DELIBERATIONS RELATIVES A LA LIGUE SOUABE
vait être attaqué de deux côtés à la fois, et les frais nécessités par deux armées s'élevaient environ, pour six mois, à un million deux cent mille florins. « Si Zapoli, » écrivaient les dues le 26 décembre 1533, dans une lettre autographe adressée au voïvode, « obtenait des Turcs l'argent nécessaire, le vieux ou le jeune duc de Wurtemberg se chargerait de soulever contre Ferdinand une tempête si violente que celui-ci, sans aucun doute, se verrait forcé, non seulement de renoncer à la Hongrie, mais encore de s'enfuir de ses propres états. Quant aux conditions d'un traité avec Zapoli, les députés délégués par la Bavière, la Saxe et la Hesse, comptaient en conférer prochainement à Augsbourg i. »
Au commencement de décembre dS33, les Etats de la Ligue Souabe se réunirent à Augsbourg. Leur assemblée avait pour principaux objets la question de la dissolution de la Ligue et les mesures à prendre pour empêcher le duché de Wurtemberg de retourner à ses anciens maîtres.
La Ligue Souabe -, depuis sa création (1487), avait été comme la clef de voûte de la vie politique dans l'Allemagne du sud. C'est à sa forte organisation que l'Empire, avait dii, en 1525, la ruine du parti révolutionnaire. Elle avait été alors la terreur de tous ces « gentilshommes batailleurs et pillards », héros des anciennes guerres privées. Jusqu'en 1532, les villes entrées dans son alliance, malgré leurs nombreux griefs contre elle, avouaient que, grâce à sa protection, la liberté de leur commerce, leur indépendance, leurs revenus, rentes et impôts ^ avaient été garantis ou défendus. La Ligue était le ferme rempart de l'Eglise, le soutien fidèle de l'autoritéde l'Empereur. C'est grâce à elle que la maison d' Autriche conservait encore le Wurtemberg; aussi Charles-Quint et son frère faisaieni-ils tous leurs cfiorts pour la fortifier et prolonger son existence, tandis que leurs ennemis, et surtout la France et la Hesse, eussent voulu hâter sa dissolution. « La
' Voy. ces dépêches et iustructions dans Muffat, p. 307-308,332-333.— Les ducs ne voulaient des Turcs que leur argent, ils ne désiraient plus, comme aulrefois, voir Zapoli pousser les Infidèles vers l'Occident, car, à ce moment, c'eût été meure toute la Germanie sur pied, et ils savaient fort bien qu'en fait de courage militaire, de prudence, de science stratégique, les Allemands, alors comme autrefois, étaient de beaucoup supérieurs aux populations asiatiques et grecques. Mais ils étaient convaincus que, sans les Turcs, Zapoli ne pourrait réussir, aussi l'engageaient-ils à se tourner vers Constanlinople pour en obtenir de l'argent.
^ Voy. notre premier volume, p. 431, et notre second volume, p. 507.
3 Datt, De pace publica, p. 268.