‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 112 sur 572 · CAMPAGNE DU WURTEMBERG · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DU WURTEMBERG

suscitait quelque embarras, il aurait à supporter les conséquences de ses actes, et pourrait se repentir d'avoir voulu s'opposer à eux

Ferdinand, le 29 avril, répondit à ce manifeste par une lettre-circulaire datée de Prague. Il y soutenait que la Ligue Souabe, dont l'Empereur avait approuvé l'intervention, était restée dans la stricte légalité en déposant Ulricb et en transportant à lEmpereur les droits du proscrit. Charles-Quint, en donnant à son frère l'investiture du duché, avait également agi selon l'équité. Toutefois, pour que ni Ulrich ni aucun de ses alliés ne pût lui reprocher de retenir injustement le Wurtemberg et parce qu'il n'était nullement d'humeur à faire à qui que ce soit le moindre tort, Ferdinand invitait le duc à comparaître devant l'Empereur et les princes d'Empire, devant l'Electeur palatin Louis et le duc Georges de Saxe. Ces princes, juges impartiaux, seraient constitués arbitres en cette afïaire, et le différend serait accommodé à l'amiable. En attendant, il était évident pour tous que ni le duc ni le Landgrave n'étaient en état de justifier leur conduite, et que nul motif ne les autorisait à se faire juges en leur propre cause et à exécuter eux-mêmes leur sentence. Chacun, et le Landgrave en premier lieu, devait apprécier en sa conscience si Philippe, comme prince d'Empire, pouvait se croire innocent en attentant audacieusementà la Paix Publique, et en se déclarant l'auxiliaire et l'ami d'un prince mis au ban de l'Empire *.

Philippe et Ulrich avaient enfreint la défense que l'Empereur avait faite aux membres de l'Empire de « rien entreprendre contre lui ou contre son frère » ; ils ne firent pas plus de cas des menaces de la Chambre Impériale. A Gassel, un des messagers du tribunal suprême, envoyé pour publier dans tout le pays les ordres de l'Empereur, fut, avec toutes ses dépêches, retenu si longtemps sous bonne garde que le Landgrave eut tout le loisir d'entrer en campagne, avant que les ordres de Charles n'eussent été portés à la connai.ssance de tous. A Strasbourg, le comte Guillaume de Fürstenberg menaça de la corde ce même envoyé, porteur des mêmes dépêches, s'il osait répandre ses lettres dans l'armée. Ulrich prétendit ignorer l'acte de proscription lancé contre lui, aflirmant qu'en tout cas cet acte illégal était nul. Les deux princes alliés ne répondirent à Ferdinand (ju'une fois la guerre commencée. A les entendre, tous les articles de la déclaration royale avaient été depuis longtemps réfutés; aussi n'étaienl-ils pas disposés à entrer dans de plus amples explications et n'accepteraient-ils l'enquête proposée que lorsqu'UIrich aurait été réintégré dans ses états. Philippe,

' BucHHoLTz, l. IV, p. 232-233.

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depuis longtemps, avait pris pour règle de conscience Jes arguments que lui fournissaient ses prédicants et ses juristes, aux yeux desquels la campagne de Wuitemberg, entreprise pour le rétablissement d'Ulrich, était juste, ne portait aucune atteinte à la Paix-Publique et était absolument irrépréliensible.

Au reste, le moment était on nepeut plus favorable à l'entreprise.

L'Empereur, à la vérité, était bien résolu de réprimer avec énero-ie l'attentat criminel du Landgrave et de ses alliés; il entendait ^e châtier de telle sorte, dans l'intérêt de la sécurité et de la prospérité de l'Empire, qu'à l'avenir d'autres en prissent exemple; « mais il était en Espagne, et hors d'état de frapper un coup décisif. » Cent mille couronnes, envoyées àFerdinand par un change rapide, arrivèrent trop tard K

Quant à Ferdinand, menacé à la fois par les Turcs et par Zapoli, il n'avait en effet « ni ressources, ni argent ». Le conseil de régence du Wurtemberg était incapable de lui fournir aucun secours et ne pouvait opposer à l'ennemi (^ qu'une très faible résistance •. » Ses soldats, àgrand'peine rassemblés, étaient de moitié moins nombreux que ceux des princes rebelles ; en réalité, les quatre ou cinq mille cavaliers de Philippe n'avaient pour adversaires que quatre ou cinq cents combattants 3.

Le résultat de la bataille était donc à peine douteux.

Le 23 avril lo34, Philippe etUlrich quittèrent CasseL A Pfungstadt, dans rOdcnwald, leur armée rejoignit celle de Fürstenberg et, après une marche rapide, les princes pénétrèrent au cœur du Wurtemberg. A Laufen, sur le Neckar, l'armée autrichienne fut mise en déroute (30 mai). Dès son premier engagement avec

' Yoy. la dépêche de l'Empereur, dans Büchholtz, t. IV, p. 2G3. — D'ailleurs l'Euipereur et Ferdinand avaient été informés à temps des complots formés au sujet du ^Vurlemberg. Voy. la dépêche de l'ambassadeur de Charles V, Lambert de Briarde, dans Lanz, Staalspapiere, p. 107, —Clément Vil demanda à Sanchez, ambassadeur du roi Ferdinand, qui, au nom de sou souverain, sollicitait en vain un secours d'argent (juin 1534) : « quid nunc faceret imperator, aut quare non mature providisset vestre majestati, quum jam diu per Sanctitatem suam ac plures alios de bis motibus lantgravii futiiris satis esset certificatus. » Rapport de Sanchez, (15 (?) juillet lo34),dans Büchholtz, Urkundfnibaiid.^.'iöi.Le rapport énumère en détail les raisons pour lesquelles le Pape, abusé par François sur le caractère de la guerre, refusait des secours. Les partisans du roi de France dans le sacré collège apportèrent toutes sortes d'obstacles à l'envoi des subsides. Voy. la dépêche de François V' à Philippe et à Ulrich (8 juillet lo34), dans Heyd, t. 11, p. 49l, note.

^ A plusieurs reprises et de la manière la plus pressante. le conseil de régence du Wurtemberg supplia le roi « pour le maintien dé sa réputation, de sa couronne de ses pays héréditaires et de ses provinces, et pour la défense de la religion chrétienne, de tenir ses engagements et d'envoyer du secours.» Voy. Heyd, t.ll, p. 443.

^ Voy. Wille, Philipp der Grossmütliige, p. 175-176.

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l'avant-garde hessoiso, elle ne chercha qu'à couvrir sa retraite, et les soldats se dohandèrent avant même que le Landgrave et sa redoutable armrc se lussent montrés. Une partie des troupes royales se retira en assez bon ordre, « bannière déployée ^ » mais le reste prit la fuite dans la plus lamentable confusion. Cet uni(iue revers décida du sort du Wurtemberg : le 15 juin, tout le pays était au pouvoir du vainqueur. Le chevalier Jean Fuchsstein, ancien serviteur d'Ulrich, avait prédit qu'à l'approche de son seigneur la population se mettrait avec énergie en devoir de lui résister, ou bien que les bons s'expatrieraient, et que la moitié du pays se changerait en désert -. Mais ces prévisions ne se réalisèrent point. L'effroi domina tout autre sentiment, etde tous côtés le peuple accourut pour jurer loi et hommage à son ancien maître.

Bide, bido bomp,

Dei' Herzog Ulricli kommt !

chantaient les enfants dans les rues.

11 est tout prés, là, dans nos champs, Il apporte un gros sac d'argent!

Philippe pénétra jusqu'à Daugendorf, sur la frontière autrichienne; les villes du Tyrol et les petits pays appartenant à la maison de Habsbourg, craignant d'être envahis, s'empressèrent de lui envoyer des députés pour demander grâce et merci ^.

Avant ces événements, Luther et Mélanchthon, augurant mal de cette campagne, l'avaient fortement déconseillée à Philippe, le suppliant de ne pas imprimer« une tache déshonorante à l'Évangile, et de respecter la Paix-Publique ■* ». Mais une fois la victoire obtenue, l'un et l'autre oublièrent « la tache déshonorante » et la rupture de la paix pour ne songer qu'à glorifier le succès. Le 14 juillet 1534, Luther écrivait : « Le doigt de Dieu est dans cet événement ^. » Mélanchthon qui, avant la guerre, avait énergi({uement blâmé le Landgrave '^, engagea lîloban Hessus à célébrer en vers les hauts faits de

* Wille, p. 180-1X1. « 0» a voulu donner ;i riuiidcnl de Laufen les pro|)orlious d'une bataille qu'il ne comporte nullemeut. Le Landgrave lui-uiônie ne le regarda jamais comme un eiigaj;einenl sérieux, » p. lSI-182.

- Lettre aux ducs de Bavière (iloct. 1ü33), voy. Mui'KAr, p. 311-313. ■' Voy. V. Stülin, t. IV, p. 371.

* Voy. plus haut, p. 2'J7.

■■> Voy. de WKrrK, t. IV, p. -'«51.

" Voy. les lettres du 27 janv. et du 5 févr. I.")3l et une lettre non tlalce adressée h Cauierar, Corj). liffonn., t. II, p. 700. 7o3, 70li, 708, 728. Voy. la lettre du li mai dans le Corp. lie/'unn., t. Il, p. 72'J. — Voy. aussi la brocliurc : A/i meine Kl ili/cer, p. 15j.

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