‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 120 sur 572 · LE PROTESTANTISME A MUNSTER · texte numérisé non relu

LE PROTESTANTISME A MUNSTER

Munster; en revanche le libre exercice de la religion catholique fut garanti à levêque, au chapitre et aux maîtres des collèges ecclésiastiques ^

Peu de temps auparavant, Philippe, en sa qualité d'ami zélé de l'Évangile, avait, malgré les autorités civiles et la résistance du chapitre de la cathédrale, introduit de force le Protestantisme à Höxter. Dans l'église collégiale de Saint-Pierre, les images avaient été brisées -2.

Lesprédicants de Munster ayant dressé une nouvelle confession de foi, le conseil de la ville la fit remettre au Landgrave, en le priant de la faire examiner par ses conseillers et docteurs, « afin qu'ils y fissent les additions ou retranchements nécessaires ^ )■>.

Mais il devenait impossible de diriger les prédicants. Bernard Kolhmann, dont lu doctrine avait été déclarée par le comité des bourgeois « parfaitement conforme à l'Évangile », la remaniait lous les jours. « Sa doctrine est singulièrement mobile, »écrivait au Landgrave le nouveau syndic ds la ville (novembre 1533). « Il a tellement varié, enseignant aujourd'hui noir, demain blanc, que nu! homme de bon sens ne peut plus ajouter foi à ses paroles ni à son enseignement. Il se fait suivre d'une troupe de misérables, de gens sans aveu ; je ne connais personne, parmi ses partisans, qui soit en état de réunir deux cents florins; tous sont criblés de dettes^ » A la même date, le conseil se plaignait au Landgrave de la c<)nduite des prédicants; parleurs discours inconvenants contre h's deux sacrements et les mystères les plus sacrés de la religion, ils scandalisaient le peuple et faisaient grand tort à l'Évangile k Au commencement, Rothmann s'était servi pour la communion de petits pains ronds et de vin versé dans une grande écuelle, permettant à tous d'en prendre tour à tour; plus lard, il distribuait aux assistants des pains d'hosties (jue, pour mieux faire comprendre sa doctrine^ il partageait quelquefois en deux et jetait à terre, en disant : «Voyez! cherchez ici de la chair et du sang! Si ce pain était Dieu, ne saurait-il pas bien aller se poser de lui-même sur l'aulclG ? ); Le Langrave envoya deux prédicants, Lenning et Fabricius, pour évangéliser Munster, et comme l'évéque protestait contre cette intervention, Philippe prétendit qu'il se sentait obligé d'obéir

' Pour plus de détail-, \ov. Cornelius, t. I, p. 12o-213.

- COH.NELIUS, I. 11, p. ICO. — K.\MPFSCHCLTE, p. lU^.

^ Cor >elius, t. 11, p. 143.

* CoH.NKLlUS.t. 11, p.37U.

* CoR.NKLlUS, t. 11, p. 361.

« DoKPius, Wahrha/fti^e Historie, w'e das Evangelium zu Münster angefan-

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à sa conscience; il voulait bien, disait-il, que chacun conservât sa religion, pourvu qu'obéissance fût montrée à l'autorité^. L'un des deux prédicants hessois fut un jour traîné hors de sa chaire par les partisans de Rothraann.

Pendant ce temps, des émeutes éclataient simultanément dans plusieurs villes de l'évôché. A Warendorf, Alen et Beckum, les églises furent assaillies (l«"" juin 1533), les images, les tabernacles brisés, de précieux joyaux et toute l'orfèvrerie d'église, pillés!^.

A Munster, le parti radical, politique et religieux tout ensemble, prit la haute main et persécuta violemment les Catholiques, malgré la résistance du parti modéré.

« Le nombre des apostats de Munster, » écrit Kerssenbroick, l'historien des Anabaptistes, (( fut surtout grossi par des gens qui avaient ^dissipé leur patrimoine, et n'avaient jamais pu se suffire par leur travail. Paresseux et oisifs depuis leur enfance, vivant d'emprunt, fatigués de manquer de tout, ils attendaient impatiemment le moment du pillage. Ils en voulaient plus au clergé qu'à la religion, avides qu'ils étaient d'établir la communauté de biens. Après que l'émeute eut quelque temps frayé avec ce vil rebut (le la populace, elle produisit un effioyable enfant qui, nourri du lait de l'impudeur, grandit rapidement, et devint enfin un monstre horrible et maudit, l'Anabaptisme. »

Jusqu'en 1532, Rothmann avait été l'ennemi déclaré des doctrines anabaptistes ; mais pendant l'été de cette même année, de nombreux partisans de Melchior Hofmann étant venus de Hollande et do Frise à Munster, il se rapprocha d'eux, et bientôt après entra dans la secte. Il ne tarda pas à devenir l'apùtre ardent de Jean Mathys, boulanger d'Harlem. Ce nouveau « prophète » se donnait pour l'Enoch promis aux temps nouveaux et, se fondant sur de prétendues révélations, faisait prêcher sa doctrine par ses « apùti'es )). Le temps do la persécution des saints était passé, le moment de la moisson était venu. Dieu allait prendre en main la défense de son peuple, le délivrer et lui donner la victoire sur tous ses ennemis. Mais, pour protéger aussi bien cpie pour exterminer les impies, l'emploi de la force était nécessaiic. Gouvernés par le Christ, les élus mèneraient une vie toute céleste, les biens seraient communs, et il n'y aurait plus ni lois, ni autorité, ni mariage.

' LeUre du 21 dccenibrc looi?, vo^ca Cokneliuï, t. II, p. ü7j. » CüK.NELIUS, t. U, p. 18'J-1V7.

A Munster, ces nouveaux apôtres, parmi lesquels l'éloquent et hardi Jean de Leyde^, ancien tailleur, se faisait surtout remarquer, recrutèrent tant de partisans dans les classes pauvres comme chez les gens cultivés, qu'en l'espace de peu de mois «. ils considéraient déjà la ville comme leur appartenant » , et demandaient à leur prophète d'Amsterdam de venir les joindre pour assister avec eux au triomphe des saints. Jean Mathys arriva donc à Munster. Les Melchioristes des Pays-Bas savaient par révélation que le Seigneur avait rejeté Strasbourg à cause de son incrédulité, et qu'à sa place Munster était destinée à devenir la nouvelle Jérusalem 2.

Le 23 février lo32, Knipperdolling, qui avait joué un rôle important dans tout ce mouvement révolutionnaire, et son fervent disciple Kippenbroick, furent élus bourgmestres. Munster appartint dès lors aux nouveaux prophètes. Tandis que les habitants quittaient la ville en grand nombre, une foule de nouveaux frères accouraient de Coesfeld, do Schoppingcn, de Warendorf et d'autres Heux, répondant à l'appel de Rothmann et de Knipperdolling. « Dieu, » leur avait écrit Rothmann, « vient de susciter à Munster un saint prophète. Ce prophète annonce la parole de Dieu avec une incomparable force, avec une onction toute divine, sans nul mélange de sagesse humaine. Si les frères ont leur salut à cœur, qu'ils s'empressent de venir à nous avec leurs femmes et leurs enfants, afin d'aider, dans la sainte Sion, à l'établissement du nouveau temple de Salomon et du véritable culte. » (( Venez, » avaient écrit les « convertis » à leurs parents et amis éloignés, « car ici tous vos désirs seront satisfaits. Les plus pauvres dentre nous, autrefois méprisés comme des mendiants, vont maintenant aussi richement vêtus que les plus hauts et les plus puissants personnages de chez vous ou de chez nous. Oui, parla grâce de Dieu^ les pauvres sont devenus aussi riches que des bourgmestres, et même que les plus huppés de la ville ^. » « A cet appel, » écrit Gresbeck, « Hollandais, Frisons, vauriens do tous pays, tous ceux, en un mot, qui ne pouvaient demeurer nulle part, accoururent enfouie. «

Dès le lendemain do l'élection des nouveaux bourgmestres, le pillage commence; les églises et les couvents deviennent le théâtre d'horribles profanations. L'horloge de la cathédrale, admirable chefd'œuvre, est mise en pièces à coup de hache et de marteau ; des tableaux précieux, de magnififjues vitraux sont détruits ; les saintes espèces, jetées sur le sol, sont foulées aux pieds ^. Quan-

' Son vrai nom était Beuckelszoon.

-Cornelius, t. II. p. 2"28-239.

^Keller, p. 147-li8, 152.

* On lit dans un libelle du temps : <* Le tableau du Fière Franz de Sudfeld, qui

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