‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 147 sur 572 · CONCORDE DE WITTEMBERG · texte numérisé non relu

CONCORDE DE WITTEMBERG

répéter « que le Conseil, en adoptant la nouvelle formule, s'était réservé le droit d'y apporter des modifications, » cette réponse singulière ne réussit point à calmer les esprits. Les trois quarts de la population seséparèrent desprédicants. A Memmingen, Kempten, Lindau et Isny, la soumission des premiers magistrats à Luther devint la source d'intarissables querelles*.

Bucer et les théologiens disposés comme lui à la conciliation rencontrèrent des résistances encore plus vives chez les Suisses, qui n'avaient aucun ménagement à garder envers la Ligue de Smalkalde. Pour les apaiser, Bucer découvrit une ingénieuse manière de tourner la difficulté. Grâce à son interprétation subtile, le nouveau dogme s'accordait merveilleusement bien avec l'enseignement de Zwingle et d'OEcolampade, et ne contenait pas un seul mot contraire à leur confession de foi.

Mais les Suisses, voulant acquérir une entière certitude à cet égard, se tournèrent vers Luther lui-même, lui demandant de déclarer nettement s'il reconnaissait pour vraiment orthodoxe la définition de Bucer. Afin de rendre tout malentendu impossible, ils lui en envoyèrent un exemplaire, signé de la propre main de Buct et accompagné d'une nouvelle exposition de leur doctrine. Os y déclaraient en termes exprès qu'il leur était impossible d'admettre dans l'Eucharistie autre chose qu'une réception toute spirituelle du Corps de Jésus-Christ; (ju'ils ne croyaient pointa la manducation du Corps du Seigneur, parcs que Jésus-Christ, en tant qu'homme, c'est-à-dire selon le corps, ne peut être qu'au ciel. Ils ajoutaient qu'ils ne souscriraient à la formule de Wittemberg qu'autant qu'elle se rapprocherait de leur manière de voir. Bucer, porteur de cette lettre et de cette déclaration, se rendit au mois de février 1537 aux États de Smalkalde.

Là encore ce fut l'autorité civile qui trancha le ditterend, mais dans un tout autre sens que l'année précédente.

L'Electeur de Saxe regardait comme indispensable, étant donnée la situation où l'on se trouvait actuellement vis-à-vis du Pape et de l'Empereur, de faire quelques concessions aux Suisses, un se décida donc à leur faciliter l'acceptation du dogme eucharistique. Feignant d'être satisfait de leur lettre et de leurs explications, on sappliqua àleur ôler toute méfiance"-. Luther, audébut, désapprouva cette conduite ; « Il serait bien préférable, » disait-il à Bucer, « que les vôtres s'instruisissent à fond de notre doctrine, et qu'ils vinssent ensuite nous dire en toute loyauté et franchise : Chers amis, Dieu a permis

* Keim, E.^slingen, p. 124-126. — Keim, Ulm, p. 348-349. — Uassencamp, t. 11. p. 153-155.

^ Pour plus de délails, voy. Planck, t. 111, p. 387-389.

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