PROPHETES ANABAPTISTES A STRASBOURG
pli de l'esprit du Christ; c'est un témoin ('■minent de l'Évangile. » Ce nouveau docteur ne tarda pas à prêcher contre «le culte idolàtrique rendu à l'humanité du Christ». Il niait la nécessité du culte, la vertu et l'efficacité des sacrements, et rejetait toute « cérémonie ». Selon lui,« en tombant dans l'hérésie du culte extéiieiM', les Catholiques avaient interrompu le cours normal et régulier des grâces de Dieu, car l'Église était un royaume purement spirituel et invisible 1 ».
La même année arrivait aussi à Strasbourg le pelletier Melchior Hofmann, originaire de Souabe, « zélé prédicant de l'Évangile en Livonie, en Suède, en Danemark et dans le Holstein. Jusqu'en 1528, il était resté en d'excellents termes avec Luther; mais, dès son arrivée à Strasbourg, Bucer avait salué en lui l'ardent et heureux adversaire de la doctrine luthérienne, « entachée de magie ». Hofraann se lia intimement avec Schvvenckeld et, lui aussi, se mit à propager une doctrine toute nouvelle sur l'incarnation. Le Sauveur, selon ces nouveaux apôtres, n'avait pas pris un corps dans le sein de Marie; le Verbe s'était fait chair sans s'unir à l'humaine nature. Le Christ n'avait qu'une seule nature, la nature divine; prétendre le contraire était lui attribuer une chair de péché, la chair du vieil Adam.
Après avoir reçu un second baptême (15H0), Hofmann devint un anabaptiste fervent. Le baptênr^e des enfants, selon lui, était une invention du démon, un acte antichrétien. 11 se regardait comme spécialement chargé par Dieu de« l'interprétation prophétique de l'Écriture », et surtout de l'Apocalypse. Il prétendait recevoir du ciel des révélations mystérieuses ; il se donnait pour un prophète favorisé de grâces extraordinaires, exaltant l'imagination de ses nombreux disciples par l'espoir du règne de mille ans. « Voici venir le moment, » écrivait-il, « où le Seigneur va rassembler ses élus, le peuple de toute race et de toute langue. » « C'est maintenant comme au temps des Apôtres; Dieu répand son esprit sur toute chair; les fils et les filles prophétisent, les vieillards ont des ré\élations et des songes. »
A son exemple, des« prophètes », des « prophétcsses », quile regardaient comme un apôtre, annonçaient le prochain avènement du Seigneur; Hofmann était un second Elie, Strasbourg la nouvelle Jérusalem, la ville choisie de Dieu, d'où les quarantemillequatre cents élus de l'Apocalypse devaient partir pour aller prêcher une dernière fois au monde la parole de Dieu. Mais Hofmann avait prédit
* DöLLiN'GER, t. I, p. 226 et suiv. — Gerbert, p. 132 et su'.v. — Erbkam, p. 357 et suiv.