LES ALLIÉS CONTRE LE CONCILE
Si les Protestants le repoussaient, le légat prévoyait qu'il deviendrait bien diflicile de rétablir l'unité, et qu'il laudrait renoncer à l'espoir de travailler en commun aux réformes nécessaires, aussi bien dans l'ordre temporel que dans l'ordre spirituel *.
Mélanchthon s'effrayait, lui aussi, des irrémédiables conséquences dune scission définitive. « Je suis très allligé des malheurs que je pressens, » écrivait-il à son ami Camérarius ; « la haine religieuse menace de se perpétuer de génération en génération ; elle sera sans doute la cause d'un déplorable retour à la barbarie, de la ruine des arts et de toute civilisation. Dès maintenant, cette barbarie réjouit ceux-là mêmes qui auraient le plus de raisons pour en arrêter les progrès"-. ;)
Aussi, à Smalkalde, Mélanchthon s'efforça-t-il une fois encore de faire prévaloir ses vues modérées, et de convaincre les princes qu'il était imprudent à eux de rejeter de prime abord l'invitation du Pape. Quand il serait vrai, disait-il, qu'il n'ait pas le droit de s'en établir l'arbitre, on ne peut nier qu'il ne lui appartienne de le convoquer.
Les princes étaient d'opinion différente; or, euxseuls décidaient 3.
Ce fut Mélanchthon lui-môme qu'ils chargèrent de justifier leur al)Stention. « La douleur me consume, » écrivaitce dernier. Cependant, il se soumit, dans la pensée qu'il aggraverait encore le mal et causerait du scandale en rompant avec les chefs du parti protestant ^. Le malheureux se plaignait de son sort. « En vérité, » disait-il, « je suis né pour l'esclavage, et pour un rude esclavage! ^ »
Répondant au légat au nom des Protestants, il dit que le Pape, en appelant leur doctrine hérétique, l'avait condamnée avant même que le Concile ne fùl réuni; et que si, à leur
' l'ubii Furragines, fol. 71. Du côté catlioIiqiieJe nombreux travaux préliminaires préparèrent le Concile. — Voyez les mémoires remis au Pape par le cardinal Contarini, dans DirTiucH, Gasparo Contarini., p. 333-339. — l^our les rapports rédigés pour le Saint-Siège par l'archevêque de Vienue Jean l'^aber, voy. Hav.n.^ld, ad ado3ü, n» 37, et l'instruction papale de 1537, dans I'astou, Rcimiuiislje&trebungeny p. 481-482. i.,es Protestants ayant répandu le bruit que le Pape n'était pas sérieusement drcidé au Concile, iMélanclitlion écrivit le 0 décembre 1536 à Brenz : « Etsi enini im|)criti hoinines propler Gallici belli fa.iiam securi rident mentionem Sydoiii la men sciunt principes, mirilice incumbere in hanc curaui adversarios, ut quam priinum coëat Sylonus, quod quo consilio tautopere cupiant, vari;« sunt ojjiniones. » Corp , Hcjhrin. t. 111, |). 2U1. 2 Corp. Reform, t. 111, p. 21)3.
^ Nuremberg avait cliargé ses ambassadeurs de faire tous leurs efforts pour qu'à Smalkalde le Concile ne iùt pas rejeté. Soden, Ik'Uraijr, p. 4*4.
* Le 3 mars i'/il , il écrivait à Juste Jonas : « Moeslilia et dul^re conlicior. » Le L'i mars à Camérar : « quia sine scuidaio non possuu me avellere. » Curji. Reform., t. III, p. 2'J8-327.
^ Le 5 février 1530, il écrivait ä Camerar : « Vides me aJ servitulcm natum esse, et quidem difüoilem » Curp. Reform., t. 111, p. 35.