CAMPAGNE DU WURTEMBERG
Philippe *. Eoban se mit aussitôt à l'œuvre et éleva jusqu'aux nues cette facile conquête, qu'il appelle (( l'un des plus glorieux exploits de tous les temps » .
« Le messager de la victoire a paru parmi nous, un frisson d'admiration a parcouru l'Allemagne ! C'est l'hommage rendu à Philippe, ce noble héros. La déesse Victoire déploie en ce moment ses joyeuses ailes ! Gomment pourrais-je te louer comme tu le mérites illustre héros, même si la voix du barde immortel de l'antiquité m'étaitpourun raomentprêtée?Tu mérites autant de louanges qu'Hercule,qui, dès sonberceau, luttait avec le serpent et ne devait terminer sa course glorieuse que sur le bûcher enflammé de l'.Etna ! » Eoban compare les triomphes du Landgrave aux victoires d'Alexandre et d'Annibal : « Comme un autre Annibal, tu franchis les monts, tu gravis les rochers les plus inaccessibles, tu traverses la forêt d'Olhon -. Le Neckar a roulé des flotsplusensanglantésquenele furent jamais ceux du Simoïs et duScamandre. Et pourtant un pareil triomphe ne te coûte pas un seul guerrier ! » Mais la générosité de Philippe était plus admirable encore que sa vaillance. Son àmc magnanime l'égalait aux Scipion, aux César. Sa gloire ne devait jamais périrai
Aussitôt que l'Empereur eut appris la défaite de Laufen, il envoya en Allemagne un ambassadeur et, sans reculer devant aucun sacrifice d'argent, le chargea de rassembler sans perdre de temps une armée capable de châtier comme il le méritait le violateur de la paix. Mais Ferdinand, exactement instruit des forces de ses ennemis, informé de toutes leurs alliances, et en particulier de leur entente avec la France et le Sultan, ne voulut pas s'exposer, par une démarche imprudente, à perdre à la fois la Hongrie et ses terres héréditaires. La rumeur publique prêtait à Philippe l'mtention de protester contre l'élection de Ferdinand les armes à la main et, s'il triomphait, de monter sur le trône de Hongrie ou d'y placer soit le dauphin de France, soit le duc Guillaume de Bavière. On disait encore qu'il se proposait de donner la main aux Anabaptistes, et de soulever l'Allemagne entière cor:tre Charles- Quint *.
» Le 20 sept., Eoban écrivait à Camerar : « Ego in scribendo poemate de Hessi Victoria sum occupatus, jubeate ac cogeute Philippo, non llesso, sed illonoslro. » Krause, t. II, p. i76.
* L'Odenwald !
Krause, t. Il, p. 178-182. Eoban, en récompense de son poème qu'il remit lui-même au Landgrave à Cassel, reçut un riche présent, et d,i plus la promesse detre promplement pourvu d'une charge. En VV3à, il était nommé professeur à 1 Université de Marbourg. Kuause, t. Il, p. 183-19U.
* Yoy. Comision sécréta dada par el rej de Romanos. Döllixger, Documenle, p. lu. ' '
;jû4 TRAITÉ DE CAD AN. 1534.
Ferdinand se décida donc à écouter les proposition s de paix de l'Electeur do Sixoetdes princes alliés. Dans ce dessein, il se rendit à Ciidan, en Bohême où la question de sa reconnaissance, comme roi romain, devait aussi être tranchée. Le 29 juin, un traité fut conclu. La paix religieuse de Nuremberg (1533) y était ratifiée ; les procès intentés aux. princes rebelles, annulés; d'après les articles du traité, ces princes étaient autorisés à conserver leur loi et leur doctrine; néanmoins, de nouveaux changements dans la religion étaient interdits. On convint d'arrêter les progrès des Sacramentaires el des Anabaptistes. En revanche, l'Electeur de Saxe et ses alliés consentirent à reconnailre^Ferdinand pour roi romain. Ferdinand ne voulut jamais renoncer à ses droits sur le Wurtemberg, dont Gharlcs-Quint lui avait donné l'investiture. Cependant il finit par abandonnera Ulrich la régencedu duché, à titre d'arrière-vassal de l'Autriche ; en cette qualité, le duc conserva le droit de siéger et de voter aux diètes de l'Empire. Le Landgrave et Ulrich s'engagèrent à aller implorer à genoux et en personne le pardon de l'Empereur. Même formalité devait être remplie, mais par l'entremise d'ambassadeurs, auprès de Ferdinand. Déplus, les princes promirentderestituer à leurs légitimes possesseurs les lieux et domaines qui ne faisaient partie du Wurtemberg que depuis la conquête. Le traité portait encore: « Tout seigneur, y compris les princes-abbèsétablis à l'intérieur ou au dehors du duché, jouissant de leurs droits régaliens particuliers et n'étant pas soumis à la juridiction du duc, seront laissés libres, eux, leurs vassaux ou sujets, de professer leur foi et religion; ils pourront jouir en paix de leurs rentes et revenus, selon le texte et le sens du recez d'Empire. »
Ulrich hésita longtemps à accepter ces conditions. 11 se plaignit amèrement du Landgrave à François 1*"'' ; il eût voulu, avec l'aide de la France, de Zapoli, des Vénitiens, soulever un nouveau Bundschuh ; les plus graves dissentiments menacèrent d'éclater entre les deux princes. xMais Philippe déclara qu'il lui serait impossible, à l'avenir, de soutenir les prétentions d'Ulrich s'il refusait designerle traité. Il lui représeiila (jue ses vassaux, déjà mécontents, ne consentiraient jamais à le suivre dans une entreprise très périlleuse, et que personne ne se soucierait de l'aider. La France ne cherchait <|ue son propre intérêt; Zipoli, à son exemple, ne pensait qu'à lui-même ; les Vénitiens, selon (ju'on l'entendait dire en tous lieux, étaient rusés et faux, et le Landgrave avait résolu de ne se laisser entraîner par eux dans aucune aventure. Ulrich, ne j)Ouvait pas davantage compter sur ses paysans ; mettre son espérance en un nouveau Buiulschuch, c'eût été s'cxpo-