CHAPITRE VI
ALLEMANDS-FRANÇAIS, FRANÇAIS-TURCS CONJÜRKS CONTRE l'eMPEREDR
ET l'empire (1o34-1537).
François 1«'", le sultan, les ducs de Bavière, étaient également mécontents de la paix de Gadan.
Malgré l'article du traité do Bar-lc-Duc, stipulant « qu'aucun des alliés, sans l'assentiment des autres, ne pourrait se rapprocher de Tennemi commun », Philippe avait signé ce traité sans en avertir le roi de France, qui souhaitait vivement voir se continuer la guerre contre les pays héréditaires de Ferdinand, et pressait le chef de corsaires, Chérédin, et le voïvode, Zapoli, de commencer la campagne. Au mois d'août 1534, Philippe exposa longuement à François I*"" les motifs de sa conduite : « Je ne puis assez dire à Votre Majesté avec quelles instances, quelle force, les princes, les Electeurs du Saint-Empire m'ont déconseillé cette campagne, dont le plan était déjà arrêté dans mon esprit. Nous étions environnés de tant d'intrigues que jamais nous n'eussions pu conserver la paix dans nos propres territoires, si nous nous étions mêlés des affaires des autres, et si nous avions ahandonné, pour une expédition lointaine, nos états et nos sujets; c'eût été nous mettre, à la fois, sur les bras l'Empereur, la maison de Bourgogne, la ligue d'Italie et un fort grand nombre de princes et de souverains, ce qui nous aurait forcés, outre le danger d'entreprendre une guerre périlleuse, d'entretenir encore pendant notre absence une armée considérable pour la déftMise de notre patrie. Or cela n'eût été possible (ju'à la ('ondition d'être soutenus par d'importants secours. Nous avions espéré (|uo la Saxe et la Bavière se joindraient à nous, mais elles ont allégué (juantité de prétextes pour ne nous point venir eu aide, et nous ont durement reprochi'^ ([ue, non contents des succèsobtenus, nous voulions encore
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pousser plus avant nos conquêtes, ce qui, à leur sens, serait leur faire grand tort ^ »
François I*^" « ne parlait du Landgrave et de ses alliés qu'avec le plus profond dédain » ; à sa cour, on ne leur épargnait pas les épigrammes. « Les princes allemands, » disait- on, '< ont trompé le roi pour obtenir son argent] ; ils ont conquis un pays avec lor de l'étranger.» Ces paroles furent rapportées à la cour de Zapoli par un ambassadeur français, en présence de beaucoup de magnats de Hongrie et du chargé d'affaires des ducs de Bavière, Weinmeister. Celui-ci, saisi d'effroi, se hâta de les rapporter à ses maîtres, ajoutant, pour les rassurer, que Zapoli avait pris aussitôt la défense des ducs, et avait dit à l'ambassadeur français : « Si la Hesse a traité avec Ferdinand, ce n'est pas la faute de la Bavière;, car les ducs prennent toujours le chemin le plus droit, et j'ai plus de confiance en eux qu'en n'importe quel souverain ou prince de la Chrétienté. » « A quoi je me suis empressé d'ajouter, » écrit Weinraeister, « que je me tenais pour très assuré que le roi de France serait parfaitement satisfait de Vos Grâces dès que ses ambassadeurs auraient eu le loisir de s'entretenir avec elles -. »
« Le sultan, » à en croire l'agent de Zapoli, Isidore de Zegliaso, « était tout aussi mécontent de Philippe de Hesse et des ducs que pouvait l'être François P""; il se plaignait qu'endépitde loutce qu'on avait été en droit d'espérer après la conquête du Wurtemberg, les alliés n'eussent pas même songé à marcher contre l'Autriche 3. »
Les ducs de Bavière, de leur côté, en voulaient à Zapoli de son inaction. « Le Wurtemberg ayant été si heureusement conquis, » lui écrivaient-ils le 30 mai lo34, « c'eût été pour vous le vrai moment d'attaquer Ferdinand '*. » La paix de Cadan étant, à leur extrême déplaisir, un fait accompli, et la Saxe et la Hesse ayant reconnu l'élection de Ferdinand, il leur devenait impossible de garder plus longtemps vis-à-vis de ce dernier une attitude hostile. Aussi, cédant aux instances réitérées de l'Empereur, s'étaient-ils résignés à se rapprocher du roi de Hongrie « à des conditions honorables ».
Mais c'est ici qu'allait être mise en pleine lumière « la loyauté bavaroise. »
Pendant que s'ouvraient à Linz les préliminaires de la paix, conduits,du côté de la Bavière, par Eck et le conseiller politique le plus intime du duc Louis, Hans Weissenfelder, ce dernier mandait à son
' Voy. RoMMEL, t. III, p. 61-6(5.
* Voy. MuFFAT, p. 461-470.
ä ßüCHHOLTz, t. IV, p. 272-273.
^ MuFFAT, p. 303.
31 r. ALLEMANDS-FRANÇAIS, FRANÇAIS ET TURCS CONTRE L EMPEREUR.
maître ce que lui et Eck avaient cru pouvoir conclure des propos tenus par rarchevêquo de Lund, déh'gué de l'Empereur : Charles songeait à porter la guerre en France, et Ferdinand était décidé, coûte que coûte, à défendre ses droits en Hongrie ; dès lors, les princes d'Autriche étaient naturellement très désireux de s'entendre avec les ducs, afin que ceux-ci s'abstinssent de toute alliance soit avec la France soit avec la Hongrie. Eck. et Weissenfelder étaient d'avis d'informer le roi de France de tout ce qui se passait à Lii.z; toute méliancc devait lui être ôtée, et il importait de lui persuader que le moment de tenter un coup décisif était venu. Zapoli aussi devait être averti, mais dans le plus grand mystère, <' car Vos Grâces peuvent imaginer la belle ligure que nou.s ferions si l'on venait à avoir connaissance de nos projets * ». Philippe de Hesse, malgré le traité deCadan, désirait aussi vivement voir entretenue la bonne volonté de la France et de la Hongrie ; il promettait d'examiner les offres de Zapoli, et d'en conférer avec la Bavière '-.
Et malgré tous ces pourparlers, le 11 septembre lo3i, un traité unissait l'Autriche et la Bavière. D'après ce traité, la paix allait unir les deux pays, et le mariage du prince de Bavière, Albert, avec lune des filles de Feidinand devait en être le gage. Les ducs reconnaissaient l'élection de Ferdinand, ce qui ne les empêchait point de comploter avec la Hesse, et de soulever secrètement les populations contre Charles-Quint et contre son frère.
Peu de jours après la signature de la paix de Linz, Eck écrivait au Landgrave : « Dans le cas où Votre Grâce aurait quelque envie, en dépit de tous les traités, de conserver une bonne perspective pour l'avenir et désirerait ne pas renoncer au secours età l'appui de l'étranger, je pourrais disposer m3s gracieux seigneurs à s'entendre en toute confiance et dans le plus grand secret avec Votre Grâce, par le canal de conseillers sûrs et discrets ^. » Les ducs, de leur côté (25 septembre), informaient François I"'' qu'ils faisaient tous leurs efforts pour conclure avec le Landgrave et d'autres princes allemands une ligue avantageuse pour la couronne de Franco ^. Trois mois après, le jour de Noël, ils renouvelaient leurs offres, assurant le roi que si le Landgrave et Ulrich de Wurtemberg pouvaient obtenir de l'argent des Turcs ou de quebpie autre puissance, ils étaient tout disposés à comiuenoer la guerre contre Ferdinand. Ils pressaient François I'-' de favoriser cette entreprise ^ . Georges Franck,
« MuFFAT, p. .393-39 1.
- MOFFAT, p. 'i[i").
' Lettre du 22 au i.'î sept. 1531, dans Muffat, p. U3-411. ' Voy. Stomi'k, p. 107.
=• Stumpf, p. 1Ö7.
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capitaine bavarois qui faisait en Allemagne des levées pour la France, se chargea de faire parvenir aux ducs la réponse du roi. Elle était teile qu'ils la pouvaient désirer. François désirait de tout son cœur entrer dans la ligue des princes allemands; il en voulait être le protecteur, et tiendrait à sa disposition, aux frontières de son rovaurae, mille hommes de pied. Il proposait d'avancer l'argent nécessaire- il insistait pour que ses offres fussent acceptées, assurant qu'elles rapporteraient à la Bavirre plus de cent mille couronnes. Si l'on parvenait à empêcher le mariage du duc Albert, il s'engageait à donner à ce prince la plus Jeune de ses filles en mariage. Il serait bon, ajjutait-il, d'exclure pour le moment Nuremberg de la ligue- il saurait si bien mener les choses qu'elle se verrait forcée de payer quatre cent mille florins de contributions et néanmoins entrerait dans la ligue par la suite. Du reste, François assurait qu'il n'aurait de repos que le jour où le duc Guillaume serait élu roi des Romains. Levant la main droite, il avait dit : « Je n'ai jamais rencontré dans tout le cours de ma vie de princes plus fidèles à leurs en'^agements ni plus dignes de foi que les deux frères de Bavière. Aussi suis-je prêt à exposer pour leurs intérêts mon âme et ma vie ^ » Comme lui, Zapoli était tout disposé à exposer « son àme et sa vie » pour les ducs. Malheureusement, mandaient les princes de Bavière au voïvode, la Saxe et la Hesse s'étaient rapprochées de Ferdinand et avaient abandonné la Bavièi'e 2. Eux aussi avaient conclu un traité avec l'Autriche, mais à des conditions « merveilleusement avantageuses et honorables, » de sorte qu'ils n'étaient gênés en rien pour rester en bonne intelligence avec Zapoli et autres seigneurs et amis, sur l'appui desquels ils pouvaient toujours compter. Ils se proposaient, par l'entremise de Philippe de Hesse, de s'entendre avec les autres alliés, ce qui, parla suite, pourrait être t-ès utile au voïvode 3. Philippe ne refusa pas de s'allier avec Zapoli (octobre lo34), mais il fit part à celui-ci de son étonnement en apprenant l'armistice qu'il venait de conclure avec Ferdinand ^ En janvier I080, les ducs se déclarèrent prêts à fournir à Zapoli des tioupes contre le roi de Hongrie s. Zapoli leur
' Stcmpf, p. 167-169.
- Voy. la dépêche des ducs à Weinmeister, dans Muffat, p. 433.
^Dépêche du ib sept. lo3i, Muffat, p. 414-413.
* Dépêche de Gaspard Wiuzerer, agent de Zapoli, entré en pourparlers avec Pliilippe à llersfeld le 16 octobre 1334. Voy. Muffat, p. 4-20. Philippe chargea ce délégué d'un message secret pour le duc Louis de Bavière, p. 418-419.
^ Dépêche des ducs à Georges Weiumester, 5o janv. 1333. Voy. la lettre de ce dernier datée du 20 février, dans Muffat, p. 434-439. — Eck vivait dans la peipetuelle anxiété de voir Ferdinand informé de ses « intrigues et pratiques secrètes » tremblant qu'il ne les révélât à l'Empereur et aux membres des Etats. Voy. les lettres de Eck datées de septembre 1334 et de janvier 1336, dans Muffat, p. 483
31 s ALLEMANDS-FRANÇAIS, FRANÇAIS ET TURCS CONTRE l'F.MPEREUR.
lilsavoir, en février, que quarante mille soldats turcs venaient d'être mis à sa disposition et (jue, si les ducs et leurs alliés avaient toujours l'intention de se porter contre Ferdinand, lui, de son côté, marcherait avec toutes ses forces sur l'Autriche, la Moravie et la Silésic. Si Ferdinand mettait le siège devant Bude, Zapoli laisserait à Pesth les armées turques de terre et de mer; l'armée autrichienne en serait nuit et jour harassée et, pendant ce temps, à la tête de ses propres troupes, il marcherait vers les pays héréditaires de Ferdinand en ravageant tout sur son passage *.
Lorsque, le mois suivant, le Pape, par l'entremise d'un légat, fit supplier Zapoli de se réconcilier avec Ferdinand, pour que, la paix unissant tous les princes chrétiens, le concile pût enfin se réunir -, le Yoïvode écrivit aux ducs qu'en présence d'une telle requête il s'étaitvu forcé d'envoyer un ambassadeur à Vienne, où le légat allait se rendre '^. Néanmoins, ni alors ni l'année suivante, Zapoli n'eut jamais sérieusement la pensée de conclure la paix et, malgré les négociations de ses délégués avec le Pape et l'Empereur, il resta décidé (comme il le fit savoir sous le sceau du plus profond secret aux ducs, à leur très grande consolation), à attaquer le plus tôt possible Ferdinand. 11 fit savoir à François l«"" que, s'il voulait lui accorder cinq mille hommes de pied ou des subsides équivalents, il repousserait sans hésitation toute proposition de paix. Le chargé d'affaires de la Bavière, Weinmeister, mandant toutes ces nouvelles aux ducs, ajoutait : « Le Turc fait de grands préparatifs, et se dispose à marcher sur jN'aples, la Sicile et la Moldavie^. »
Après la conquête du Wurtemberg, François V^, voyant qu'il ne parvenait pas à décider ses alliés allemands à attaquer Ferdinand, répandit ses agents en Allemagne dans les derniers mois de looli. et leur recom.manda d'y soulever partout le peuple contre lEuipereur, d'exciter contre lui les[ressentiments des Protestants, etdeleur persuader que Cliarles-Quint voulait les ramener de force à l'an-
433. Plus tard, au milieu d'un bnnquet, les complots de la liavièie furent ilécouverts à l'archevêque d(^ Lund par un prcvùt de Uude. \ oy. la leUic de C. Lochmair ('27 novembre lo3S|, dans Mlitat, p. 483.
• Lettre de Georges Weinmcsler du "20 février 1ü3ö. Voy. Miiiat, p. 137-439. - VVeinnicister aux. ducs, i" avril 1535. — Voy. Mltfat, p. 4'«'.'.
'^ Mui I AT, J). iüÖ.
* Weinmeistcr, 19 mars lf)3C, dans Mufiat, p. 493 494.
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cicnne religion et châtier sévrrement leur apostasie. « Le roi mon maître, » disait l'un d'euxau conseil de Memraingen, « ne peut tolérer la tyrannie dont vous êtes victimes; il désire s'allier aux cités allemandes, et serait disposé à les soutenir dans leur résistance i. »François levait des troupes en Allemagne, se servant surtout en cette affaire du comte Guillaume de Fürstenberg, auquel il faisait parvenir de grosses sommes d'argent -. En même temps, il réclamait le secoursdes Turcs et les pressait d'envahir l'Empire par terre et par mer. « Personne plus que le roi de France, » écrivait au sultan le roi « très chrétien » (février 1535) , « n'est en position de nuire à l'Empereur; ses états sont florissants, ses armées considérables, ses places fortes nombreuses; il peut compter sur l'appui des rois d'Angleterre, d'Ecosse, de Danemark, sur les Suisses, le duc de Gueldre et beaucoup d'autres princes allemands, mais surtout sur son ami Ulrich de Wurtemberg, qu'il a récemment réintégré dans son duché et dont les états lui fournissent les meilleures troupes de l'Allemagne. Dans le duché de Gueldre, il fait déjà enrôler des soldats 3.» François traça pour le sultan tout un plan de campagne, au moyen duquel il pourrait « frapper l'Empereur au cœur^ ». Les Suisses lui avaient aussi promis aide et assistance ^, et le duc Ulrich avait mis tout son peuple en état de se bien défendre ^. Philippe de Hesse, de son côté, écrivait à François P'" que sou intention, en dépit du traité de Gadan, était de continuer avec lui « les bons et loyaux
1 Voy. ces lettres dans Lanz, Correspondenz, t. II, p. 144, lo2. ^ Voy. la dépêche de l'archevêque de Lund (16 décembre 1534), dans Lanz, Correspondenz, t. II, p. 135-156. — « Majestas vestra, »écrit l'archevêque à l'Empereur, « Germanorum mililum consuetudinem optima novit, eo se divertereabsque uilo respectu et ratione, ubi primum pecuuia datur. » Sur la vie privée du comte uuillaume de Fiirstenberg, « qui fut en son temps un merveilleux satyre, la chronique de Zimmer (t. 111, p. 416) rapporte des choses extrêmement scandaleuses. « Les services qu'il rendit à François 1" dans sa lulte contre l'Empereui", y est-il dit (t. IIL p. 418, lui rapportèrent lOO.OOOcouionnes, mais ileut la même aventure que tant de princes allemands-français, lesquels ont péri de iiiale mort, ou dont la lortune s'eo est allée en fumée et n'est point parvenue aux légitimes héritiers. » " Pour beaucoup d'Allemands, ce que le connétable de Montmorency disait jadis eu parlant d'eux s'est réalisé : En dépit de certaines et particulières bonnes qualités, le meilleur allemand peut toujours être séduit et gagné par de l'argent. » (Voy. t. m, p. 427.)
'■ Instruction du sieur de la Forest, allant en ambassade devers le Grant Sekjnenr, Paris, le li février 1534 (c'est-à-dire 1535), dans Charriére, t. I, p. 269- 2G2.
^ En allant en Hongrie, le sultan risquait de déterminer les Allemands à s'unir à l'Empereur pour le combattre, aussi devait-il plutôt se diriger vers Naples, la Sicile, la Sardaigne et l'Espagne : « Ce sera le toucher au vif, et entreprinse aysée à mectre à chef, actendu mesmement que les Allemans ne se mouveront pour le péril de l'Italie, comme Ion scait et veoit par l'expérience. » Voy. Cuariuèue, t. I, p. 262, à la tin de llnstruction. Voir la note précédente.
^ Voy. Lanz, Correspondenz, t. II, p. loU.
^ L.\.\z, t. II, p. Ii3-144, 147, 150.
320 l'empereur s'efforce de décider FRANÇOIS 1«' A LA PAIX.
rapports du passé )). « Nous ne pouvons célcrà Votre Majesté qu'hier et d'autres fois nous sont venues nouvelles que nous pouvons vous ùssurer d'avoir une partie des gens de guerre de tous les meilleurs capitaines qu'eut jamais l'Empereur, dont il s'est aidé à l'encontre de votre dite Majesté, tellement que grâce à Dieu on en doit bien espérer *. » Marino Giustiniano, ambassadeur de Venise à la cour de France, écrivait à son gouvernement, que François I", comme on l'entendait dire de tous côtés, attendait du Wurtemberg et de la Hesse environseizemille lansquenets. L'ambassadeurexprimc sa surprise de voir le roi, endépildetantdeprotestationsd'amitié, intriguer avec les princes allemands, a Carcesprinces, ))ajoute-t-il(ülrichetPhilippe), « sont au fond de fort vilains personnages, et ce n'est que grâce à la France qu'ils se maintiennent en rang et réputation 2. »
François était aussi d'intelligence avec Chérédin, surnommé Barberousse, le fameux chef de corsaires établi à Alger, et proclamé par Soliman « calife de Rome et dominateur de la mer ». Excité et soutenu par la France, Barberousse, en 1534, s'était emparé de Tunis, après avoir ravagé les C(Mes d'Italie s. En septembre, les ducs de Bavière apprirent par Weinmeister, leur chargé d'affaires en Hongrie, qu'un ambassadeur turc s'était présentée la cour de Zapoli pour lui apprendre que Barberousse avait fait éprouver une grande défaite sur mer à Sa Majesté Impériale, et que soixante-cinq galères remplies de prisonniers chrétiens avaient été dirigées sur Constantinople. L'ambassadeur turc avait ordonné à Zajwli de témoigner sa satisfaction d'un si heureux événement, et celui-ci avait été forcé de célébrer par des feux de joie la captivité de milliers de chrétiens ''.
L'Empereur, pressé de tous côtés par ses ennemis, pénétré de douleur à la pensée de tant de malheureuses populations accablées par le Déau de la guerre, ne négligeait rien pour incliner François à la paix et le décider à renoncer à ses alliances avec les
' Capefigck, Ilist. (le la Iléfonne, t. 1, p. lo7. Au vice-chancelier Naves Phili|'|.e affirmait au contraire qu'il était faux qu'il eût amené au roi de France des lansquenets; que le contraire seul était vrai, et qu'il avait em|)èché, autant qu'il l'avait pu, que personne, en traversant ses états, allât s'ollrir à servir ledit roi! » — Lan;:, SUiatxpa/'iere, p. 25Ü.
' Albeki, vol. 1, p. 160-180. « Vittenberg;h e lanj^ravio d'Assia, li quali iii effetto sono mali nomini, e lemono di Cesare per le moite querele avute e clie potriano avère, non |ioniio fare. tlie seniper non aderiscano al re di fraiicia, corne quello che li mantienc in stato e rp|nitatione. »
^ Voy. (jiAriHii:uE. t. 1. |). Slfi-i'iO. L'Kinpcreur mandait le 29 août 1534 au comte Henri de iNassau qu'il avait reçu de divers côtés la r.ouveile certaine que l'armée de Uarbcrousse « estait venue à la poursuite, considération et faveur du dit rov de France, et à la sollicitation d'unp; aiiiliassatleur qu'il avait expressément devers le Turc... par qiioy pouvez entendre tint plus, si j'ai occasion de me ressentir du dit s' roy ». Dans W'kiss, t. Il, p. 170-171.
* Voy. .MuiKAT, p. 476-178.
EFFORTS DE L'eMPERELR POUR OBTENIR LA PAIX. lo3G. 321
princes allemands et avec le sultan, <( l'ennemi héréditaire du nom chrétien ». Il lui fit représenter par ses ambassadeurs que ses alliances avec Ulrich et Philippe allaient à rencontre deslraités; qu'il n'avait, en aucune façon, le droit de conspirer contre lui avec les princes d'Allemagne et de fomenter la guerre civile dans l'Empire; que son alliance avec Cliérédin était indigne d'un roi chrétien et qu'il ferait bien mieux d'unir sa flatte à la sienne et de l'aider à repousser les armées dévastatrices des barbares. Malgré les torts du roi de France, il se déclarait tout disposé à conclure avec lui une étroite alliance. Le roi n'avait qu'à s'ouvrir à lui en toute confiance et sincérité sur la manière d'amener à bien un si désirable projet. En tout ce qui ne p3rterait pas atteinte à son honneur, il se montrerait conciliant.il proposait un double mariage entre ses enfants et ceux du roi, offrant àFrançoispour le ducd'Orléans, son fils, une pension de soixante raille thalers, prélevée sur les revenus du duché de Milan. Quant à ce duché, l'Empereur, dans l'instruction remise à son ambassadeur le comte Henri de Nassau, déclarait ne le pouvoir céder, François n'y ayant aucun titre, ni par sa naissance ni par droit féodal. Y renoncer serait annuler les traités de Madrid et de Cambrai et compromettre la sécurité de l'Italie aussi bien que la paix générale. D'ailleurs, l'intérêt de tous exigeait que le duché n'appartînt ni à la France, ni à l'Autriche ^
Mais François, décidé à exploiter à son profit l'effroi inspiré par l'invasion turque et les ressentiments de ses alliés d'Allemagne, revendiqua, au mois d'août lo3i, non seulement Milan (en échange d'un revenu annuel de vingt à vingt-cinq mille thalers qu'il offrait de servir à François Sforze), mais encore Gênes et Asti-. Néanmoins, « pour prouver son extrême modération, » dit-il àl'ambassadeur de Charles-Quint, et comme « dernière réponse et résolution », il se déclarerait satisfait, pourvu que l'Empereur lui cédât immédiatement le marquisat de Montferrat, les villes d'Alexandrie, de Gènes et d'Asti et autres places fortes, lui garantît la paix, et promît qu'aussitôt la mort de Sforze le duché do Milan lui serait
* Yoy. ces documents dans Weiss, t. II, p. 107, 109, 118, 122, 137 157. Iîaumer, Briefe aus Paris, t. I, p. 261-2öi.
* Le 4 sept. 153i, l'Empereur écrivait au comte de Nassau : « MaiiUeiiant le roy retourne déjà à conjoindre la seignorie deGennes avec Milan et Ast, de laq;ielle il n'a jamais faict semblant ne mention quelconque .. il est tout évident, qne par raison, honnesteté, équité et bonne conscience ne luy en puis satisfaire. » Yoy. Weiss, t. II, p. 182, 183. Voy. les articles de l'aa.bassadeur français de Vely, p. l'.U-19l. Dans un mémoire envoyé par Granvelle on lit : « 11 persiste d'avoir ledit Gennes, dont il n'avait jamais fait semblant jusques à la venue dudit Barbarossa, que con- ■^ientaux propos qie icelLiy Barbarossa en a tenu et ce que l'on a sceu du cousli I de Constantinobîe, » p. 212.
322 EXPÉDITION DE l'eMPEREUR CONTRE TUNIS.
restitué *. Mais en réalité il était si peu disposé à renoncer à l'alliance tunjue (ju'il avouait un jour à Clément VII avoir plus envie do provo(iuor une nouvelle invasion musulmane que de la repousser -.
Pour détruire les nids do pirates des côtes africaines, continuel effroi de l'Europe, pour consoler tant de chrétiens traînés en esclavage a comme un vil bétail », l'Empereur, en juin lo3o, résolut d'aller lui-même, avec une Hotte considérable, disperser ces bandes de corsaires. Son entreprise fut couronnée de succès; il réussit à s'emparer du fort de la Goulette. un trouva parmi les pièces d'artillerie abandonnées par l'ennemi plusieurs canons marqués aux lys de France. Tunis tomba au pouvoir de Charles-Quint , fut restitué à son léijjitime souverain Mulcy Hassan, et devint fief de la couronne d'Espagne. Dix-huit à vingt mille esclaves recouvrèrent leur liberté. Charles-Quint, àce momentdc sa vie, connut« des jours de triomphe et des joies sans mélange ». Et pourtant c'est alors que, pour la première fois, se fit jour en sou àme la pensée de renoncer à toute la gloire de ce monde pour aller s'ensevelir dans un cloître ^.
Il écrivait, le 16 août, à son ambassadeur à la cour de France : « Nous allons rétablir l'ordre et la paix dans nos royaumes de Sicile et de Naples, car nous voulons mettre notre puissance au service de Dieu, pour le triomphe de notre sainte foi et le repos de la république chrétienne, buts que nous avons constamment poursuivis et qui ont été les véritables motifs de la présente campagne '*. ') Après le brillant succès de Tunis, l'Empereur, l'été suivant, se proposait d'attaquer Alger, puis, si la chose était possible, il voulait aller tenter en personne la concjuétc do Constanlinople, alin de délivrer à jamais la Chrétienté du joug des Infidèles.
' Finale response el rcs'tlulion du roi ilu 20 au 2i octobre l.j3i,dans, Weiss t. Il, p. 20y. — GraDvelIe, clans l'un de ses rapports (p. 20(3 -':2i), liémonlre trc^s bien quelles conséquences auraient eues pour rAllL!iuag;iie, l'Italie cl la liberté du Saiut- Sié^j'c les exigences exa^crées du roi. Kranrois I"' se vantait « d'èlreeu son royaume entièrement libre, et du tout en tout ii son ai>pclit otjcy ». NVt'iss, t. il, p. 211.
« Voy. Hankk, t. IV, p. 9-iO.
' Voy. .MiGNKT, pièces justificatives, p. rt-7.
* Voy. La.nz, Corrrsyoïideiiz, t. Il, p. 'JUl.
FRANÇOIS l«"- VIOLE LA PAIX. 1336. 323
A ce moment, François l"" reprit son rôle de « mauvais génie ».
Le duc Sforze étant mort, Charles, sur la proposition de la reine Eleonore de France, se montra disposé à donner l'investiture du duché de Milan au troisième lils du roi, le duc d'Angoulême. Par là, il espérait satisfaire François I'^'" et obtenir son concours pour la guerre contre les Turcs, la convocation duGoûcile, l'exécution de ses décrets et le rétablissement de l'unité catholique i. Mais François exigea que le Milanais fût remis à son second fils, le duc d'Orléans, et qu'aussitôt, et pour toute sa vie, l'usufruit lui en fût abandonné. En même temps, il élevait des prétentions sur le Piémont et la Savoie, ces clefs de l'Italie. Pendant qu'il faisait solennellement assurer à l'Empereur que rien ne serait tenté contre la Savoie ^, il envahissait Turin en pleine paix, à l'improviste, attirant à son parti les princes et les villes d'Italie, enrôlant sans cesse des troupes en Allemagne et dans la péninsule. Les ducs de Bavière eux-mêmes ne se faisaient point scrupule de le laisser lever des soldats dans leurs états 3 ; et tout cela n'empêchait point le roi de dénoncer partout l'Empereur et son frère comme les ennemis irréconciliables delà paix.
« Le roi de France, » écrivait Charles-Quint, « cherche à persuader au Pape et aux cardinaux que moi et mon frère, poursuivant égoïstementnosvues ambitieuses, sommeslesseuls auteurs de tous lesmaux qui accablent la Chrétienté. Ilnous rend responsables des dissensions religieusescomme du péril turc; il prétendque nous aimons lagucrre avec passion et ne voulons à aucun prixentendro parler de paix. On répète sans cesse que je rêve d'asservir le monde entier, quoique tous mes actes, dans le passé comme dans le présent, démentent aux yeux de tous un pareil dessein^. Je crois de mon devoir de me justifier ^. ))
» Wkiss, t. II, p. 395.
* «... Promit très expressémaat sur sa foy et sur son honneur, disant avoir charge ainsi le faire, que ledit s' roy son m.iistrene mouvroit iiy feroit riens alencontre dudit s'' duc de Savoye. » Charles à llanuart, voy. L\.\z, Correspondeiiz, t. II, p. 22Ö.
^ Un ambassadeur français, mandait le comte palatin Frédéric'à l'Empereur au, piinlemps de 1?36, s'était rendu à Muaich à la cojr du duc Guillaume, « lequel luy a consenti de lever et faire le\'ev par le comte Guillaume de Furstenberg, secièlement, certain bon nombre de piétons, et l'on doiiie aux dicli piétons grand nombre d'escuz et llorius d'or sur la main ». Lanz, S'aatsp'ipierc, p. "ÀOS.
*... « Pareillement afin denous justifier en ce, comme avions fait de tout le passé, de la monarchie que l'on nous avait cy-devant voulu imputer, comme eacoires aucuns faisaient, bien que noz œuvres eussent toutes ouverteme.it tesmoingue (et faisaient continuellement) le contraire. »
' L'Empereur àllaanart, les 17 et 18 avril loJj, voy. L.v.vz, t. 11, p. 222-239.
324 DISCOURS PRONONCK A ROMK PAR l'eM P ER KUR . 153C.
L'Empereur, dans un discours prononcé à Rome, le hindi do Pàiiucs 17 avril, en prcscnci'. de Paul 111 et du Sacré C)il^'ge, cliercha en edel à se disculper de toutes les accusations portées
contre lui.
H commença par remercier le Pape du zèle apporté par lui dans la question du Concile. 11 en réclama la convocation de toute l'ardeur de son cœur, répétant qu'à son avis il était de nécessité urgente pour le bien général de la Chrétienté. Pour l'amour de ce bien général, il souhaitait depuis Ion-temps avec une égale ardeur, mais en vain, gagner l'amitié et la conliance de François 1". Mais le roi mamiuait continuellement à ses engagements; tout récemment encore il avait, au méprisdu traitéde Cambrai, ourdi des complots en Allemagne, comme on en avait acquis la certitude pendant la guerre du ^Vurtembl•rg, et maintenant, en dépit de toutes ses promesses, il venait d'envahir rilalic et d'attaquer à l'improviste la Savoie, lief impérial, annonçant l'inteutioii détendre plus avant ses con luêtes. Nju content de la perspective que l'Empereur lui ouvrait sur Milan en laveur de l'un de ses fils, il réclamait pour lui-même la possession immédiate et les revenus du duché. (( Et néanmoins, aujourd'hui encore, » ajouta l'Empereur, a je lui oHVe la paix. Unis, nous pourrions travailler de concert au bonheur de la Chrétienté et lui donmr le repos auquel elle aspire. Je suis tout disposé, maintenant encore, à donner l'investiture de Milan au duc d'Angoulême sous garantie sufiisante. Je serais désespéré de voir échouer tous mes eilbrls. en sorte que le roi et moi soYOus obligés de risquer le tout pour le tout, car ce serait la ruine de l'un ou de l'autre, et le vainqueur payerait clièrementsa victoire. L"S ue.iples chrétiens auraient à expier cruellement nos querelles, et seraient exposés à tondjcr sous le joug des Turcs ou d'autres barbares. » « Si je propose la paix, ce n'est point par défiance de mes lorces; j'ai des sujets fidèles et des ressources sulfisantes. Je ne suis louché que de rmtérêt général de la Chrétienté Si le roi veut absolument la guerre, le mieux serait, il me seud)le, que personnelle^nent, d'iiomme à homnK\, nous coniballions l'un contre l'aune en chauq) clos pour trancher tous nos dillérenJs; par là, de gran les calamités seraient éjiargnées à nos peupK;s. Autrefois, pour é>itcr ou terminer des guerres, on a vu des pruices recourir a ce moyen. »
S luvtenant le lendemain avec Ic'^ délégués français, Charles s'ellnça de les persuader des avantages qu'aurai! la eonelusion d'un/ [nix solide entre lui el François P"", e: tout le |)rolit (jui en rcMfU irait à l'É^li^«-'- Cràee à la pa'X,. les Tu:cs j)0uri'aienl être
CAMPAGNE DE FRANCE. 1 o36. ;if5
repoussés, le Concile réuni, le retour des dissidents à l'unité obtenu; tandis que l'inimitié permanente des deux chefs delà Chrétienté bouleversait toutes les affaires politiques, et finirait par les ruiner; si la guerre recommençait, les sujets finiraient par se soulever contre leurs maîtres, l'Église perdrait peu à peu toute autorité, la foi et la crainte de Dieu disparaîtraient entièrement de ce monde *.
Le Pape, dans sa réponse, éleva jusqu'aux nues les efforts de l'Empereur pour obtenir la paix, et promit, quant à lui, d'y travailler de toutes ses forces.
Mais François voulait à tout prix la guerre. Il repoussa les propositions de Cliarles, quant à l'investiture du Milanais en faveur du duc d'Angoulême, et refusa d'évacuer le Piémont et la Savoie, il conclut aussi un nouveau traité avec le sultan contre Charles-Quint. Les Turcs, dès le mois de mars 1536, s'étaient fortement préparés à la guerre, et se disposaient à attaquer Naples, la Sicile et la Moldavie 2. Au mois d'août, sur l'ordre du sultan, une armée de dix-huit mille hommes envahit tout à coup la Slavonie, bientôt horriblement ravagée ^.
Forcé de renoncer à la paix, l'Empereur résolut d'attaquer le roi dans son propre royaume de deux côtés à la fois, au sud et au nord. Con mandée par le comte Henri de Nassau, une armée levée dans les Pays-Bas pénétra en France durant l'été de 1536, et s'emi ara de Guise. Charles, à la tête d'une seconde armée forte d'environ cinquante mille hommes (dont vingt mille Allemands), se dirigea vers la Provence, et vint asseoir son campdans les environs d'Aix. « Mais le vent nous fut constamment contraire, »'écrit Schartlinde Burtcnbach, qui servait sous les ordres de Gaspard de Fruûdsberg, « la flotte ne pouvait avancer. Nous restâmes deux mois devant Marseille et Aix. Presque la moitié de nos soldats moururent de faim; nous avons laissé derrière nous douze lui lié fantassins allemands, un grand nombre de chevaux, d'arme§, de bagages. Cette campagne fut désastreuse à cause de la famine. Pas' une seule fois nous n'avons vu l'ennemi '*. »
L'armée française, commandée par Montmorency, évitait systématiquement toute bataille. François avait donné ordre aux habitants
' r.elalion de l'Empereur, voy. Lanz, t. II. p. 223-228. — Lettre collective de Dodieu de Vèly et de févêque de AJâcon à François I", voy. Charrière, t. I, p. 295-309, où l'on trouvera aussi la belle réponse du Pape. — Yoy. Bücholtz, t. III, p. 306-316.
* Weinmeister aux ducs de Bavière, 19 mars 1536, voy. Muffat, p. 4S4.
' L'archevêque de Lund à l'Empereur, 20 août lo.SO, voy. Lanz, Correspondeîiz, t. II, p. 247.
* Lehensheschreihung , p. 43-44.
31C, TURCS, FRANÇAIS ET ALLEMANDS-FRANÇAIS CONTRE l' EMPEREUR 1537.
(l'abandonner le pays plat, d'emj)orlcr les vivres, do brûler les moulins, et d'emmener au loin les paysans avec tout ce qu'ils possédaient *.Lc prince Cliristopiie de Wurtemberg, pensionné par le roi, se réjouissait fort des revers essuyés par l'Empereur. « Les événements militaires, » écrit-il de Lyon en septembre 1536, a ont eu, cette fois encore, d'heureux résultats pour nous, avec de grandes pertes du côté de nos ennemis, en Provence comme en Picardie 2. » Charles fut contraint d'opérer sa retraite, et l'armée des Pays-Bas, après l'inutile siège de Péronne, dut évacuer le sol français ^.
Enorgueilli par ce succès^ François réclamait maintenant « la remise immédiate » de Milan et dAsti, et prétendait de plus avoir droit de suzerdineté sur l'Artois et sur la Flandre; pénétrant dans les Pays-Bas (mars 1537), il s'em.para d'Hesdin.
« Je sacrifie tout à la paix, » écrivait l'Empereur à sa sœur Marie, gouvernante des Pays-Bas (27 avril lo3G), « mais le roi de France repousse toutes mes offres. Il se vante d'être en état de recommencer la guerre eu Italie, et s'appuie sur les Infidèles '\ »
Au printemps 1537, Glissa, la plus importante place forte de Ferdinand en Croatie, fut emportée d'assaut par les Turcs, et le général hongrois Kazianer éprouva devant Essck, en Slavonie, une défaite décisive. Les Turcs furent également heureux en Italie. En juillet 1537, ils débarquèrent en Apulie, conquirent Castro, ravagèrent les côtes, et traînèrent des milliers de chrétiens en esclavage. Les îles de l'Archipel, possessions vénitiennes, tombèrent en leur pouvoir. Aux environs de Corfou, cent quarante villages furent détruits.
En même temps, les Français envahissaient le Piémont. Leur armée était en très grande partie composée de soldats allemands. Le comte Guillaume de Furstcnberg commandait un corps d'infanterie allemande, et Christophe de Wurtemberg servait le roi de France à la tête de vingt-trois compagniesde lansquenets, recrutées, pour combattre l'Empereur, sur le sol de la pairie. Christophe avait demandé au duc Ulrich, son père, d'autoriser ces enrôlements, déclarant que, quant à lui, « il était le dévoué serviteur de la France, et que s'il pouvait la servir en quelque chose, ni lettre impériale, ni message d'ambassadeur ne serait capable de l'ar-
' I.ettre de l'Empereur ;i Henri de Nassau, li sept. 1,'k{i'), voy. Lanz.I. H, p. 249. - Ilr.vi), t. I, p. .S7Ü. — Ki.GLRn, t. I, p. 32, noie 39.
» Los lellres de Marie, gouvernante des l'ays-Uas, offrent un triste tableau de l'état des l'ays-Uas à celle date. Voy. Lanz, t. Il, p. 068-609. * Lanz, t. Jl, p. i;73.
TURCS, FRANÇA.IS ET ALLEMANDS-FRANÇAIS CONTRE l'eMPEREUR 1537 327
rêter *. » Et ce ne furent pas seulement les princes du sud de l'Allemagne qui facilitèrent à l'ennemi la levée de troupes sur le sol allemand : jusque dans le marquisat de Brandebourg;, toute liberté fut laissée à la noblesse d'entrer au service de l'étranger ^. « Pour le plus grand malheur de l'Empereur et de la Chrétienté, » écrit un contemporain, « les Allemands-Français prêtèrent secours au violateur de la paix, à l'astucieux roi de France, contre Sa Majesté Impériale et contre le Saint Empire romain de nation germanique. Et toutes les fois que le débonnaire et pacifique Empereur essayait de ramener les Allemands à l'unité de religion, s' efforçant de les détourner des funestes pièges de la France (toujours unie aux Turcs, à la honte du nom chrétien), rien ne lui réussissait. Les Français, les Allemands-Français et les Turcs se sont donné la main pour troubler la sainte Chrétienté et rendre les dissensions religieuses toujours plus graves et plus irrémédiables, car le Concile a toujours été ajourné. Chaque année grandissaient les haines réciproques des heretifjues et, pendant plusieurs années, on a pu craindre que les sectes anabaptistes ne finissent par amener une révolution générale, en établissant la communauté des femmes et le partage des biens ^. »
• Herminjard, t. IV, p. 83, note 10. — Barthold, t. I, p. 20-21. — Kugler, t. I, p. 34-37.
* Voy. la lettre reversale du margrave Joachim II, citée parßARTHOLD, 1. 1, p. 20, note 2. « J'iguore, » disait François 1" en 1337, pendant une revue, au comte palatin Frédéric, son hôte, « si c'est par la faute du peu d'énergie de mes prédécesseurs ou s'ils ont cherché d'eux-mêmes un tel résultat, mais le peuple français, jadis si batailleur, est tellement dégénéré qu'il ne peut plus supporter de guerre au dehors sans le secours de mercenaires étrangers ». Hab. Leodü, lib. X, p. 202.
^ * Aufzeichnungen, voy. plus haut, p. 19, note 1.