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LES ANABAPTISTES EN WESTPHALIE ET DANS LES PAYS-BAS

raisonner, laissez à Dieu sa toute-puissance et n'empiétez point sur ses droits. Quant au baptême des enfants, jamais Dieu ne l'a défendu. » Les doctrines des Anabaptistes sur la communauté de biens et la polygamie étaient choses révoltantes. Et à ce sujet le Landgrave se servait d'arguments qu'on devait lui opposer à lui-même peu de temps après : « Nous ne pouvons vous louer de prendre plusieurs femmes; nous sommes obligés de vous dire que vous vivez dans le pécbé et causez du scandale, car nulle part nous ne voyons que les Apôtres aient autorisé la polygamie. Au contraire^ Saint Paul a dit : « Que tout homme prenne une femme. » Si vous vous appuyez sur ce texte : a Croissez et multipliez, » respectez premièrement l'ordre que Dieu a établi, c'est-à-dire un seul mari, une seule femme. Ne fût-ce que par respect pour l'Évangile, abandonnez une doctrine si grossière; eussiez-vous raison, ce qui n'est pas, respectez l'Évangile, car chacun voit assez combien il souffre de vos scandales. » L'élection du roi de Munster était illégale et ne pouvait être l'œuvre de l'Esprit-Saint : « Il fallait d abord nous dire sur quel texte de l'Écriture vous vous fondiez et témoigner par des miracles suffisamment établis la légitimité de vos actes *. »

La « Restitution », depuis le commencement d'octobre, avait été répandue à profusion de tous côtés. On espérait attirer à la nouvelle Sion une foule de frères qui, du dehors, aideraient les assiégés, pour aller avec eux, après la victoire, étendre au loin le royaume de Dieu. Rothmann séduisait le peuple ou lui persuadait que tout ce qui avait servi à l'égoïsme, à la propriété privée, reviendrait un jour de droit, par la seule force de la charité, aux Anabaptistes : « Dieu veut l'abolition de la propriété, elle est abominable à ses yeux; aussi aimerions-nous mieux mourir que d'y retourner jamais, car nous savons qu'on plaît au Seigneur par le sacrifice de ses biens. » Dieu, par d'éclatants miracles, était venu en aide aux frères, il avait vengé l'honneur de son nom, et son intervention faisait bien voir qu'il était permis aux Chrétiens de se servir du glaive contre les pouvoirs impies -.

De tous côtés accouraient de nouveaux frères prêts à soutenir la révolution.

Tant que subsista le royaume de Munster, les communautés anal)aptistcs se multiplièrent dans tous les pays environnants, à Coesfeld, Warendorf, Osnabrück, Ihuiuii et d;mslout lecomtéde LaMark. A Hamm (avril lo32), un anabaptiste s'écria un jour au milieu d'un cimetière : « Si l'évêfjue, la prêlraille de son chapitre et tous ceux

' Voy. BcciioLTz, t. V, p. 597-G03. — Rommei., t. I, p. 388 et suiv. 3 Keller, p. l'itM.'lO.

l'évangile DAXS L'ALLEMAGNE DU NORD. 1535. 343

qui les soutiennent ont résolu la perte de la noble cité de Munster, Hamm, d'autres cités avec elle et tous les paysans de l'évêché de Munster et du comté de La Mark se lèveront en masse pour chasser le vampire! Nous regorgerons, lui et les siens, afin qu'il ne soit plus jamais parlé de ces sortes de gens ^ ! »

« Dans presque toutes les villes et villages du Bas-Rhin, le nombre des Anabaptistes séditieux était considérable. » A Cologne, l'influent démagogue Gérard Westerburg, le même qui avait joué un si grand rôle pendant la révolution sociale de 1525, était à leur tête. L'archevêque redoutait un soulèvement populaire. Westerburg était également très influent dans les environs, surtout à Mors; un de ses disciples prêchait entre Königswinter et Beuel. A Essen, les Anabaptistes étaient deux cents ; à Aix-la-Ghapelie, ils s'étaient afhliés à ceux de Liège et de Maëstricht '^. Des émissaires envoyés par Cologne, Aix-la-Chapelle, Wesel, parvenaient à s'introduire secrètement à Munster, rassuraient les frères, et leur persuadaient que les souverains de France et d'Angleterre s'apprêtaient à venir à leur secours ^. Jean de Leyde fondait sur Wesel une particulière espérance *, car les Anabaptistes de cette ville comptaient dans leurs rangs des bourgeois considérés et influents, et même des membres du conseil. Ils se préparaient à la lutte, et voulaient, en toutes choses, marcher sur les traces de leurs frères de Munster •».

Mais c'était surtout au nord des Pays-Bas que les frères étaient nombreux. En Hollande, en Frise, dans l'Over-Ysscl et le Brabant, les plus grandes villes étaient des foyers d'anabaptisme. A peine eût-on pu trouver dans ces contrées, surtout en Hollande, écrivait d'Anvers Érasme Schétus le 6 février 1535, une bourgade, une ville où ne couvât sous la cendre le feu de la sédition. «: Comme les Anabaptistes prêchent la communauté de biens, » dit-il, « ils ■attirent à eux tous les dépossédés ^. » Amsterdam devait être la seconde capitale des enfants de Dieu; là flotterait bientôt « la bannière de la justice », c'est-à-dire l'étendard de la révolte. En novembre 1534, la ville courut grand danger de tomber au pouvoir des Anabaptistes '.

' Cornelius, Münslerische GeschlchlsquelLen, t. II, p, 227.

*Voy. Kellek, p. 133 et suiv.

^ Cornelius, Munsterische Geschichtsguellen, t. Il, p. 293.

* Voy. BüCHOLTZ, Urkundenhand, p 36iJ.

•' Keller, p. lo7-lS8. La très curieuse liste des Anabaptistes, dressée à München. Gladbach et dans les environs, prouve combien la secte était florissante dans le Bas-Rhin, même à une époque postérieure. On y trouve les noms et professions de 131 personnes. Communiqué par Ferber, dans la feuille hebdomadaire du «Nieder rheitin, 1878. n"^ 13-19.

^ Cornelius, Münsterische Geschichtsquellen, t. II, p. 315.

' Cornelius, Niederländische Wiedertäufer, p. 11-12, 16. —A Amsterdam, des

34i L EVANGILE A LÜBECK.

Entre les « saints » de Munster et ceux de Wesfplmlie, du Bas- Rhin, (les Pays-Bas, d'activés communications s'étaiimt établies. Dès lo3i, les frères dos Pays-Bis tentèrent d'aller au secours de Munster. Des environs d'Amsterdam pirtircnt un jour trente vaisseaux de guerre bien éffuipi^s. Dans le duché do Gièves et ailleurs, les Anabaptistes se groupaient, s'organisaient. Heureusement tous leurs complots furent déjoués.

« En loS'i et lo'îo, on eiît dit qu'un mot d'ordre eût été donné aux populations de la Westphalie, des pays rhénans, de la Hollande et de tout le nord de l'AUemigne. Un soulèvement gé néral semblait imminent; le massacre, la proscription du clergé, de la noblesse, de tous ceux qui possédaient, paraissait inévitable, ainsi que, le renversement de toute discipline chrétienne et le partage des biens. Les attroupements populaires semblaient encore plus etfrayants qu'au temps de la révolte des paysans; comme alors tous les .vols, crimes et pillages passaient pour la manifestation du zèle le plus pur. »

A Brème, lors de l'établissement delà nouvelle doctrine, la populace avait contraint une première foislesconscillers et lesprédicants à quitter la ville, et ce n'avait été qu'après une lutte sanglante que la paix avait pu être rétablie, au moins extérieurement. Mais la révolte fermentait au-dedans. En 1534, le conseil édicta des peines sévères contre tous ceux qui oseraient répandre« le poison anabaptiste et propager les écrits et livres séditieux venus de Munster et autres lieux infectés d'hérésie. » Même état do choses à Lunébourg, Brunswick et Rostock. Wismir menaçait de d'îvenir un second Munster. Mais nulle part le péril ne fut plus grave qu a Lübeck, à dater du jour oli le parti révolutionnaire eut réuni tout le pouvoir entre ses mains .

Le2't mai lo3't, on apprenait au camp de Munster que fort probablement Lübeck allait embrassm- les doctrines anabaptistes *.

Jus(}u'en L'r2î), le conseil dcLubci^k avait été l'un des plus terms s()utiens de la foi catholique dans l'Allemagne du Nord. Mais la levée

Anabaptistes, hommes et femmes, couraient tout nus ilans les nies, criant « qu'ils (•taient envoyés de Oiou pour annoncer aux simples la vérité toute nue ». « ("est chose élran;^e, » écrivait d'Amsterdam, en février l.'):5;i, un ,çenlilliomme attaché ;i la cour de Hollande, << de voir ces gens tout nus faire des bonds de sauvages. Il est fort à craindre que la plupart ne soient possédés du démon ; bien qu'ils s'expriment en bon langage et semblent avoir leur bon sens , ils disent des choses extravaga ries, et inouïes, qu'il serait trop long de ra|)parler. » (^onxiîi.ius, p. 19-21. ' • Auf'zeichnunfjen , voy. plus haut, p. l'.i, note I.

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