COMMENT LE PROTESTANTISME FUT ÉTABLI A AUGSBOURG
ment répanda, ils en étaient seuls responsables. D'ailleurs le conseil ne forçait personne à adopter « la loi chrétienne ;) ; celui qui ne lui était point ami avait toute liberté de s'expatrier, et ne serait pas pour cela privé de ses biens; mais tout citoyen désireux do rester à Augsbourg devait tenir la « réformation » pour légale et juste, car la ville ne pouvait réchauffer un serpent dans son sein ; le droit naturel et le droit écrit le lui défendaient également. Leconseil n'avait en vue que la gloire de Dieu et la concorde générale. Aussi l'Empereur et roi, les membres du Saint-Empire et tous les pieux, chrétiens devaient-ils approuver ses actes et refuser toute confiance à ses adversaires.
Les accusations du conseil furent sigulièrcment amères à l'évêque Christophe de Stadion, qui pendant de longues années s'était montré tolérant pour les nouvelles doctrines. Connu pour ses opinions érasmiennes, il appartenait au parti modéré ^
Les troubles religieux, le mépris où était tombé tout ce qui jadisavait été l'objet du respect populaire, avaient eu pour résultat, à Ausgbourg comme partout ailleurs, une effroyable corruption des mœurs. Le conseil avait été obligé d'édicter un « règlement de police » très rigoureux, contre des vices devenus trop communs : le blasphème, les imprécations, les parjures, la débauche, l'adultère, le viol, le meurtre, la banqueroute frauduleuse. Mais au milieu de tant de crimes, la résistance à « l'Église chrétienne d'Augsbourg », le dévouement à l'Église catholique étaient considérés par lui comme le plus exécrable des forfaits. « Tout homme assez infâme, » disait le nouveau règlement , .) pour mépriser l'Évangile du Christ et h forme de culte établie, tout individu qui ose les renier, les désapprouver, écrire contre eux, s'en écarter ou chercher à faire revivre les scandaleux abus abolis, sera châtié dans son corps, sa vie, son honneur ou ses biens, dans la mesure de son délit 2. »
Le conseil s'empara par la violence de la cathédrale, des églises, des couvents, des collégiales ; il ordonna la destruction des autels et des tableaux. « Les prêtres, les moines et les religieux, » dit Sehi'utlin de Burlenbach, dans ses Mémoires, « ont été expulsés le jour de la Chandeleur (1537), et tous les autels et figures
' Voy. les lettres de l'évcque à Erasn.e, et l'introduclion à ces lettres (p. 392- 31)7), publiées par A. IIouawitz, dans les comptes rendus des séances de l'Académie impf;riale des sciences, »lasse de [jhdosophie et d'histoire iVienne, 1878), t. XC, p. 440 et suiv. L'évéque avait prévu depuis longtemps le sort qui l'attendait. Le 4 avril 1533, il écrivait à Erasme : « Timendum est, ne expcliaiit missam et imagines una cum toto clero »
' Ains erhera liais der Sladl Aiujspurg Zuchl und Policcij-Ord/iuiig, 1537, 16 bl in-4o.