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LA BAVIERE CONTRE FERDINAND

les armes, et il ne doutait pas que bientôt Zapoli n'obtînt la paix aux conditions souhaitées '.

Le 28 janvier, lendemain de la signature du traité de Bar-le-Duc, l'alliance projetée à Scheyern par le roi de France et les députés des princes de la Ligue de Smalkalde fut conclue. Le Dieu tout-puissant invoqué,« sans l'ordre et la volonté duquel rien ne peut ni bien commencer ni dignement finir, »les conjurés déclaraient avoir été obligés en conscience à se mettre en garde tous ensemble « contre les entreprises de ces personnages avides qui veulent tout accaparera leur profit, ettiennent pour bon et équitable d'assujettir le monde entier à leur autorité tyrannique ». François I«"" promettait, en cas de guerre, et « pour la défense etle maintien de la liberté allemande«, de protéger ses alliés, de demander aide et secours au roi d'Angleterre et, d'accord avec lui, de couvrir la moitié ou du moins le tiers des frais de la campagne; si l'Angleterre s'abstenait, il paierait néanmoins le tiers; en revanche, si le roi venait à être attaqué dans ses états ou dans son autorité, les princes, à sa requête, lèveraient une armée pour lui venir en aide. La Bavière et la Hesse signèrent ce traité, mais l'Electeur Jean-Frédéric s'obstina à garder la neutralité. En vain Philippe essaya-t-il de lui faire comprendre de quelles bonnes intentions le roi de France était animé envers « l'Empire romain de nation germanique» et combien il souhaitait le voir recouvrer son antique gloire, ses libertés, ses splendeurs, TEIecteur ne voulut jamais se rapprocher de la France, et ne consentit pas davantage à prendre part à la campagne du Wurtemberg, engageant le Landgrave à bien réfléchir avant de rompre la Paix Publique. Luther et Mélanchthon le supplièrent également de ne pas imprimer une tache honteuse à l'Évangile par un attentat injuste et contraire à tous ses engagements précédents. Philippe, à ces représentations, devint rouge de colère. Il en croyait à peine l'Electeur ; « Non, » répétait-il, « Votre Grâce ne sera pas sage à ce point! Vous finirez bien par vous mettre de la partie ! Si j'échoue, Votre Grâce en retirera peu de profit ! » « L'Electeur n'est pas belliqueux, » écrivit-il peu après aux ducs de Bavière. « Il aime mieux aider ses amis avec des mots qu'avec des armes '. »

* Voy. Ranke, t. IIJ, p. 326.

^ BücHHOLTz,t. IV, p. 196-197. — RoMMEL, t. I,p. 331-332; t. II, p. 291, et t. III, p. 55. — Luther, Sä?n??7/Z. Werke, t. LXI, p. 332. On y trouvera le récit d'une entrevue qui eut lieu à Weimar entre Philippe et Jean-Frédéric. Luther et Mélanchthon y assistaient. Philippe , écrivant à Ulrich et racontant cette réunion, ajoute ce détail intime : « Item, je veux raconter à Votre Grâce que ce jour-là j'ai solidement bu, mais j'ai fait bonne contenance et n'ai fait que rendre raison à l'Electeur, qui a gagné la porte avec peine pour aller se !:0u-

g'iJ CAMPAGNE DU WUnTKMUERf.. 10 'H.

Tandis qu'en Allemagne tout se mettait en mouvement pour le rélahlissement d'Ulrich, les ducs de Bavière se tournaient de nouveau vers Zapolije pressant d'attaquer sans relard le roi Ferdinand qui, pour le moment, était sans argent, sans ressources d'aucun genre. L'iiistanl était donc on ne peiil plus favorable, il fallait à tout prix oblcnirdel'ai'genl desTurcs,alin (ju'on pùtallcr vite en besogne^ Un chargé d'affaires de Zapoli ne tarda pas à informer les deux frères, à It'iir grande satisfaction, « querAiigielerre, elle aussi, étaitrenneraie déclarée de Gliarles-Quint » et c qu'elle était prête à tous les sacrifices pour que l'Empereur eût à souffrir honte et dommage de la guerre projetée ». Les ducs devaient se hâter d'envoyer sans retard un ambassadeur à Henri Ylli, sûrs d'avance d'en obtenir tout ce qu'ils pourraient souhaiter. Le Landgrave, de son côté, était en pourparlers avec la France et l'Angleterre au sujet de grosses sommes d'argent indispensables à la construction de trois forts. 11 fit dire au roi de France par deux ambassadeurs qu'il pressait à tort les princes de Bavière de s'emparer de Kufstein et autres places du Tyrol; que les ducs n'étaient pas maîtres de leursparlements comme lui du sien, et ne pouvaient, sans l'assentiment de leurs Etats, entreprendre aucune guerre; c'était à lui de mettre tout en train*.

Pour les frais de la guerre. Eck remit au Landgrave trente mille couronnes, prélevées sur les cent mille couronnes qui lui avaient été données par François P"" à Munich. Mais il réclama cinq cents couronnes pour son salaire. Une fois en possession de cet argent, il promit à Philippe une fidélité à toute épreuve ^.

François I*" avait plus que tout autre donné, aussi était-il naturel que la plupart des généraux et soldats de l'armée du Landgrave, comme le constatait l'Empereur, fussent des dévoués serviteurs de la France '*. Henri A'III, Christian de llolsteiu

lagpr dehors. Ilrin,]e m'en suis bien repenti dopiiis, car je ne suis pas encore remi-i el demei:re fort dolent. » — llEVD,t. Il, p. 39."i, note 47, voy. aussi IIassencamp.I. I, p. '6'.iH, 3iü. rius tard l'hilippe accusait l'Klecteur de Saxe d'avoir eu le dessein d'(!nvahir se; états en son absence, pendant qu'avec le duc Georjjes il était engagé dans la campagne du Wurtemberg. Lettre de l'hilippe à Hucer, 24 juillet do4Ü, \oy. Lenz, liviefii'n-.hsel zwischen l'Jiilipp und lii/lzer, p. 204.

' Mars ou avril 1531. Voy. .Mukkat, p. 354-355.

' Isidore Zegliaso aux ducs. Voy. Muikat, p. 3GS-3G8.

' Ulrich demanda plus tard au duc Guill.iume de lui restituer la somme que Kck. '< ce fripon sans pudeur, » avait touchée, car la France la lui réclamait. I.,orsqneKck, ()Ourse justilier, écrivit qu'l'lrich n'avait qu'.*! s'adresser au Landgrave, qui lui avait bel et bien fait j)résent de cet argent, l'Irich l'appela ■< menteur, traître, aventurier cujiide. » — \'oy. Sti.mck, p. Sii.'i-iiilt). »

■ Dépêche de l'Em|)crcur, l'J mai l.').'ii, dans ^viu.yiuonv. lU'i/i.<trit»i II!, p. -26.

CAMPAGiNE DU WURTEMBERG. 1S34. 299

et plusieurs autres princes d'Allemagne ^ firent des avances d'argent considérables, de sorte que, sous prétexte de marcher contre les Anabaptistes de Munster 2, Philippe n'eut pas de peine à rassembler enpeudetemps une armée de mille fantassins et de quatre à cinq mille cavaliers. Le comte Guillaume de Fürstenberg lui amena en outre plusieurs milliers de lansquenets, anciens soldats de la Ligue Souabe. Le roi de France et le duc de Lorraine envoyèrent de leur côté quelques compagnies. Vingt mille fantassins bien équipés, fournis de vivres et de munitions, se trouvèrent en peu de temps sous les armes. Jamais, écrivait Philippe au roi deFrance^ on n'avait vu en Allemagne une armée aussi considérable rassemblée si proraptement ^. Georges de Saxe, beau-père de Philippe, écrivait à sa fille la Landgravine de Hesse, au commencement de la campagne : « Celui qui a conseillé au prince de Hesse de former une telle entreprise contre son souverain légitime en s'appuyant sur le pire ennemi de notre nation, le roi de France, celui-là n'attirera ni honneur ni profit aux états et aux sujets de Philippe ^))

Le Landgrave donnait à sa rébellion la couleur d'une guerre religieuse. A l'entendre, il ne s'armait que pour la « défense de la foi évangélique ». Il faisait assurer les villes de l'Oberland qu'elles auraient en Ulrich un « protccteurpuissant)), etqu'ilétabliraitl'Evangile en Souabe ^. Des sentences bibliques ornaient les bannières de l'armée ; ^une chanson militaire célébrait ainsi le prince de Wurtemberg :

Pour la parole du Christ et pour sa doctrine, Tu as rassemblé une grande armée.

Tu chasseras le loup du pays " !

Pensant justifier leur révolte, Philippe et Ulrich, avant d'entrer en campagne, publièrent un manifeste où ils déclaraient tous deux ne prendre les armes que pour restituera Ulrich le duché dont lui et son lils avaient été injustement dépouilles, sans jugement ni sentence; ils annonçaient les intentions les plus pacifiques et ne voulaient nuire à personne en quoi que ce soit; ajoutant néanmoins que si quelqu'un osait entraver leur juste entreprise ou leur

1 RoMMEL, t. I, p. 3i3-344, v. Stülin, t. IV, p. 360-362. — Wille, Philipp der Grossmüthige, p. 152 et suiv.

* Voy. la Comision secreta dada por el rey de Romanos , diu s, Döllinger, Documente, p. 9. — KiL Leib, p. 585.

^ Wille, Philipp der Grossmüthige, p. 170.

< Voy, Wille. PhUipp^der Grossmüthige, p. loO-lol.

^ Rommel, t. II, p. 304.

" Voy. L1LIENKR0N, t. 1\', p. 91, vers 18. Voy. le recueil des Chansons milita ressur Ulrich et la conquêts du Wurtemberg, au t. IV, p. 70-9o.

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