‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 110 sur 572 · ALLIANCE DE PHILIPPE DE HESSE AVEC LA FRANCE · texte numérisé non relu

ALLIANCE DE PHILIPPE DE HESSE AVEC LA FRANCE

meilleures troupes : « Une armée si considérable allait être levée que jamais l'Allemagne n'en aurait vu de semblable *.»

Au sujet du rétablissement d'Ulrich, Philippe, en lo31 et lo32, avait entretenu une active correspondance avec les ducs de Bavière et le chancelier. Les ducs demandaient, en échange de leur coopération, qu'Ulrich cédât Heidenheim à la Bavière, prît à sa charge les irais de la campagne et promît de maintenir la religion catholique dans ses états. Ulrich fit quelque difficulté avant de souscrire à des conditions si onéreuses ; mais Philippe lui conseilla de promettre tout ce qu'on lui demandait , lui persuadant qu'en des temps meilleurs et une fois la victoire obtenue, il lui serait facile de ne pas remplir ses engagements. « Que d'empereurs, de rois, de princes, » lui écrivait-il, « se sont vus forcés d'accepter des conditions autrement dures! Ils s'y sont résignés, cependant, se souvenant de ce dicton : Un serment arraché par la force déplaît au Seigneur. Ulrich devait se souvenir de Samson qui avait attendu que ses cheveux fussent repoussés pour attaquer les Philistins. Quant à la religion, il ferait bien, pour le moment, de laisser les choses dans l'état où elles étaient, sauf à attendre avec prudence le moment propice, « et abandonnant le reste à Dieu ^ )>.

A Augsbourg, une autre question se présente : En cas de conquête, le \\'urtemberg serait-il restitué au duc Ulrich ou à soû fils Christophe ? Les intérêts d'Ulrich furent défendus par Philippe. Eck, au nom de ses souverains, soutint les droits de Christophe. L'ambassadeur de France, qui avait le premier rang dans les débats, prononça en latin un discours ampoulé où il s'efforça de faire valoir les prétentions de ce dernier. Eck le remercia chaleureusement de la sympathie témoignée par la France à la nation allemande. Un des commissaires de Ferdinand, prcïsent à cette séance, écrivait au conseil de régence du AVurtemberg, le 12 janvier 1544: « Tant d'intrigues, en partie formées au grand jour, s'ourdissent ici contre Sa Majesté Royale, que c'est chose vraiment surprenante. Le Français est jusqu'au cou dans l'affaire; il est à croire qu'il verrait volontierséclater la guerre, et, s'il ne fournit pas ouvertement des secours, il répand du moins son argent à pleines mains pour fomenter la discorde parmi nous. Nous avons engagé Sa Majesté de la manière la plus pressante à s'armer, à se

' Dépêche des agents de Bavière, Gaspard Winzerer elGeorges Weinmeister, aux ducs Guillaume et Louis, 24 avril lo3i, dans Moffat, p. 3)1-363. — Dès le 7 août 4ö33, l'ambassadeur d'Angletterre, Mont, écrivait de Nuremberg à Henri VlU : « Si dissolula fiierit;liga Suevica), multorum opiuio est, ducem Wirtembergensem ia suum ducatum restitutum iri. » Slate-Papers, t. VII, p. 5J0.

* Dépêche datée de Friedewald, 17 avril 1332. \oy. Heyd, t. II, p. 383.

2'j6 PHILIPPE DE HESSE AVEC LA FRANCE CONTRE FERDINAND. 1534.

disposer à la défense, car maintenant il ne s'agit plus seulement du Wurtemberg, mais des propres états de Sa Majesté ^. »

Pendant les négociations d'Augsbourg, Philippe s'était rendu à Bar le-Duc auprès de François P"" et, le 27 janvier, avait conclu avec ce prince un traité secret en laveur d'Ulrich. Gomme François, dans les articles de la paix récemment signée^ avait solennellement promis à l'Empereur, et à plusieurs reprises, de ne jamais soutenir contre laMaison d'Autriche les prétentionsdu duc de Wurtemberg, il fallut sarranger pouraider en sous main leproscrit-. Ulrich venditau roi le comté do Montbéliard, bien qu'il appartînt à l'Empire, puis la seigneurie de Blamond et les trois fiefs bourguignons de Granges, Glerval et Passavcnt, le tout pour la somme de cent vingt-cinq mille couronnes. En cas de prolongation de guerre, François I'''' s'engagea de plus à remettre à Ulrich quinze mille couronnes, à titre de présent gratuit. Les deux parties, était-il expressément stipulé dans le traité, ne pourraient, sans la connaissance l'une de l'autre, se rapprocher de l'ennemi commun. Il fut décidé que huit jours après Pâques, Philippe entrerait en campagne. A sa grande satisfaction, il reçut à ce même moment du roi de France, par rapport au concile, une déclaration conforme à ses désirs ^.

Plein de reconnaissance envers Philippe, qui avait plaidé sa cause avec tant de succès auprès de François I^"", Ulrich assura le Landgrave de sa lidélité, de sa gratitude et promit de lui rembourser les cont'ibutionsde guerre, aussitôt après la conquête. « Ets'il advenait, » lit-on dans une lettre reversale remise par lui au Landgrave, s qu'en dehors du duché nous fissions encore quelque bonne prise, château, ville, seigneurie ou terre, il est bien entendu que nous et nos héritiers communs y aurons un droit égal ^ ».

François espérait bien, en effet, qu'on ne s'en tiendrait pas au Wurtemberg et que la guerre serait portée d'abord dans les terres héi'éditaircs d'Autriche, ensuite en Lombardie ^. Il était plein d'espoir. La Ligue Souabe était dissoute, disait-il le matin de Pâques à un chargé d'affaires de Zapoli; il avait répandu de l'or en profusion en Allemagne, beaucoup de ses amis et alliés étaient déjà sous

' IIeyd, t. II, p. 420, 424 425. —Pour plus de détails, voy. Wille, Philipp der Crossmüthige, p. 127 et suiv.

* Ce point avait déjà été discuté en Allemagne. Voy. à ce sujet le rapport d'un agent français, dans Capekigue, ü'lsI. de la lirforme, t. I, p. lo6-157, noie.

ä RoMMEL, t. I, p. 33ö-3i2, et t. II, p. 298-302; au sujet du concile, voy. t. II, p. 302, et t. III, p. 54.

* Traité et lettre reversale d'Ulrich, 16 mars I.j31, dans 1{ommi::l, t. III, p. ü6-G1. ^ Voy. ces citations dans v. Stalin, t. IV, p. 358, note 2.

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