‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 146 sur 572 · CONCORDE DE WITTENBERG · texte numérisé non relu

CONCORDE DE WITTENBERG

nation. » Les autres prédicants sc conformèrent comme lui à la doctrine luthérienne.

Une formule concordataire rédigée par Mélanchthon fut signée par les chefs des deux partis (25 mai 1536). Elle niait la transsubstantiation et la présence de Jésus-Christ hors de « l'usage », avouant toutefois que la vertu et l'eflicacité du sacrement ne dépend point delà dignité ou dcrindignité du ministre qui le confère, non plus que de la dignité ou de l'indignité de celui qui le reçoit.

Luther remporta donc une grande victoire sur les prédicants de rOberland. Qu'importait cequeles Zwingliens pensaient au fond du cœur? Ils n'en avaient pas moins signé, rétractant tout leur enseignement précédent, reconnaissant verbalement et signant de leur propre main l'aveu que le vrai Corps du Christ, dans le sacrement, est reçu par les indignes comme par les dignes et que, par conséquent, Jésus-Christ est réellement présent dans l'Eucharistie, comme il l'avait toujours enseigné.

Le Landgrave donna immédiatement son adhésion à la Concorde de Wittemberg. Jusque-là il avait fait prêcher la doctrine de l'Eucharistie d'après une délinition dont il était l'auteur; mais, à partir de ce jour, il enjoignit à ses prédicants de ne plus enseigner que dans le sens de Luther i. Dans les villes de l'überland, au contraire, surtout à Ulm et à Constance, la Concorde rencontra d'abord une vive opposition. Plusieurs cités allèrent même jusqu'à demander que les Etats des villes libres se réunissent pour protester solennellement contre ce qui venait de se conclure. Mais comme ces villes ne pouvaient trouver d'appui contre l'Empereur que dans la Ligue de Smalkalde, elles cédèrent par raison politique, etadoptèrcnt la formule luthérienne. Après que les magistrats de Memmingen, de Kempten, d'Esslingcn,de Reutlingen, d'Augsbourg et de Francfort se lurent, de leur côté, déclarés prêts à l'accepter, Ulm se soumit à son tour, et informa Luther de son adhésion.

Mais les bourgeois des villes de l'Oberland ne se montrèrent pas aussi accommodants que leurs magistrats. On avait espéré pouvoir leur cacher les termes précis de l'article de Wittemberg, « queles prédicants et les autorités avaient seuls besoin de connaitre; ;) mais il iallui bientôt s'avouer que cette dissimulation était impossible. Le peuple, instruit de la vérité, s'en scandalisa foi't, ainsi que de la soumission montrée à Luther dans toute cette allaire. A Ulm, le prédicant Jean Frecht fut publiquement insulté. Dans des lettres anonymes, on le menaça de lapotence. Ses collègues et lui eurent beau

' IJASsLNCAMI', I, II. p. i)iO.

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