LE ROI DE FRANCE ET LE CONCILE. 1535. L
une situation difiîcile, et les pousse-t-il, sous prétexte de Concile, de conscience et de foi^ à s'armer un jour contre une Allemagne unie 1. »
Mais François préparait au légat des embarras autrement graves. Alors comme de tout temps, il était opposé au Concile. «Gomme les querelles religieuses ont été cause de l'esprit de rébellion qui s'est manifesté chez les Allemands contre l'Empereur, » écrivait un ambassadeur vénitien, « le roi de France craint que, l'unité de foi étant rétablie au moment du Concile^, l'Empereur n'en profite pour devenir en Allemagne un maître tout-puissant et obéi 2. » A Rome, François, du vivant même de Clément Vil, s'était vanté, dans ses entretiens avec le Pape, que les chefs des sectes luthériennes, l'Électeur de Saxe, le duc de Wurtemberg et autres princes prolestants, n'agissaient que sous son influence 3, disant qu'il se faisait fort de leur faire accepter un Concile conforme de tous points aux anciennes assemblées de l'Église^. Mais il tenait un tout autre langage au Landgrave : il lui répétait qu'il ne consentirait jamais au Concile tel que l'entendait le Pape , et qu'il exigerait son entière liberté ^. Tandis qu'en France, malgré les sévères avertissements de Paul III 6, il se montrait impitoyable pour les Huguenots, il se donnait vis-à-vis des membres d'Empire protestants pour leur protecteur et leur ami, se disant à moitié séduit par leurs doctrines. Par l'entremise de son ambassadeur, Guillaume du Bellay, il
1 Vergérius au secrétaire intime du Pape, Ricalcato,le 30 mai 1533, dans Laemmer, Monian.Vulic, p. 175-176.
■' « Perché cosi corne le diverse opinioni délia fede hanno fatto che li ereticipoco obbedivano a Cesare, cosi con iltentareil concilio, il quale puo unire econcordare le opinioni, terni che non unisca anco li Germani ail' obbedienzasua. » Rapport de JNlarius Giustiniani (lo3o). Voy. Albèri, sér. 1, vol. 1, p. lo9.
ä « Il rè cristianissimo avendo fatto credere a Clémente cite da lei dipendessero <juei prtncipali sif/iwrl e capi délia fazione luteraiia, il duce de Sassonia, di Virteniberge gli altri, fece che sua Santilà collocô le speranze sue in Francia, » mande Antonio Soriano de Rome (1533). Voy. Ai-bèri, sér. II, vol. 3, p. 304.
* Le Pape lui ayaut exposé ses désirs à ce sujet : « promise egli (François 1") a Sua Santità di far in questo tutle quelle parti che la sua pontificia dignità esigeva, € tutti quegli sforzi, ai quali i suoi cenni l'obligavano. » Rossi, Meynorie storiche, t. IV, p. 124.
■' Philippe de Hesse à l'Electeur de Saxe, 8 févr. lo3i, voy. Rommel, Urkiindenbuch, p. 54.
"« Omiiino iniprobat, »écrivait Jacques Sturm le 9 juillet 1533 à Mélanchthon. « illam suppliciorum crudelitatem, et de hac re dicitur misisse (literas ad regem). » On lit dans le Journal d'un boiirç/eois de Paris {io'So) : « Le Pape priaitet requérait le Roy par ses lettres, vouloir appaiser sa fureur et rigueur de justice en leur faisant grâce et pardon (aux huguenots) Parquoy... (le Roy) se modéra et manda à la cour de Parlement de non plus y procéder en telle rigueur. » IlEp.MixjARn, 1. 111 p. 311-312. Les Huguenots étaient très nombreux en France dès 1531, surtout en Normandie. Voy. Floquet, Hist. du Parlement de Normandie (5 vol. Rouen, 1840-1842), t. II, p. 224.
380 FRANÇOIS l" ET LES PROTESTANTS. 1533.
persuadait aux princes protestants, au moment même où Vergérius visitait les cours d'Allemagne, qu'ils ne devaient consentir à aucun prix à un Concile général, et que, s'il avait lieu, c'en serait fait de la cause protestante, car tout y serait décidé à la majorité des voix, la plupart des États chrétiens étant actuellement du côté du Pape et de Charles-Quint. Du Bellay était chargé de pousser à la réunion de conciles nationaux en France et en Angleterre *. Mélanchthon présumait avec raison que les Français, dans la question du concile, travaillaient dans un sens tout opposé à celui de l'Empereur, et cherchaient à brouiller les cartes pour décider Charles-Quint à prendre les armes contre les princes luthériens -.
François feignait d'être sérieusement occupé de questions théologiques. L'entretien de sa cour fastueuse et dissolue coûtait à son peuple, au rapport d'un ambassadeur vénitien, plus d'un million et demi d'écus. Il passait sa vie « eu liesse et divertissements, et fatiguait peu son esprit par la réflexion, car réfléchir l'oppressait plus quetoute autre chose du monde ^ ». Au grand scandale de ses sujets, il vivait publiquement avec sa maîtresse, Anne de Pisseleu, créée par lui duchesse d'Étampes ^. Anne protégeait et aimait les Protestants , dont plus tard elle embrassa les doctrines ■'•. Obéissant au désir de la toute-puissante favorite o, François écrivit une
» L'ambas^adeurd'Angleterre, Mont, écrivaitdeChàlonsIeoseptembre à Henri VIIl qu3 l'ambassadeur de France, Laiigius (Guillaume du Bel'ay^ lui avait dit : « Se omnibus modis, tum lilteris tum adhortutionibus, egisse apud fiermanos.acturumque. ne ullo modo in generale concilium consentiat (s/r) : quia, si concilium hoc tempore haberi contigerit perimperatorem et pontificem, actum esse decaussa Lutlieranorum, cum in concilio celebrando omnia agi soleant vocum et suffragiorum pluritate, longeque plures provinciashoc îemporeconsentire cum cesareetpontifice.» Il travaillait à la réunion de conciles nationaux en Allemagne, eu France et ea Anglelerre. Yoy. Statc-Papers, t. VII, p. 626.
ä Corp. Reform, t. II, p. 950, 952.
a Voy. le rapport de Marino Cavalli dans Albéri, t. I,p. 240. — Raumer, Briefe, t. I, p. 2G7, 268.
* Voy. la relation envoyée par Bryan à Henri VIH, 23 mars I53I, Slaie-Papers, t. Vil, p: 291.
•■' Voy. SuGENHEiM, Frankreichs Elnßusx, 1. 1. p. 93. —Sur« le libertinage » à la courde François I", voy. Capeflîue, ///s-/, de la Réforme, t. I,p. 196 et suiv. C'est surlout dans les œuvres de Clément Marot, le porte de la Cour, <iu'on apprend à connaître les mœurs de cette cour, où se voyait un si choquant mélange de prétendue dévotion et de licence. « Le roi peint le temple de Cupido, dont il compare les rites d'amour et les cérémonies galantes aux pompes de l'Kglise; il parle des messes d'amour, des Requiem de Cupido... » — Capeligue cite ce passage d'une lettre du roi ù son trésorier : < Nous mandons que des deniers de no;? espargnes vous bailliez comptant à Cccilede Viefville, dame des filles de joie suivant notre cour, la somme de o't livres tournois, que nous lui avons fait et faisons dons, tant pour elle que pour les autres femmes et filles de sa maison. » Combien, d'après les témoignages unanimes des ambassadeurs vénitiens, la cour de Charles-Ouint était dilïérente!
"...., « la petite bande de Madame d'Kstampes gouverne; Alexandre voit les femmes quand il n'a point d'affaires^ François voit les afiaires, quand il n'a plus