LES ALLIÉS JUSTIFIENT LEURS ATTENTATS CONTRE LES CATHOLIQUES
dci-nier ressort sur ces questions. Par conséquent, lesdits tribunaux en nous condamnant, en usant de violence, nous donnent le droit de nous défendre et de cliercher à nous mettre à l'abri. La haute intelligence de l'Empereur peut aisément comprendre les désordres auxquels donneraient lieu les arrêts du souverain tribunal. Quant à nous, nous restons en paix. L'Empereur serait donc bien inspiré en arrêtant une fois pour joutes les poursuites de ce genre, et cela dans l'intérêt de la concorde, et pour que, des deux côtés^ on puisse vivre dans une pleine sécurité. »
Néanmoins le vice-chancelier persistait à douter qu'il fût dans l'intérêt de la tranquillité et de la concorde de s'emparer arbitrairement de la propriété d'autrui. « Pour ma part, » disait-il, « jene puis admettre qu'il soit permis de dépouiller quelqu'un de ses biens en employant la force; un tel procédé blesse toute notion de justice, et je le condamne, de quelque parti qu'il émane. C'est pour empêcher de semblables attentats et spoliations que l'Empereur a signé le recezde Nuremberg et que la paix religieuse a été proclamée dans tout l'Empire; chacun doit s'y tenir attaché, et ne songer qu'à l'observer.» « Selon mon appréciation personnelle, »ajoutait-il, «les affaires religieuses en litige seraient accommodées avec bien moins de peine et de difficulté, plus amiablement et pacifiquement, si l'on n'avait l'audace d^ s'approprier avec tant d'avidité le bien qui appartient à autrui, et si l'on s'abstenait de tout acte de violence. Quant aux nouveaux membres de la Ligue, l'Empereur ignorait jusqu'à leurs noms. La liste devait lui en être remise, les règlements de la Ligue lui être soumis. Alors il verrait ce qu'il avait à faire, mais jusqu'à sa réponse les Alliés devaient se conformer au recez de Nuremberg. Dans les affaires douteuses regardées par les Protestants comme religieuses et par les Catholiques comme civiles, la Chambre hupériale déciderait après enquête suffisante.
Mais toujours plus hardis, toujours plus violents, les Protestants répondirent qu'il leur était impossible d'admettre l'autorité de la Chambre Impériale, parce que ses membres étaient « pour la plus grande partie papistes, et s'étaient engagés par serment à rendre la justice aussi bien d'après le droit canon que d'après le droit civil ». Or ils ne reconnaissaient plus le droit canon. « Lorsque nous retenons aux moines, aux prêtres qui persistent dans leur obstination, leurs nnenus, leurs redevances ou bénéfices, nous sommes absolument dans notre droite car ces biens ne leur ont été donnés que pour le maintien de la vraie religion ; or, les moines et prêtres s'enlêleiit à repousser un culte reconnu pour seul véritable, orthodoxe et chrétien. »
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Us ne pouvaient d'aucune manière accorder'aux Catholiques, dans leurs possessions, la tolérance qu'ils réclamaient ; « car, » disaientils, « si, après avoir établi dans nos états le vrai culte, nous pouvions souffrir que les prêtres et les moines continuassent à célébrer leurs messes privées et à maintenir leurs abus, nous aurions la responsabilité de tous les scandales et blasphèmes qui se commettraient^ au grand préjudice de nos âmes et de notre conscience. Ce serait là véritablement renier la vérité divine, et nous ne pouvons tolérer chez nous de telles abominations; car on ne renie pas seulement le Christ par les lèvres, on le renonce encore en tolérant une religion fausse, comme le reconnaît le droit canon lui-même. »
Quand il s'agissait de justifier leur tyrannie sans exemple, les Protestants ne se faisaient point scrupule d'invoquer le droit canon.
« Lors donc, » continuaient-ils, « que des séducteurs impies refusent d'embrasser la vraie foi et prétendent détenir le bien de l'Église, ils sont visiblement dans leur tort, et la cupidité seule les inspire. Qu'ils cessent de réclamer ces biens en disant qu'ils en ont joui autrefois, car ils n'ont aucun droit de détenir ce qui ne leur appartient plus. »
« De ces vérités il ressort que comme nous ne pouvons ni ne devons souffrir leur culte impie à côté de la véritable religion sans blesser nos âmes et notre conscience, et parce que nous savons que ce (|ui est fait contre la conscience entraîne avec soi la réprobation éternelle, tous ceux qui voudront réfléchir sur cette question, avec impartialité, seront obligés de reconnaître que la race cupide n'a point le droit de se plaindre et de réclamer restitution, comme s'il n'y avait dans cette affaire qu'une question d'intérêt temporel. Le clergé ne peut invoquer ici l'ancienneté de la propriété ; car les droits de la vérité divine s'imposent d'eux-mêmes : usage, tradition , prescription , tout s'efface devant elle. D'où chacun peut conclure que notre manière d'agir, quant à ces biens, non seulement ne blesse eu rien la Paix Publique, les lois du Saint-Empire ou le droit commun, mais encore est strictement chrétienne, honorable, équitable, fondée sur l Évangile et sur la sainteÉcriture et doit, avec la grâce de Dieu, prévaloir et subsister toujours. Si donc la Chambre Impériale persiste à vouloir décider dans des questions que nous tenons pour religieuses et continue à rendre ses iniques arrêts, nous ne pourrons, par raison de conscience, lui obéir, car nous sommes très certains d'avoir pour nous la vérité divine, et l'intérêt de la foi ne nous permet pas de faire la moindre concession. Et si, à cause de celte résolution, quelqu'un voulait nous persécuter, employer vis-à-vis de nous des