‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 114 sur 572 · LE WURTEMBERG SOUS LE DUC ULRICH DEPUIS · texte numérisé non relu

LE WURTEMBERG SOUS LE DUC ULRICH DEPUIS

ser à être massacré par les rustres, lui et bien d'autres avec lui *. Contraint par la nécessité, Ulrich se résigna. Le 15 février 1535, il signait le traité de Gadan.

ni

Le duché du Wurtemberg n'eut jamais de nouvelle du « sac d'argent »célébré dans la chanson populaire. Il fallut d'abord acquitter les grosses dettes contractées pendant les quinze ans qu'avait duré le bannissement dUlrich. Le paiement de ces dettes, joint à la restitution obligée de plus de 200.000 florins d'indemnités de guerre au Landgrave -, la construction de nouvelles forteresses, l'enrôlement de troupes et les prodigalités de la cour ducale firent peser des charges écrasantes sur le peuple.« Les pauvres gens sont accablés de taxes sans nombre, exigées avec dureté et barbarie par les agents du duc ; la détresse, la souffrance sont le pain quotidien du peuple ■*. »

Les articles de religion mal définis du Iraité de Gadan ne tardèrent pas à faire naître des dissentiments entre Ferdinand et Ulrich. D'après la lettre de ce traité, Ferdinand soutenait qu'Ulrich s'était engagé à laisser chacun libre de suivre sa religion à l'intérieur et à l'extérieur de ses états, et se plaignait qu'au mépris de cette clause Ulrich laissât le Luthéranisme pousser de profondes racines dans le Wurtemberg, où des prédicants établis par lui et attachés aux sectes séditieuses détournaient tous les jours le peuple chrétien de la vraie foi '*. Le duc, l'Electeur et le Land-

' RoMMEL, t. II, p. 334. « Les ambassadeurs llessois apportèrent cette réponse eu toute hâte, tous bottés et éperonnés. » Rojimei., t. 1, p. 380. — Dans une lettre de Philippe â Ulrich, on lit : « Nous souhaitons beaucoup de bonheur à Votre Grâce, nous désirons qu'Elle soit éclairée par la lumière divine, afin qu'elle puisse conserver la terre conquise sans l'aide et la défense des paysans, et puissiez-vous régner en paix. » Rommel, t. II, p. 333.

- Aussitôt après la conquête, les deux amis eurent maille à partir au sujet du remboursement des frais de guerre. Ulrich adressait de vifs reproches au Landgrave (31 juillet 1514) : » La liesse, » disait-il, » avait été cause de sa première expulsion en ne lui envoyant pas en temps opportun quatre cents cavaliers ; le Landgrave, sans motif, ne lui avait pas tenu parole, et n'avait rien fait pour le rétablir dans sa terre. Lorsqu'enfin Philippe s'était mis en campagne, ce n'avait été quepour obtenir la paix pour lui-même, etparce qu'il redoutaitd'être attaqué dans ses propres états. Philippe lui répondit, le 5 août, qu'au su de tout le monde il avait été chassé de son duché par ses propres sujets; que ce n'était point de peur d'une surprise mais par pure amitié pour lui qu'il l'avait soutenu ; que s'il avançait là quelque chose de contraire à la vérité, « il demandait à Dieu de le faire mourir cette nuit même, et de le livrer au diable», etc. Heyp, t. III, p. 7-8.

^ Das Kaiserliche Interim in Wuriernherg, B-. — Voy. Voigt, Briefwechsel, p. 152.

* Dépêche de Ferdinand à l'archevêque Albert de .Mayence et au duc Georges de

30G LE WLUTEMBERG SOUS LE DUC U LRIC II D EPUI S. 1534.

grave, au contraire, affirmaient que l'article en question ne se rapportait nullement aux. sujets et vassaux du duc, mais seulemcntaux princes, aux seigneurs étrangers qui s'y étaient établis, ainsi qu'aux princes-abbésplacésdanslesmêmesconditions. «L'Electeur de Saxe,» disait Ulrich, <r m'a fait entendre par son maréchal Jean de Dolzig que, pour le maintien de la foi et pour que notre conscience demeurât sans reproche, nous avions le devoir de faire prêcher le saint évangile et d'implanter la nouvelle constitution chrétienne parmi nos sujets, sans nous croire aucunement liés par le traité K » Quoi qu'il en soit, c'était àcoupsùrallerà l'encontre du traité que

Saxe, 18 août d83l, voy. Sattler, t. III, p. 122-123. App. 17. L'ambassadeur de Charles-Quint, Jean de Weeze, ancien archevêque de Lund, mandait à l'Empereur le 1"' oct. et le 12 nov. lo3i : « Ulricus dux jam contravenit pactus concordie (de Cadan) ac Lutheranismum et, ut alicjui dicunt, Zuiiiglii opiuiouem publice pi;cdicari facit... » « Dux articulum religionem concernentem non observât, sicuti in tractalu Cadensi conveutum est. » DansLANZ, Correspondeiiz, t. H, p. 129, 143.

1 Dépêches d'Ulrich à l'archevêque de Mayence et au duc üeorges de Saxe, à l'Electeur de Saxe et au Landgrave, voy. Sattler, t. III, p. 123-125. IJoc. 18- 20. Philippe répondit au duc le lU nov. 1534 que lo traité, en ce qui concernait la religion, ne pouvait être interprété au sens de Ferdinand, « car si ledit article comportait de telles obligations et avait un pareil sens, il eût été imp jssible à l'Electeur de Saxe, en sa qualité de prince évangélique, d'y souscrire et de l'accepter. 11 signifiait seulement qu'Ulrich devait ne contraindre personne à embrasser le nouvel évangile, ce qui évidemment serait agir contre le traité. » Sattleu, t. 111, p. 123-12j. — Philippe écrivait le même jourà l'Electeur de Saxe « Si le duc commettait la faute de ne pas faire publier et prêcher dans ses états l'évaugile et la doctrine de Luther, ce serait vraiment une conduite honteuse de sa part, ua acte anti-chrétien, et nous considérerions tous la chose de cette manière. Si le traitéavait eu réellement cette sigailication et eût comportéde pareilles obligations, nous aurions à appréhender d'avoir été dupés, et ne pourrions jouir de la paix, car nous ne saurions comment nous diriger, pourquoi, comment il nous faudrait agir ; aussi supplions-nous Votre Grâce de vouloir bien nous communiquer sa pensée à ce sujet. Comment faut-il interpréter ce traité, car si les choses sont telles que nous le craignons, le duc Ulrich y fera d'autant plus d'opposition qu'il lui serait très difficile de l'exécuter, vu qu'il entend bien ne renier en aucune façon l'Evangile et ne point s oler le droit de le faire prêcher parmi les feieus. » Mille, Religionsarlilcel, p. 5Ö. Dès le 12 nov. 1534, l'Electeur de Saxe avait écrit à Ferdinand : « Si moi ou mes conseillers avions soupçonné à Saint- Annabcrg ou à Cadan que l'article sur la religion pût être interprété au sens de Ferdinand, jamais et à aucun prix je n'y aurais souscrit. » « Les termes de cet article signifient seulement que l'Evangile se doit étendre à tous les sujets du duc dans le Wurtemberg ; sans cela il eût été inutile d'ujouler des paroles comme celles-ci : » Ceux qui sunt établis dans le pays, et y ont des droits régaliens particuliers et n'appartiennent pas à la Principauté poniront demeurer dans leurs sentiments.» «Sil'oncût voulu m'ordonner de laisser ù tous mes sujets, nobles, bourgeois ou paysans, la liberléde reslei dans leur religi"n, lesAbbés, plus que tous les autres, eussent été imi)liqués dans celte clause, et il n'eût pas été besoin d'ajouter les niotsque j'ai cités.» » Pendant les négociations de Cadan, on avait proposé un article en vertu duquel Ulrich se seraitengagé à laisser chacun dans la conviction religieuse ou il le trouverait à son arrivée; mais cet article avait été repoussé par ses conseillers qui s'étaient même refusés de L' soumettre aux Kleclcurs. » u 11 lut donc .supprimé; on convint qu'il n'en serait pas fait mciilion, mais quand lien mémo on J eût laissé subsister, il n'aurait jamais pu signifier que le prince de Wurtemberg n'avait pas le droit de faire prêcher chez lui la parole de Dieu d'après ma coufes-

de permettre au prédicant Arabroise Blarer ^ d'introduire dans le Haut Wurtemberg, comme une forme nouvelle de religion, le Zwinglianisme, sévèrement interdit par le traité de Gadan dans tout l'Empire. Le 12 décembre 1534, Ferdinand écrivait à l'Electeur et au Landgrave« qu'il avait appris de source certaine que le duc avait établi dans les paroisses des prédicants attachés aux sectes zwinglienneS; et que ces prédicants cherchaient à faire des prosélytes parmi des seigneurs établis dans la principauté, et y jouissant de leurs droits régaliens sans appartenir au duché "^ ».

MaisUlrichprétendait que pour témoigner à Dieu sa gratitude de son heureux rétablissement, il était d'obligé en conscience d'implanter parmi son peuple la nouvelle religion en faveur de laquelle Dieu venait de se déclarer 3. Il avait d'ailleurs ',bien soin de répandre le bruit que le changement de culte s'effectuait à la connaissance et avec l'approbation de Ferdinand, desorte que celui-ci se vit contraint de démentir publiquement « ces propos sans fondements, ces fables imaginées à plaisir, « et d'exhorter ses vassaux d'Hohenberg » à persévérer dans l'antique, véritable et chrétienne religion ^, ». Ulrich persécuta durement les Catlioliqucs. Il ferma les couvents, chassa les moines et les religieuses de leurs monastères, et établit partout ^

sion et celle de mes alliés et selon le vrai sens chrétien, mais seulement qu'il ne devait contraindre personne à embrasser l'Evangile. » (Sattler, t. 'III, p. 127-130, doc. 22.) La persécution du culte catholique, l'expulsion des prêtres, des moines, des religieuses, la clôture des écoles de haut et moyen enseignement, la confiscation des biens d'église, des fondations charitables, les punitions infligées à tous ceux qui refusaient d'assister au prêche, tous ces actes arbitraires les Protestants refusaient d")' voir des manières de contraindrelesCatholiquesà changer dereligion.

' Le 26 juillet 1340, Ulrich réclamait l'assistance des habitants de Zurich «comme faisant partie de son Eglise ». — Pf.^ff, Geschichte von Württemberg, t. 2a , p. 699.

- Wille, Religionsartikel , p. 6G. — Dans cette dépêche, il n'est pas dit qu'Ulrich ne soit pas autorisé à faire prêcher à ses sujets la doctrine de la confession d'Augsbourg. — Voy. la réponse de l'Electeur du 2 janv. 1o3d, dans Wille, p.53- 57. — D'après les passages cités par Bossert, p. 178 {voy. p. 118, note 2 ; la Régence autrichienne d'Inspruck, dans son interprétation du traité de Cadan, ne contestait pas au duc le droit de protestautiser ses états.

^' Heyd, l. 111, p 84. Pas un district, pas une commune ne furent consultés sur la question du changement de religion.

* Dépêche de Ferdinand au comte Joachim de Zollern (lu déc. 1533). Yoy. ^^'EECH, Kloster Herrenalb, p. 324-325.

■" Au sujet de Blarer, l'agent de Bavière Ilans ^^'erner, à la vérité violent adversaire d'Ulrich, écrit le 21 janvier 1333 au chancelier Eck : « Blarer a les bonnes grâces du prince; il est du parti et de la secte zvvinglienne, et s'est fi.xé à Tubingen ; il prêche tous les jours, mais l'on ne voit accourir à son prêche aucun personnage considéré; il n'est suivi que par la populace « populns communis » etc.. gens qui embrassent volontiers l'évangile « meum tuum », etc. I/em, ce Blarer fait tout ce qui lui plaît, dicte ses ordres à tort et à travers, destitue çà et là prévôt, chanoine, vicaire, curé, prêtre, et les expulsedu pays sur l'orJre du duc Ulrich ; à leur place il met des polissons vagabonds, des zwingliens et luthériens étrangers au pays, de sorle que nul ne connaît plusses ouailles; tous ces nouveaux venus doivent avoir

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des prédicaiits. Parlant de la façon dont les religieux étaient traités dans le Wurtemberg, Hans Werner, délégué de Havière, écrivait le 14 janvier lo30 au chancelier Eck : « Un cri d indignation s'élèveà Augsbourg, à Ulm, ainsi que parmi toute la noblesse. Quand bien même, répète-t-on, les moines elles religieuses seraient des démons et non des hommes, le duc Ulrich n'aurait pas le droit de les traiter d'une l'avon aussi impie, aussi inhumaine et tyrannique. »

femme et enfant, et si par hasard il reste un prêtre dans le pays, on le contraiut à p.eiidre femme. » Wille, AnalckLen, p. :293-2ü4. — Le 14 février looo, Werne écrit encore « qu'actuellement, parmi la genl zvvinglieaiie et luthérienue, la révolte fermente comme la pâle dans la huche d'un boulanger, et que déjà le peuple des campagnes fait entendre et comprendre que bientôt il n'y aura plus ni seigneur ui autorité, ni dîme, ni laxe, ni redevance, etc., mais que tout sera libre et commun, et cela avant peu, » Wille, p. 2ö7. — « Les nobles de toute la province, les spirituels comme les laïques, redoutent l'attitude et la conduite de oion gracieux seigneur le duc Ulrich, car il a absolument la même lê:e qu'autrefois, le même caractère, féroce el brutal; il ressemble à un lion rugissant et il ne fait pas bjn poser la main sur un vieux chien accoutumé à mordre. » Wille, p. 293. — Sur les actes du duc avant son expulsion, les ambassadeurs et délégués des douze villes et bailliages du Wurtemberg, assemblés à Calw le lumli après la saint i éonard (1520), avaient jadis écrit à la Confédération :« Depuis le commencement de son règne, Ulrich, en dilapidant sa fortune, en ne s'en rapportant pour le gouvernement qu'à son propre sens, en se conduisant en prodigue imprudent, a fait pesercharge sur charge sur le pays et imposé à ses sujets d'intolérables taxes. A force d'accumuler des dettes, il a réduitsa terre à la détresse.» « Les Etats du Wunemberg. dans un ecouvention passée avec lui à Tubingen et confirmée par l'Empereur, avaient pris à leur charge pour l'acquittement de ses dettes la somme de huit cent mille florins. Mais Ulrich, malgré cela n'a rien changé à son genre de vie, accoutumé qu'il est à ne se diriger que par ses caprices, grevant de plus en plus sa terre de redevances et de dettes écrasantes, et menant uu tel train de maison qie. dans l'espace de quinze ans, en dehors de tous les revenus réguliers du pavs, il a jeté par les fenêtres onze cent mille florins. El lorsqu'à ce sujet il s'est aperçu du grand mécontentement des Etats, il a fait emprisonner quelques digne< et honorables personnes d'entre les conseillers, fonctionnaires el membres des Etats qui s'ét-iieut attiré sa méfî uice pour l'avoir contredit, et il les a fait torturer d'une manière atroce et jusque-là inou'ïe , par exemple : l'un d'eux, étendu sur des charbons ardents, a eu les bras et les pieds brûlés, après quoi on a versé sur ses plaies tle l'eau-de vie enflammée; un autre, de crainte de la torture, s'est donné la mort ; uu troisièm '.après avoir clé déshabillé quarante fois (pour subir la torture), est mort au milieu des lourmeuls, sans confession ni viatique. Ouclques-uns, après avoir subi trenle-huii fois la torture, ont été réduits à un lel désespoir qu'ils ont avoué malgré eux s'être rendus coupables île trahison, de mCLirtre, d'incendie et d'autres crimes; el bien qu'ensuite ils se soient rétractés, ces malheureux oui été coudami:és malgré leur innocence manifeste; ils ont péri sur le bûcher uu bien ont été écarlelés, uu soumis à quelqu'autre supplice. A quelques-uns. pour de simj)Ies délits de chasse, Ulrich a fait cnver les yeux. Par tous ces actes il inspirait une si grande terreur aux dignes membres des Etats, qu'ils n'osaient plus faire aucune rclK-xion sur ses crimes et ses erreurs. Il les a ainsi amenés peu à peu à exécuter ses ordres el à le laisser faire sans le contredire dans tout ce qu'il souhaitait. Aussi lorsque les Etats ont reçu la nouvelle que peut-être le ■ uc Ulrich, grâce à l'assistance et au concour.'i des alliés, allait recouvrer le gouverneinenl du Wurtemberg, ils supplièrent avec l«^s plus vives instances les allies, l)our l'amour de Dieu, du la justice, de tout ce qui esl ('(iiitable, de vouloir bien les deli\rer d'Ulrich, car plutôt que d'avoir encoie à supporter son gouvernement féroce ils aimcra'.tnt m. eux, disaii nt ils, se refuser vuloiiUiiremeuL toute nouiii-

ETABLISSEMENT DU PROTESTANTISiME DANS LE WURTEMBERG, 309

Le gouvernement « chrétien et divin » qu'Ulrich avait promis à son peuple débuta par le pillage des églises. « La confiscation des biens ecclésiastiques, » disait-il, « est un devoir rigoureux attaché à ma charge; ce devoir intéresse ma conscience. » En aucun pays protestant on ne fit main basse sur le bien d'Eglise avec moins de scrupule. Bucer lui même se plaignait que le duc, dans sa cupidité aveugle, semblât n'avoir d'autre but que le pillage des sacristies ^, et Myconius redoutaitpour lui le châtiment de Balthazar, massacré pour avoir profané les vases du temple ^. Le prédicant Erhard Schnepf qui, dans le bas Wurtemberg, propageait avec zèle la doctrine de Luther, fut accusé par ses coreligionnaires d'encourager Ulrich à s'emparer des biens du clergé pour les dépenser ensuite en d'extravagantes folies. Dans une conférence religieuse qui eut lieu à Worms, ils exigèrent que Schnepf leur rendît des comptes ^. Le prédicant obtint quelque délai, mais àla grande honte et confusion de tous les Evangéliques, il ne trouva d'autre moyen de se disculper que d'échapper à ses accusateurs par la fuite ^

Ulrich lit enlever des églises tous les objets précieux qu'il y put trouver ; il employa même la violence pour s'emparer des biens monastiques. C'est ainsi qu'il procéda pour Alpirsbach, Herrenalb et Saint-Georges, près Villingen. A l'abbaye d'Herrenalb (octobre 1535), une trentaine de cavaliers et quatre-vingts fantassins armés de pied en cap ; se présentent tout à coup comme s'il s'agissait de soutenir un combat en règle; ils déchargent leurs arquebuses devant le couvent et dans la cour du couvent, puis font main basse sur les précieux ornements d'église, monstrances en or et en argent,

ture et mourir dans leur libre détresse. Köhler, Historisch'; Milnzgheluatigiing, t. IX, p. 221- '•ni.

* De Bussière, Développement i, p. 209.

* Heyi), t. m, p. 218, note 33. «... iN'escio, si alictibi taliiim bonorum abusus non sit , verumtamen hic magis horrenda soleo percif)ere. . . » Le 1" septembre 1339, à Schnepf. — Deux cent mille florins d'or, affi;mait Myconius, glissèrent, comme il l'avait appris de bonne soiTce. des irésors de l'Eglise dans la bourse d'Ulrich, et le tout fut déplorablement gaspillé. — Le duc Christophe estimait la somme que son père avait extorquée au cl-^rgé à cent mille florins, l'évêque de Modène, Jean de iMurone, à plus de 2UO.00U florins par an. — Voy. SiauiN, t. IV, p. 398 et suiv. Laemmer, Mon. Vat., p. 326. — Yoy. Mossert, p. 142-143.

^ « ... Explicet. quanamscripturarum auctoritate ducera sunm instruxerit ad diripiendas opes ecclesiasticas, quanamratione animum ejus induxisset, qiiod irrueret in sacerdotum possessiones tam ferociter. »

* HEYD.t.lIl, p. 224, note 53. Schnepf, lui aussi, entendait bien avoir sa part du butin,et prit possession, à Stuttgard, d'un jardin de couvent; une lettre anonyme fut le même jour clouée à sa porte. On y lisait : « Ce jardin a été donné pour l'amour de Dieu au couvent. On vous souhaite la torture, la passion, les plaies, la croix et toutes les calamités imaginables, car vous venez de porter à l'uvangile un rude coup. » Heyd, t. m, p. 78-79, note. — Voy. comment Bossert s'efforce de disculper Schnepf (p. 1.37-138).

calices, croix, et sur (ont ce (jue renferme la sacristie. « Ces objets bruits et consacrés à Dieu, >) dit une relation du temps, « rassemblés à la hâte, abîmés, bosselés, furent, comme une vile marchandise, entassés dans des sacs que les soldats chargèrent sur leur dos. L'oflice divin fut interdit dans le couvent, les biens coiifisqués, les moines forcés d'abandonner l'abbaye. Ulrich, sous prétexte que l'Abbé avait caché de grosses sommes d'argent, le fit jeter en prison, où il mourut après une longue détention Y mars 153()). A Saint-Georges, la crypte fut forcée, les objets de prix emportés, les moines « congédiés ». On ne leur permit même pas d'emporler les matelas qu'à leur entrée dans la maison ils avaient apportés avec eux. Chassés eu pleine campagne par un froid rigoureux, obligés de traverser un pays couvert de neige, ces malheureux se rendirent processionncllement à Rottweil ^. Les couvents de femmes furent encore plus maltraités. Les Clarisses, par ordre d'Ulrich, subirent, pendant plus de onze ans, les visites continuelles des prédicants qui les pressaient d'embrasser « l'Evangile. » On les obligea à prêter serment au duc « comme à leur chef spirituel, ayant droit sur leurs vies et sur leurs âmes ». Tous les jours, elles étaient condamnées à entendre et à soufïrir les outrages, les railleries, les sarcasmes, les paroles grossières, les quolibets, les mépris, les rires indécents des Luthériens installés dans leur couvent. Leur chapelle fut détruite; pendant onze ans, elles furent privées de la sainte messe, des sacrements, de tout livre de piété ; beaucoup moururent sans pouvoir obtenir les consolations de la religion. Néanmoins, parmi tant d'épreuves et de privations, pas une no consentit à abjurer "-. Presque toutes les autres religieuses du duché restèrent également fidèles à leur vœux. « De ces femmes entêtées et aveugles, il n'y a rien à espérer, » disaient avec dépit les prédicants envoyés pour les « convertir ^ ».

« On no saurait nier, » rapportaient au Landgrave de Hesse les délégués des villes protestantes de l'Allemagne du Sud en mai lo3ö, « que le duc, dans son duché, ne se comporte d'une fa^on brutale et criminelle; il n'écoute ni les remontrances ni les conseils, lise mêle mal à propos de religion et viole en beaucoup de

' (Besold) Documcnlii, Albae Dom. docum., p. ;228 233. — IIeyd. t. 111, p. lUi- 115. — ViEnoiiDT, p. 300-31(6. — Lhisloire ilu couvent d'Ilerreiialb est raconicc eu délai! dans Wercii, p. i'J7-.j3.S. Uesold, bien que converti, n'allc-re nulle p.irt les documents qui lui ont été comniuiiiquos. — Yoy. Quellcit/jrriclitc bei Hol lu- ■ n/i-iuslrr, Sliin<lli<t/tii/l:('it der (illiriirl'^inbiH'tjischeu Klosterfrauen im l\eformaliunszcilallrr. Slutl^jard, iHS'i.

» Gaude.vtius, p. 300-302.

•' Pour pIuH de détails sur los traiteniants in(lig''s aux reli.^'ieuses, voy. Hesoi-Pi Documenta, Vlrrj. mcrar. Mjion., p. GJ-313. — Voy. IIevd, t. III, p. 118 etsuiv.

points la paix de Nuremberg ; une telle conduite l'expose être à une seconde fois expulsé '. » « Personnen'est pour Ulrich, personne ne lui est dévoué, » mandaient dix ans plus |tard les délégués d'Esslingen avec lesquels Ulrich était en contestation ; a tout le monde lui jette la pierre, et il nous semble que le temps de son expulsion et de sa ruine approche. Dieu veuille que nous ne nous trompions pas ^ ! »

Gomme la plupart des princes de son temps, Ulrich n'était occupé que de plaisir et de chasses ^. « Les biens du clergé, les richesses énormes qu'il s'est appropriés par la violence n'ont étéd'aucune utilité pour le pays, tout a passé en orgies, en bombances, tout a été englouti*. )) D'année en année, ses dettes grandissaient, et montèrent enfin jusqu'à vingt-cinq ou trente millions de marcs, d'après la valeur actuelle de l'argent '".

L'abandon des anciens règlements et de la discipline ecclésiastique eut pour résultat, dans le Wurtemberg comme partout ailleurs, ia croissante dépravation des mœurs.

Le duc avait imposé à son peuple la doctrine et le culte protestants ; il avait sévèrement puni les rebelles 6, mais, en dépit de ses efforts, les prédicants qui affluaient de tous côtés, ou qu'il appelait lui-même dans son duché, étaient pour la plupart mal accueillis par la population. Georges Distel, prédicant suisse, venu pour exercer à Entringen les fonctions pastorales, se plaignait des résistances qu'il rencontrait de tous côtés. « On me crible d'injures, et il en est ainsi de presque tous mes confrères 7, »écrit-il. «Beaucoup de prédicateurs

* Keim, Ulm, p. 319.

ä Heyd, t. III, p. 313.

^ « Princeps vehementer ab omni lectione abhorret, » écrivait A. Blarer à Bullinger le 23 mars lo4o : « Nihil aliud quam venalur aliaque id genus, digna principe scilicet,agit. » Heyd, t. III, p. 182. — Calvin, comme nous le verrons plus tard, jugeait tout aussi sévèrement Ulrich.

* Das kaiserliche Inier im in Wurtlemberg, B-.

' Les dettes d'Ulrich, à sa mort (looO), se montaient en tout à 1.600.000 florins, ce qui nécessitait la levée annuelle d'un impôt de 80.00Û florins. — Kugler, t. I, p. 291. — Sur la misère croissante du Wurtemberg à dater de la mort d'Ulrich, .nous donnerons des détails plus amples dans notre septième volume.

'' A Stuttgard, au printemps de lo3G, le crieur public annonçait sur la place du ■marché : « II y a obligation pour tous de fréquenter le prêche protestant tous les dimanches et jours de fêle au moins une fois le jour, sous peine de 10 schillings d'amende pour la première contravention, et pour la seconde, d'un florin, et ainsi desuite,ou bien pour chaque florin quatre jours et quatre nuits de cachot, au pain et à l'eau. » Ceux qui assistaient à la messe en d'autres localités étaient passibles des mêmes peines. — Heyd, t. III, p. 176. Cependant, en 1537 et lo38,les magistrats de Stuttgart et de Gahv étaient encore en grande partie catholiques. — ScHNURRER, Erläuterungen, p. 176. Dans la prévôté de Tubingue, sur 19 curés, sept passèrent à la nouvelle religion. Ces sept transfuges étaient, du reste, gens d'assez mince capacité. — Heyd, t. III, p. 89, note. Heyd, t. 111, p. 89.

de la parole, ainsi (jue leurs femmes, » écrivait Myconius en 15:^9, « sont cause, par leur conduite scandaleuse, des exécrables mo^.urs actuelles. Chez nous lesblasplf'mes, l'ivrognerie, l'impudicité n'ont p'usde bornes*. » Trente ansplustard,un témoin très digne de loi, le célèbre théologien Jacques André, prévôt de Tubiiigue et chancelier d(! l'Université, décrivait ainsi l'état moral du Wurtemberg : « Quant à Tamélioration des mœurs que la prédication évangélicpie aurait dû produire, on n'en voit nulle trace. On mène une vie absolument bestiale, épicurienne et grossière. Ou fait ripaille, on s'enivre, on est avare, on blasphème, on est tout bouffi de pré.'iomption et d'orgueil. La plupirt de nos gens répètent : « Ne nous avczvous pas enseigné que nous ne pouvions e.spi'rer le salut que par notre foi en Jésus-Christ et que sa mort a payé pour nos crimes ? Laissez-nous donc en paix, et ne nous parlez pas de bonnes œuvres, puisque nous pouvons aller au ciel rien qu'en espérant dans le Christ!» Et afin que tout le monde soit bien convaincu qu'ils n'appartiennent pas au papisme et ne se confient point en leurs propres mérites, ils ne pratiquent aucune bonne œuvre. Au lieu de jeûner, ils se livrent à la bonne chère, ils sont saouls toute la journée ; au lieu de faire l'aumône, ils jurent et blasphèment le nom de Dieu, et si horriblement qu'ils semblent vouloir renchérir sur les Turcs. Et tout cela passe pour évangélique ! » « En même temps, ces pauvres gens se persuadent qu'ils ont au cœur une foi robuste; ils répètent que leur Dieu est plein de miséricorde, et qu'ils sont bien meilleurs que les papistes superstitieux. La passion pour la bonne chère et le funeste vice de l'ivrognerie vont toujours en croissant. » « Nos bien-aimés ancêtres, au temps du papisme, comme les vieillards me l'ont dit et si souvent raconté, se gardaient bien de faire travailler les ivrognes et les mauvais garnements, ils les fuyaient, ils les évitaient, au contraire, et pourtant, la lumière de l'Evangile ne les avait pas encore pleinement éclairés. Mais aujourd'hui, chez nous, l'ivrognerie ne passe plus pour un vice honteux, ni chez les grands ni chez les personnes

« « ... Inde popuhisagil tam petulanter ac impie, ut iiec blasphemiis, nec licen tiae bibendi, libidiiiaiidi et fe"ociendi modus positus sil. » — Voy. Hßvn, l. 111, p. 8'J, note. En Wi'.), les fonclionnaires ecclésiastiques et laïques de Tui)ingue, ainsi que les professeurs de l'Université, organisèrent une fête le mercredi des cendres à rHôtel-de-Ville, « dans le dessein exprès de faire gias, de boire, de sinteret de danser ». Défense fut faite aux citoyens d'observer le jeune. « A l'Université, il était de mode de s'enivrer. » De l'automne irjiO jusqu'au carême de 15'il, 400 personnes, à Tubingue, moururiMit d'excès de boisson. — Sattlich. t. III, fjijc. 148. — ScHNORRBn, Erl;'itilr)'un;;nn, p. 178. — Voi.z, Wih-llcm/x'rg Jabrhücher, 18Ö2, p. 179. — IloiiAwrTZ, p. 31. Sur l'Université de Tubingue au seiîième siècle, voy. notre brochure : « Ans di'm deulschi^ii UniversU.itsleben des tecfiszehnlen Jahrhunderts'. » Francfort, 1886, p. 2i>-31.

d'une moindre condition, et ceux qui, par leurs bons exemples et avec unejuste sévérité, devraient travailler à la détruire, sont ceuxlà mêmesqui s'y livrentavec le plus depassioii. Déplus, l'horrible vice du blasphème est commun aux grands aux bourgeois, aux femmes, aux hommes, aux jeunes, aux vieux, même aux petits enfants qui ne peuvent encore bien s'exprimer ; certes, les jurons qu'on entend maintenant étaient inconnus à nos pères! Autrefois, lorsque quelqu'un se laissait aller à ce vice, quoiqued'une manière bien modérée, on le mettait au cachot, à la torture. » André voyait l'avenir sous de sombres couleurs : « Nous sommes malheureusement tombés si bas que, pour notre malheur, nous serons tous bons prophèt s. Là où deux ou trois personnes sont réunies et se lamentent sur l'état actuel de ce monde, et surtout sur l'état déplorable de notre Allemagne, aussitijt le trio réprte : Cela ne peut durer longtemps ! une catastrophe va se produire, la chose ne peut manquer, notre état ne peut empirer : il n'y a plus de crainte de Dieu, peu ou point de loyauté, d'honneur. L'iniquité a pris le dessus, et il faut de toute nécessite que le châtiment de Dieu nous atteigne, nous n'avons rien d'autre à attendre ^ ! »

* Erinnerung nach dem Lauf der Planeten gestellt (Tubingue, 1568), p. 22, 49, liO, 146, 181, 191, 202. — Dreizehn Predigten vom Türken (Tubingen, 15(39), p. 106 et suiv. — Voy. Döllinger, Reformation, t. II, p. 375-378.

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