LE PROTESTANTISME A MUNSTER
trente-trois ans au couvent de "Weissenstein, Le prince-évêque Erich de Paderborn et d'Osnabruck avait servi de témoin au mariage^ célébré en grande pompe, marquant par un acte aussi public la nouvelle attitude que devaient prendre les évéques ^ A ce même Erich qui, à la Diète de Spire, avait apostasie, l'évêque de Munster, Frédéric de Wied, avait vendu son évêchépour quarante mille florins par l'entremise de l'archevêque de Cologne, Hermann de Wied, et de l'Electeur de Saxe 2. On comprend que la foi du peuple pût aisément s'égarer lorsque ses premiers pasteurs méritaient le surnom de « nouveaux Judas ».
Munster, après avoir traversé tous les périls de la révolution sociale, passait encore, en 1529, pour un des plus fermes remparts de la foi catholique. Cependant, dès cette époque, à Saint-Maurice, tout près de la ville, le chapelain Bernard Rothmann, en secret soutenu par l'évêque, excitait le peuple contre l'ancienne religion et contre le clergé. Dans la nuit du jeudi au vendredi saint 1531, la populace envahit tout à coup l'église Saint-Maurice, y détruisit les autels et les images et s'y livra à toutes sortes d'abominations. Rolhmann enseignait, après Luther, « que ce n'est que par la foi que l'homme peut être justifié, » et voici la conséquence qu'il tirait de ce principe : « Tout ce qu'on appelle culte ne vient point de Dieu, mais du démon. C'est le démon qui a prescrit les jours fériés et interdit le travail du dimanche; c'est encore le démon qui a établi des différences entre lesaliments, c'estluiqui inspire le goût des pèlerinages et des édifices religieux. Si vous vous attachez à ces œuvres extérieures, vous deviendrez semblables aux payens. » Rothmann trouva de nombreux partisans à Munster, où beaucoup de gens criblés de dettes « l'honoraient comme un dieu, dans fespérance de pouvoir prochainement mettre la main sur la propriété d'autrui, car tout bien d'église étant déclaré n'appartenir à personne était une proie facile ». Rothmann comptait aussi des adeptes parmi des familles respectables et considérées. Le plus hardi, le plus entreprenant de tous ses disciples, c'était le tondeur de drap Bernard KnipperdoUing.
L'évêque Érich étant mort subitement à la fin de mai, l'émeute éclata simultanément à Munster, à Osnabrück et à Paderborn. A Munster, le peuple pénétra tumultueusement dans les églises et s'empara de tout ce qu'il y put trouver de précieux, môme des calices renfermés dans le tabernacle. Dans les rues, les prêtres
* Pour plus de détails sur rélablissement du Protestantisme en Westphalie, voy. Kaupfschulte, p. 94 et suiv.
* Cornelius, t. 1, p. 124-125.
332 LE PROTESTAiMI.SME A MUNSTER.
furent assaillis et rrailrailës. Le conseil ne parvint pas à maîtriser rc'nrdite. Des prédicants fuient installés dans les paroistes. En vain le C( mte Fiançois de Waldeek, aulrefois administrateur de l'évéché de Minden et d(puis élu évêque en remplacement dÉrich, essaya-t-il de létaLlir l'oidreet de se faire obéir.
Ce nouvel évêque, égak ment évêqucd■0^nabruck,n'étaithIi-mc•me « qu'un seigneur laïque»; il n'élait pas même diacre, il était connu pour ses mauvaises n.œurs, et entièrement sous rinfluence de Frédéric de Twiste, gentilhcn me de Waldeek, tiès zélé pour les nouvelles doctrines.
A Munster, Knipperdolling fit élire par les corporations un comité composé de trente-six membres auquel il confia la mission « d'assurer dans la ville le triemphe de 1 Évangile ». Les prédicants exigèrent (iue le conseil !brçàt les Catholiques à renoncer à leurs « cérémonies impies ». Leur cuite était un blasphème, et Dieu l'ayant en abomination, il convenait que l'autorité fît sentir aux endurcis, aux blasphémateurs, la rigueur de la loi, car ce n'était pas en vain qu'elle tenait en main le glaive de la justice. Le bourgmestre et plusieurs conseillers se hâtèrent de quitter la ville. Les bourgeois et les religieux mirent leurs papiers et leurs valeurs en sûreté. L'évêqup, décidé en apparence aux mesures les plus énergiques, coupa les vi\res aux habitants. Mais tout à coup, sans doute infiucncé par Philijipe de Hesse, il consentit à traiter avec les rebelles. S'étant rendu à Telgtc avec son chapitre et son conseil pour recevoir des Étals le serment d'hommage accoutumé, il se déclara prêt à parlementer avec les émeutiers par l'entremise d'arbitres de son choix. Des messagers allaient et venaient entre Telgte et Munster. Tout à coup, les chefs de l'émeute se décident à tenter un hardi coup de main. Dans la nuit du iO décembre 1532, vingt mille hommes armés partent de Munster dans le plus grand secret et marchent sur^Telgte. f a petite ville, surprise, est incapable de résister, et les insurgés font prisonniers la plupart des nobles, des prêtres, des seigneurs fonciers, venus à Telgte pour prêter serment. Quelques ehanoiries seulement parviennent à s'échapper, et l'évcque, paili la veille pour Ibuig, ne doit son salut ([u'à ce hasard. Les piisonniers sont C(nduits à Munster au milieu des transports (le joie de la populace. « Nous vous ramenons les bœufs, » criait Kippenbroick, « entendez-vous comme ils beuglent? »
On s'attendait, après ces événements, à voir Teveijue et la ville entrer en lutte. Mais, grâce à l'intervention du Landgrave, dont l'évêquc s'était assuré la protection, la paix fut signée (février 1533). Les nouveaux croyants conservèriwit les bix paroisses de