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PROTESTATION DE L EVEQUE D AUGSBOURG ET DE SON CHAPITRE. 3G

de pierre ou de bois ont été enlevés. En cette circonstance, et pour éviter tout désordre, j'ai eu sous mes ordres deux cents lansquenets 1. ï

Le conseil avait évidemment craint la résistance à main armée de la bourgeoisie.

Dans un mémoire écrit avec mesure et dignité, l'évêque et son chapitre exposèrent à l'Empereur et aux États les faits qui venaient de se passer. Ils rappelaient que le conseil, lors de la Diète d'Augsbourg, s'était formellement engagé vis-à-vis de l'Empereur à ne contraindre personne à changer de religion et à laisser chacun libre de professer sa foi. Contrairement à cette promesse et à la paix de Nuremberg, qui interdisait toute innovation en matière religieuse le conseil avait aboli le culte catholique, il s'était emparé des églises et les avait dépouillées. « Les tableaux, qu'il eût fallu respecter rien que par égard pour leur antiquité et pour l'amour de l'art, » avaient été en grande partie détruits ou détériorés. D'autres pieux souvenirs du passé, épitaphes, mausolées de nobles et de roturiers, respectés alors que tous les chrétiens n'avaient qu'une même croyance, avaient été renversés, profanésou emportés. Pour justilier de semblables attentats, le conseil accusait les prêtres d'idolâtrie. Or

1 Lebensbeschreibinig, p. 45-46. En 1539, le prédicant Ambroise Blarer demandait au conseil une loi de proscription, et le pressait d'établir la réforme dans la cité et dans tout son territoire. Le conseil avait nettement repoussé sa requête, disant qu'une telle mesure pourrait causer à Augsbouigde graves désordres, qu'un bourgeois, pour un mince grief, pourrait en faire expulser un autre; que les riches surtout auraient à soutïrir, car, pour s'emparer de leurs biens, les pauvres les forceraient à s'expatrier, de sorte qu'Augsbourg couirail grand risque de devenir un second Munster. La « réforme » des villages voisins exciterait la haine, les ressentiments, parce que la noblesse en serait indignée, et les prédicants envoyés pour évangéliser les c>.mpagnes pourraient fort bien être ri.assacrés ou pendus. Voy. Keim, A. Blarer, p. 101. — « Nos conseils de ville, » écrit Blarer le 18 nov. 1541 à Bucer, <i ne font que ce qui leur plaît; leur bon plai-ir fait loi; nous n'avons pointde discipline, nulledirection. » «Tout ce qui estdinstitution humaine, » écrit-il le 20 nov. à Bullinger, « menace de s'effondrer. Nulle part on n'aperçoitla moindre petite lueur d'espoir. » Kelm, p. 109. 114-115. Jérôme Sailer, médecin prolestant d'Augsbourg. attribuait tout le mal aux prédicants, « qui nulle part ne pouvaient s'entendre ». 11 écrit le 18 janv. 1540 à Philippe de Hesse : « Bien que les Zvvingliens et les Luthériens aient quelque peu renoncé à leurs amères ré-riminations, les haines sont toujours ^ivaces; les uns et les autres veulent dominer, onne voit que ruses, impostures, scandales. On est surtout choqué de voir nos prédicants se mêler d'intérêts temporels, établir et abolir le gouvernement des grandes villes, s'occuper de contrats de mariage ou de testaments. On a voulu réduire le culte au prêche. Après le prêche, les prédicants sont priés à dîner chez les grands seigneurs, ils sont fort bons convives et propagent les dissensions et les querelles parmi leurs hôtes. A Augsbourg, l'amour de nos prédicants pour la bonne chère fait le plus grand tort à l'Evangile. Par les bons repas, les riches se les attachent, et piesque chaque famille prend parti pour tel ou tel. Dans les églises, ni discipline ni ordre. En somme les prédicants gouvernent le peuple, et l'autorité légitime ne peut contrel-'alancer leur influence ». Lenz, Briefwechsel p. 4ül-io2.

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ce reproche était dénué de sens : « Jamais nous n'avons adoré ni les cliers saints ni les images qui les représentent; jamais nous n'avons enseigné au peuple à le faire. Et qui donc serait assez insensé pour adorer réellement les images des saints, comme si elles avaient par elles-mêmes le pouvoir de dispenser des grâces?Quel homme de bon sens pourrait attendre quelque soulagement à ses infirmités corporelles, pour ne point parler de grâces ou de faveurs surnaturelles, en se prosternant devant des images de pierre ou de bois? Mais nous tenons avec toute l'Église chrétienne qu'il n'est ni repréhensible ni scandaleux d'honorer les images des saints, parce qu'elles nous remettent en mémoire les exemples qu'ils nous ont légués. Aussi nous ne pouvons nous empêcher de blâmer la conduite des bourgeois d'Augsbourg, qui ont fait enlever de la fontaine de la ville la statue du saint évèque Ulrich, depuis si longtemps l'ornement de la place de Berlech, pour placer en son lieu et place la statue d'un dieu payen. »

« Pour avoir refusé d'aspotasier l'antique foi, nous nous sommes vus forcés, évêque, doyen, chanoines, chapitre et clergé, en l'espace de huit jours et au plus gros de l'hiver, d'abandonner notre cathédrale, les collégiales, maisons et châteaux à nous appartenant, et de fuir Augsbourg. »

(( Ceux de la nouvelle Gonlcssion soutiennent qu'en matière de foi ils ne sont pas obligés d'obéir aux autorités suprêmes, à l'Empereur et au roi, comme on leur en a si souvent fait un devoir, et cependant ils exigent des bourgeois une soumission absolue et vont jusqu'à vouloir l'imposer à l'évêque, qui est prince spirituel, et membre du Saint -Empire. Lorsque le conseil affirme avoir introduit les nouveautés religieuses du consentement des citoyens, il ne dit pas la vérité, car jamais il n'a demandé l'avis des corporations, et c'est là, pourtant, oij réside la véritable commune; ils n'ont fait appel, dans chaque corporation, qu'à une douzaine dliomnies, appartenant pour la plupart à leur secte; avec eux, et en dehors du reste de la commune, ils ont délibéré, puis ils ont voté CCS lois iniques. Douze hommes représentent-ils la majorité dans une corporation composée de six, sept ou huit cents membres? Je laisse à tout esprit impartial le soin de me répondre. »

Lorsque le conseil rendait l'évêque el son chapitre responsables des calamités publiques, ce reproche était sans aucun fondement. Jamais ils n'avaient prali(]ué l'usure, ou tout autre trafic déshonnête. La vérité, c'est que leurs prédécesseurs, évéques, et prêtres, avaient élevé pour leurs frères l'hôpital d'Ausbourg et que, grâce aux dons pieux, aux aumônes recueillies, ils l'avaient mis en état

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d'assurer des secours à des milliers de misérables. Tous les ans, l'évêque, à prix modique, avait cédé aux bourgeois ses céréales ; il avait toujours exactement payé ses ouvriers , dépensant à Augsbourg le revenu, non seulement de son évêché, mais encore de ses propriétés du dehors; ainsi il avait largement contribué au bienêtre des bourgeois, sans jamais les inquiéter en quoi que ce soit. La population d'Augsbourg pouvait sous ce rapport lui rendre justice.

Tout aussi dénuée de fondement était l'accusation portée contre J'évèque et son chapitre d'avoir, en chaire, excité le peuple à la sédition, et d'avoir « outragé la parole de Dieu ».

« Quels sont les auteurs des révoltes, des séditions qui depuis quelques années désolent notre ville ? Chacun le sait, et cela est si évident, si manifeste que nous n'éprouvons pas le besoin de nous justifier. Personne n'ignore que les citoyens d'Augsbourg, du temps où ils recevaient notre enseignement, étaient pacifiques, unis entre eux, amis de la sainte parole. Mais depuis qu'on a permis à des gens ignorants, et surtout à un certain valet dont tous savent le nom, de prêcher publiquement et en secret, les émeutes, la discorde, les ressentiments , les méfiances ont commencé. Un carme apostat a soulevé le peuple. Il n'y a pas longtemps, sur la place publique, on a pu voir des prédicants annoncer la parole de Dieu revêtus de cuirasses, armés de longues piques ou d'arquebuses ^ . »

Les Alliés de Smalkalde furent informés des événements d'Augsbourg par Held, qui fit sentir aux Protestants combien la conduite du conseil était repréhensible.Sans même attendre les instructions que l'Empereur avait promis de donner relativement aux affaires de religion, il avait pris l'initiative au mépris des ordres de Sa Majesté Impériale. Aussi le vice-chancelier refusa-t-il d'entendre ses explications.

« Cette affaire cause beaucoup de mécontentement aux Alliés, » écrivait Mélanchthon de Smalkalde à Juste Jonas. « Mais personne ne parle de réparer le mal -. » Bien éloignés d'une telle pensée, les Protestants répondirent au vice-chancelier « que les conseillers d'Augsbourg leur avaient donné de suffisantes explications de leur conduite, et qu'ils ne pouvaient ni les désapprouver ni

* Wahrhaffle Veraniworlurif/, etc., 1537, feuille 20, in-4.

- Corp. Reform., t. 111, p. 298. Le 2 mars 1537, .Mélanchthon éciivait à Milichius au sujet des affaires d'Augsbourg : « Augustana causa, ut metuo, eril classicum belli. Petiverunta canonicis cives, ut seuatui jurarenl aut ex urbe discederent. Ita illi discesserunt. PeU'Uur e media sapientia, vi geritur res, » Corp. Reform., t. 111, p. 296.

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rompre avec eux. Ils inscrivirent au procès-verbal leur résolution de prêter aide et secours à la ville, dans le cas où, pour cause de religion, elle se verrait exposée à quelque mesure oppressive.

Ils ne désapprouvèrent pas davantage leurs coreligionnaires dEinbeck bien qu'en cette ville« la parole divine et le saint Évangile eussent été introduits par un tel abus de pouvoir que tout homme d équité et d'honneur en eût dû pour le moins roug'r ». Les religieuses Augustines d'Einbek ayant refusé d'apostasier et de renier leurs vœux, le conseil ne trouva d'autre moyen deles réduire que de les affamer. On leur fit subir un véritable siège. Les vivi'es ne pénétrèrent dans le couvent que le jour où le premier cercueil eut été descendu le long des murs.

Hcld vit toutes ses demandes repoussées. Lorsque, selon la mission qu'il avait reçue de l'Empereur, il demanda aux Alliés de fournir des secours à l'Empire contre les Turcs, ceux-ci prétendirent qu'une affaire si grave ne pouvait être traitée que dans une assemblée générale des membres du Saint-Empire. D'ailleurs on ne pouvait voter des secours avant d'avoir été informé par une voie sûre de l'approche des ennemis. Puis ils ne pouvaient rien promettre avant d'avoir reçu satisfaction au sujet des procès intentés par la Chambre Impériale, puisque cette question n'était pas pour eux d'une moindre importance, ni moins grosse de périls, que celle de l'invasion turque : « On vajusqu'à nous menacer du ban, » direntils, (( elle ban une fois prononcé, nos vies et nos biens sont à la merci de chacun. En telle occurrence, nous nous trouverions vis-à-vis de nos adversaires dans la même situation qu'en présence des Turcs, et à la vérité plus malheureux encore, car nous redoutons plus nos ennemis du dedans que les Turcs *. »

Le recez de l'assemblée, publié le 6 mars 1537, portait que ceux d'entre les Alliés qui auraientdéjà fourni leur contingent pour l'expédition contre les Infidèles devaient au plus tôt en exiger la restitution. Lorsqu'il auraitété bien prouvé que le Turc se disposait réellement à envahir l'Allemagne, alors seulement, et dans une nouvelle assemblée, on déciderait ce que chacun aurait à faire 2,

Un articledu procès-verbal relatif aux ducs Philippe et Barnim do Poméranie prouve bien que les États delà Ligue s'attendaient à la très prochaine explosion de la guerrecivile en Allemagne. Ces princes se déclarent prêts à fournir 20,000 florins le2ü juin pour la cotisation

* HuRTLEDEu, U isac/ioi , ]). iWt-143i.

* ' Hecez deLi Diète de Smalkalde ea loo7 (mardi aprca Ocull], 6 mars. Archives de i<>ancforl, lue. ai , fol. 218-232.

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exigée à l'entrée dans la Ligue, et ajoutent que si la guerre vient à éclater avant cette date, ils enverront aussitôt la somme promise *. Le Pape et lEmpereur avaient fait demander aux Alliés quelle attitude ils comptaient prendre vis-à-vis du Concile. La réponse à cette question fut le principal objet des discussions des États de Smalkalde.

1 * Voy. la note précédente.

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