‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 125 sur 572 · COMPLOTS ANABAPTISTES · texte numérisé non relu

COMPLOTS ANABAPTISTES

prêter, contre de sûres garanties, vingt mille florins aux délégués de Lübeck. Depuis lors, il avait coutume d'appeler Wullcnweber sonvassal et son serviteur*.

A Lübeck, des levées considérables s'effectuaient, les vaisseaux de guerre étaient mis en état. Les villes wendes, qu'Oldendorp avait excitées à abolir leurs anciennesconstitutions, faisaientalliance avec les bourgeois de Lübeck, offraient des galères et des hommes d'armes ; toutes s'engageaient à protéger la parole de Dieu, à empêcher la propagation de toute fausse doctrine, et à faire servir les biens et revenus des paroisses aux intérêts des communes. Tous les éléments révolutionnaires de l'Allemagne du Nord s'agitaient en faveur du parti qui dominait à Lübeck. Peu de temps auparavant, revenant de la diète d'Augsbourg, le duc Ernest de Lunébourg s'était applaudi de voir qu'à Lübeck et aux environs on se souciât fort peu de plaire ou de déplaire à l'Empereur. « En ce moment, » avait-il écrit, « la parole de Dieu est prêchée et propagée dans tout ce pays avec plus d'ardeur que jamais 2. » Maintenant il appréciait tout différemment le zèle qu'il avait d'abord loué. « Les villes lèvent la tête, elles prennent exemple sur Lübeck, elles veulent en imposer à leurs gouvernants, » écrivait-il à l'Électeur de Saxe ; « si Votre Grâce savait avec quelle insolence nous traitent nos sujets de Lunébourg et ce que mon frère et moi avons à supporter d'eux, je suis très certain que Votre Grâce aurait pour nous la plus affectueuse compassion. « L'esprit des villes de ce pays, » mandaient les délégués de Sa.\e à leur maître, « est presque tout entier renfermé dans cet axiome : Au moyen du seigneur Omnes (le peuple) nous voulons devenir les princes et les maîtres. En Danemark et ailleurs s'ourdissent toutes sortes de complots contre les autorités et contre la noblesse; un soulèvement général est à craindre. » On avait peur qu'excités en sous main par Lübeck les paysans du littoral ne levassent l'étendard de la révolte ^. Au rapport de Marc Meyer, ou ne parlait de rien moins en Danemark et dans le Holstein « que du massacre général de tous les nobles ». Les bourgeois seraient tous égaux, les pouvoirs seraient abolis, voilà, de l'aveu de Wullenvvebcr,

ia (in de 1533, François I" chercha à se rapprocher du bourgmestre WuIIenweber, el lui fit dire que, si la ville se mettait sous sa protection pour vingt ou trente ans, il la soutiendrait de son argent, et avec ses troupes et vaisseaux. Waitz, t. II, p. 6-7.

Waitz, t. II, p. 112-113, 319-323. — Schlözer, p. 193 et suiv.

3 Lettre à l'Electeur Jean de Saxe, 17 cet. 1530. — Ranke, t. III, p. 278, note 2.

" Waitz, t. II, p. 256-2ü7.

3iS progrèsdel'a.xabaptisme. 1535.

quelles ét;iient les secrètes espérances de Lübeck, de Copenhague et d'Elnbogen '.

En mai 153't,au moment où Philippe de liesse marchait sur le Wurtemberg pour y rétablir Ulrich et pour « étendre le règne de l'Évangile », Lübeck déclarait la guerre au Danemark et au du c Christian de Holstein, leprétendant à la couronne. En Dancmarck aussi, il fallait combattre pour l'Évangile, mais non d'après les vues des princes de la maison régnante. Tandis que le duc et la noblesse entendaient garder pour eux seuls les biens du clergé, Wullenweber, lui, voulait, après avoir confisqué les propriétés ecclésiastiques , placer levcche sous l'autoritéde Lübeck, et parce moyen s'attribuer des droits féodaux, sur le Holstein. L'armée de Lübeck y entra en triomphe, pillant et dévastant sur son passage châteaux et couvents. En Danemark, dès l'arrivée de la tlotte, la révolte popu laire, de longue main préparée, éclata. Le 16 juillet, Copenhague ouvrit ses portes « et, de par la toute-puissance populaire », les îles du Danemark tombèrent au pouvoir de Lübeck. En même temps, à Schoonen, l'émeute prenait la haute main, et les paysans du Jtilland, se soulevant à leur tour, l'emportaient sur l'aristocratie.

Ainsi les plans du triumvirat de Lübeck pour la complète transformation politique et sociale du nord de l'Allemagne semblaient triompher, et ceite révolution s'effectuait tout entière au profit de l'Anabaptisme.

WuUenw^eber avait été gagné à la secte, mais il n'était pas à la tête du mouvement; à en croire son témoignage souvent répété, le docteur Oldcndorp était le véritable inspirateur, le chef suprême des Anabaptistes. « On s'était proposé, » écrit-il, « de faire triompher l'Anabaptisme, d'abord à Lübeck, puis à Hambourg, à Brème et dans toutes les villes avoisinantes. Ensuite on se serait uni, cl nous serions devenus très puissants. » Wullenweber entretenait d'étroites relations avec ses coreligionnaires les plus influants des villes avoisinantes. On n'avait pas encore osé faire le dernier pas et prêcher ouvertement la communauté de biens. « Sans cette faute, » (lit-il, « cité après cité eût été gagnée-, o

Wullenweber envoya un émissaire à Munster pour s'informer exactement de l'état des choses, et pour offrir l'appui de Lübeck à la ville assiégée ^.

' Waitz, t. ir, p. 2:i7. et 1. III, p. i7fi. « Voy. Waitz, l. III, p. ii't, 102. — Kicllkr. p. 180-191.

■' Déclaration de Jean de IJhecilc, dans Coiini;mus, Miiiixterisc/ie Geschichlsquellen, t. II, p. 2ÜÜ, 2Ü1.

DÉFAITE DES ANABAPTISTES. lo35. 349

Au commencement d'octobre lo34, vingt-sept « apôtres » étaient partis de Munster pour aller annoncer à tout l'univers l'arrivée du roi de Sion qui, sous pou, allait se meltre en marche pour établir sur toute la surface de la terre le trône de sa puissance. Partoutoù ils eurent liberté d'agir, les Anabaptistes furent accueillis avec enthousiasme. A Warendorf, non seulement le peuple, mais le conseil luimême se laissa séduire, et ce ne fut qu'après une répression sanglante que l'évèque parvint à empêcher les habitants révoltés de suivre de point en point l'exemple de Munster. Ailleurs, dés leur arrivée, les « apôtres » furent jetés en prison.

Cet appel direct à la révolution ayant échoué, les Anabaptistes résolurent d'agir avec plus de mystère, et mirent un zèle encore plus ardent à leur propagande occulte. En décembre. Rothmann écrivit un libelle incendiaire qu'il intitula : De la vengeance.

I La vengeance aura son accomplissement, »écrivait-il; « les puissants du jour ne l'éprouveront que trop et, quand elle sera consommée, un nouveau ciel, une terre nouvelle apparaîtront aux regards du peuple de Dieu.

« Dieu donnera à son peuple des serres dairain et des cornes de fer. Le peuple, en guise d'épées et de lances, saisira les socs de charrue et leshoyaux.il fera choix d'un chef, son étendard sera déployé, la trompette retentira. Le Seigneur suscitera contre Babylone un peuple farouche et sans pitié, et Babylone expiera tous ses crimes passés; elle les expiera jusqu'à deux fois.

« Donc, frères bien-aimés, armez-vous pour le combat, non seulement avec les humbles armes des Apôtres, pour souffrir ; mais avec la glorieuse armure de David, pour la vengeance. Soutenus par la force d'en haut, détruisez la puissance babylonienne, la race impie. Pour celte cause sacrée, n'hésitez pas à exposer vos biens, renoncez à vos épouses, à vos enfants, à votre vie ^ »

Le 24 décembre^ des messagers porteurs de mille exemplaires de ce manifeste, et abondamment munis d'argent,, se mirent en route pour les Pays Bas, et traversèrent sans accident les lignes ennemies. D'autres les suivirent deprès; ils allaient « rassembler les frères ».Le 2 janvier lo3o, paraissaient les « Institutions et articles édictés par Dieu et le roi Jean le Juste, et relatifs à la grande expédition contre les impies >>. Tout allait être réorganisé d'après l'Écriture. « Us ne

' tvELL^.R, p. 131-132. — CoR.NELiUj, Wiedirlutidische Wiedertäufer, p. li-lo.

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