateurs, au profond dépit de François I'^'', qui travaillait depuis longtemps à empêcher tout rapprochement entre les Prolestants et l'Empereur ^. Eck en fut également très mécontent, car il ne souhaitait rien tant que la guerre, et avait mis obstacle à tous les efforts de Charles-Quint pour pacifier en Bavière les querelles religieuses. « Aux yeux de l'Empereur et du roi, je suis le plus grand misérable qui existe, et je prévois le moment où je serai obligé de me sauver d'ici, » écrivait-il de Ratisbonne au duc Guillaume 2.
Luther et iMélanchthon, redoutant l'alliance du Landgrave avec les Zwingliens,les projets hostiles et les appuis étrangers de ce prince, donnaient à l'Electeur ^ les conseils les plus modérés.
Les juristes saxons, d'accord avec Philippe de Hesse*, mettaient comme condition expresse à la trêve proposée, que non seulement les signataires actuels de la Confession d'Augsbourg, mais encore tous ceux qui, dans l'avenir, voudraient y adhérer, fussent compris dans la trêve, et que les pouvoirs catholiques s'engageassent, dans leurs possessions, à laisser librement prêcher les doctrines nouvelles. Mais Luther et Mélanchthon ne voulaient point que ces exigences fissent échouer les négociations de paix.
« Il est clair,» écrivait Luther à l'Electeur,« que nos adversaires ne consentiront jamais à nous concéder le premier point; donc, à quoi bon alors discuter là-dessus, et rompre à ce propos toute la négociation? Sans blesser la conscience, on peut ne pas insister sur ce sujet. Il suffit de proposer « l'Evangile» à nos adversaires; à eux de l'embrasser ensuite à leurs risques et périls, comme l'ont déjà fait les princes et les cités de notre Confession. Exiger davantage, c'est accréditer l'opinion que nous ne songeons qu'à pousser les sujets à la rébellion pour soustraire l'Empire tout entier à l'autorité de Charles-Quint. » Quant à la seconde condition, Luther écrivait : « Il n'est jamais permis de faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'il nous fît. Si aucune autorité luthérienne ne peut admettre qu'un prince voisin ait le droit de le con-
' Voy. plus haut, p. 271-272. Seckendorf, t. III, p. 27; Aléandre, 2 juillet 1332, dans Laemmer,Mo«. Vat., p. 141.
- Voy. MuFFAT. p. 211-213. Sur les efforts de l'Empereur pour se rapprocher de la Bavière, voy. Stumpf, p. 66-80, 100-116. — Bochholtz, t. IV, p. 167-184. — En mars 1532, le duc Louis laissait échapper cet aveu : « L'Empereur jusqu'ici s'est toujours montré très indulgent envers nous, » parlant des difficultés survenues au sujet de Ferdinand. Voy. Muffat, p. 181.
ä Voy. les lettres de Mélanchthon à Brenz et à Gamérarius, 19 mai et 24 juin 1532, dans le Corp. Reform., t. 11, p. 590-598.
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traindre à laisser à ses sujets la liberté de demourer dans Tancienne religion, on ne peut non pkisforcer les pi-inces catholiques à tolérer le nouveau cultn dans leurs états *. »
L'Electeur se rendit à cet avis.
Le 23 juin, un traité de paix, n'intéressant que les adhérents actuels de la Confession dAugsbourg, fut signé à Nuremberg. Voici quels en étaient les principaux articles ;. « .Jusqu'au concile libre, universel et chrétien, réclamé et promis à la Diète de Nuremberg, la paix entre les pouvoirs catholiques et protestants demeurera inviolable, et personne, sous prétexte de religion ou piur tout autre motif, ne poui'ra envahir ou opprimer d"une façon quelconque un membre du parti opposé au sien. L'Empereur fera tous ses efforts pour que, dans un délai de six mois au plus, le concile soit convoqué et puisse s'ouvrir au bout d'un an-, si cependant ce dessein présentait d'insurmontables difficultés, l'Empereur inviterait les membres de l'Empire à se réunir à lui en un lieu convenable, pour y conférer sur les mesures à prendre touchant le concile et autres questions urgentes. Tous les procès intentés par le fiscal imp'rialou autres officiers d'Empire, actuellemont ou à l'avenir, contre l'Electeur de Saxe ou ses adhérents, sont suspendus jusqu'au concile, ou jusqu'à l'assemblée devant s'ouvrir en son lieu et place. Miis l'Empereur veut être consulté pour ch:iqu3 cause en particulier 2. .)
Les articles conciliés à Nuremberg furent soumis une seconde fois par l'Empereur à la Diète de Ratisbonne (2 juillet). Mais l'assemblée refusa de les accepter ; « pour tout ce qui touchait à la religion, elle entendait s'en tenir au recez d'Augsbourg. » En vain l'Empereur supplia-t-il les membres d'Empire de considérer qu'il était absolument nécessaire de rester en bonne intelligence avec la Saxe et ses alliés, quî cette entante faciliterait la levée des contributions destinées à la camp ign^. turq'ie et aiderait au rétablissement de la paix et de la sécurité : il ne put rien obtenir.
« Notre résoluiion ne peut être en rien préjudiciable aux intérêts de Votre Majesté Impériale, » écrivait à Charles-Quint le délégué de Francfort; « les cités connaissent si bien les bonnes dispositions, le cœur débonnaire de Votre Majesté, qu'elles ne manqueront pas de
' Voy. ces dépêches dans de Whttk. t. IV, p. 3ti9-374, 380-385.
- Pour plus de détails, voy. Huchiioi.tz, t. IV, p. 23-47. i'rkiauh'nhaïKl.p. 23-37. — Voy. Wi.NKiiLMAN.v, p. dOi), iiote. Strasbourg était dès lors à la tôle des pouvoirs protestants dans ses efforts pour faire récuser la Ciliambre Impériale par tous les iiu'inbrtsde rKmjjire, »et cela ])our Jes raisons bien faciles à ileviner». Dépêche à llmduG nov. 1531, et à Phili|)pe de liesse du 12 nov. dans Wi.nckulmann, p. 174, n" 107. p. 17G, n» 169.
LES CATHOLIQUES CONTRE l' EMPEREUR A LA DIÈTE DE RATlSBONNE.lo32 281
lui fournir en troupes et en argent tous les secours qui lui seront nécessaires '. »
Néanmoins parmi les membres présents, plusieurs, malgré toutes leurs promesses antérieures, «prirent une attitude si singulière, » que l'Empereur finit par exiger qu'ils lui fissent savoir s'ils é aient réellement décidés à fourni ries secours promis, car il ne voulait pas se voir entraîné, pour le salut de l'Allemagne, à des dépenses exorbitantes et peut-être inutiles. « Ainsi, «écrit Furstenberg, « tout est à recommencer -. »
i( Les princes, à l'exception de deux ou trois, sont tous partis, » écrit-il encore le 7 juillet; « l'Empereur et la Diète se chamaillent ; les membres d'Empire écrivent à l'Empereur d'une manière dont eux-mêmes reconnaissent l'inconvenance » •'.
« On ne s'aperçoit que trop de l'influence funeste qu'exerce le chancelier de Bavière sur l'assemblée; cet hypocrite serpent conspire en secret avec les Protestants, la France et le voïvode turc de Hongrie, ce qui ne l'empêche pas d'insinuer aux Catholiques que Charles-Quint trahit la foi, et qu'il vaudrait mieux perdre les biens et la vie que rien concéder à cet hérétique '*. »
Les Catholiques réclamaient à grands cris le concile, et reprochaient ouvertement à l'Empereur d'être, en dépit de ses promesses et de ses assurances réitérées, la cause principale des retards apportés à cette grande affaire. (.< Si quelque révolte ou accident survient, du moins tenons-nous à protester devant Dieu et devant le monde entier que nous n'en sommes point responsables; que l'Empereur sache bien que si nos sujets se révoltent, il nous sera impossible de fournir les secours promis. » Charles mit sous leurs yeux les preuves évidentes de son z'-le et leur répétant qu'il n'était en rien coupable, et qu'eux seuls étaient la cause de tant de délais. Que de fois ne les avait-il pas suppliés, comme il le faisait une fois encore, d'envoyer une ambassade solennelle au Pape ? Le Saint-Père, pour des motifs de la plus haute importance, tenait, lui aussi, à la prompte ouverture du concile et, plus que personne, il pourrait témoigner du zèle que l'Empereur avait mis à le préparer. Aussi les récriminations, les reproches des Catholiques étaient-ils tout à fait intempestifs et inconsidérés. Au reste il savait assez de qui partaient de semblibles traits. « Et tout cela, » ajoute Furstenberg, «accompagné de mainte parole amère et blessante ^ »
' " Furstenberg, 2 juillet 1332, Voy. Reiclistaqsacien, t. XLV, fol. 27.
* ' Reichstagsacfen, t. XLV. fol. 29.
3 'Fürstenberg, 7 juillet 1.532. Rflchttagsactcn, t. XLX, fol. 29.
* * Aufzeichnungen, etz. — Voy. Willk, PiUpp der Grossmüthige, p. 67-68. » ' Reichstagsactev, t. XLV, fol. 29.
282 l'empereur et le concile. 1532.
Perdant entièrement de vue les intérêts de la foi, les Catholiques allèrent jusqu'à vouloir arracher à l'Empereur la promesse que, dans le cas où le Pape refuserait d'ouvrir le Concile dans un très bref délai, lui-même, « au nom de sa haute mission, et de par son autorité impériale, >> convotiuerait un concile national allemand [^. Cette démarche avait du reste été préparée d'avance dans les secrètes entrevues du chancelier Eck et du Landgrave 2 ,
Mais, sur ce point, l'Empereur était décidé à nepasse laisser faire. Jamais, déclara-t-il à l'Électeur Joachim de Brandebourg (prince si zélé pour la foi), il ne donnerait les mains à ce qui pourrait toucher aux prérogatives du Saint-Siège, et blesser l'obéissance qui lui était due^.
Le Pape, dit-il à l'Assemblée, ne devait pas être rendu responsable des retards apportés au concile; le roi de France en était la seule cause ; en dépit de tant de messages et d'ambassades, François avait toujours refusé de se prononcer nettement sur cette question '*. Mais il allait faire tous ses efforts pour obtenir du Saint Père que le Concile pût être annoncé dans six mois et réuni au bout d'un an. S'il n'y réussissait pas, il convoquerait une nouvelle Diète où il exposerait les raisons de tant de délais, et aviserait avec les membres d'Empire aux moyens de pourvoir aux besoins généraux de la nation allemande, soit par un concile national, soit par toute autre mesure, « afin que l'Allemagne, enfin revenue à l'unité de foi, pût vivre en paix, réconciliée avec Dieu et la sainte Église, Mère vénérée de tous les chrétiens ^. »
' Recez delà Diète de Ratisbonne, dans la Neue Sammlung der Reichsabschiede, t. II, p. 3ö5, I 5.
- Voy. plus haut, p. :260.
'•' Aléandre, 2:2 juin 1332. Dans Lakmmer, Mon. Vat., p. 137. L'Electeur Joachim, dit Aléandre, « è veramente per ogni conto héros quidem christianus ». p. 132.
' La politique française, qui's'efïorc^ait de mettre obstacle à tout ce qui aurait pu aider à la paix religieuse en Allemagne, apportait à la réunion d'un Concile toutes les entraves imaginables. Voy. Pastor, Iteunionsheslrehungeti, p. 74 et suiv. «La jalousie de la France et l'insouciance de l'Angleterre » (la euvidia di Francia y la liviandad de Inglaterra han sido la cosa) ont empêché le (Concile de se réunir jusqu'à ce jour, » disait Clément Yll au confesseur de l'Empereur, Garcia de Loysa, et il affirma à plusieurs reprises et par serment, qu'il n'était pas en secret d'intelligence avec la France, comme le bruit en courait ii Rome. — Voy. ces lettres dans IIei.vi:, p. 114, note. Lettre de Garcia du 14 avril 1531, dans Heine, p. 115, 417. — Voy. aussi p. 171-172, et la lettre du Pape à l'Empereur, p. ;i08-3U9, o39.
^ Sammlung der lieirhsuhsrliiedc. t. Il, p. 350, ^ G. — « Perniente Sua Maestà ha voluto,» écrit Aléandre le 27 juillet l."»32, « che si mette in la conclusion che essis tessa habbii ad intemar il Concilia, corne hanno |)iü volle Ira loro concluso questi priucipi e Stati. » — Laümmki», Mon. Val., p. 143.