NÉGOCIATIONS DES ALLIÉS AVEC FRANÇOIS I
du Saiût-Empire qu'il s'était réconcilié pour tout de bon avec l'Empereur, et qu'il les engageait vivement à reconnaître l'autorité spirituelle du Pape 1.
Charles avait donc lieu d'espérer que rien désormais ne mettrait plus obstacle à la pacification religieuse -.
Aussitôt que les chefs de la Ligue eurent été informés de ces négociations, ils envoyèrent des ambassadeurs à François (25 janvier 1538). Jusqu'alors, dirent-ils au roi, les princes n'avaient pas voulu, par déférence pour l'Empereur, accepter les avances de la France; mais voyant qu'ils ne pouvaient rien obtenir de Charles-Quint, apprenant qu'il était question d'un rapprochement entre lui et le roi, ils suppliaient ce dernier de leur dire nettement ce qu'ils avaient à craindre ou à espérer. Pour eux, ils étaient fermement résolus à défendre la « liberté allemande » contre la tyrannie de l'Empereur; or le salut de la France était attaché au maintien de cette liberté 2, qui ne pouvait être sauvée que si le roi renonçait à une alliance contraire à tous les intérêts protestants, et découvrait aux Alliés les secrets desseins de leur ennemi. En ce cas, ils seraient heureux de former avec lui une ligue défensive.
11 leur fut répondu que jamais le roi de France n'avait eu l'intention de les sacrifiera l'Empereur; qu'il était toujours décidé à rejeter le Concileetà entrerdans leur alliance. Malgré la trêve signéeàNice, François jura que ses précédents rapports d'amitié avec les princes protestants ne seraient en rien modifiés. Recevant à Marseille, le 30 juin, une seconde ambassade de la Ligue, il affirma de nouveau sur « sa
1 ... « Persuader aux desroyez de notre ancienne religion de se réduire et accorder amyablement et par ledit sieur roy et moi yiar ensemble y tienchont la main, et que par traicte de notre dit saint père la chose s'appoincte » Et plus loin au sujet du roi : « Et tiens pour certain qu'il fera bien entendre aux dits dévoyez ceste notre vraye et parfaite amitié, et les fera induire et persuader, et tiendra main envers eulx, qui se réduisent et appoinctent comme dit est. Et à la vérité, ce sera bien le plus convenable de ce quay désire se fait. » « 11 est aussi advise, que tout ce, non seulement qui concernera les affaires publiques, mais les particulières, sera toujours avec la participation, comme il convient à l'honneur et auclorité, de notre dit saint père, selon qu'il convient à noz devoirs, et mérite la sainte, bonne et honneste voulonté et office qu'il a fait pour parvenir à ceste paix amitié, n Voy. Lanz, Correxpoiidenz, t. Il, p. 286-288.
- Le 15 sept. 1329, l'Empereur écrivait à propos de l'engagement pris par le roi à Aigues-Mortes : « Se ha voluntariemente offrecido de enviar a Alemania una buena persona cspresa, para que tenga jiiiitamenle la mano en la dicha reduccion y para enteuder segun la exigencia en lo demas para el dicho concilio. >> Respuesla, du 15 sept. 1539, voy. Döllingkr, Docu7)ipnle, p. ^3. Aadéhul delà « Ras yiieala n (p. 22), on lit : « trimeramcnte teuer por maxima para con todos, asi cou los catolicos como con los desviados. que la intencion del Emperador ha sidosiempre y es de reducir benigiia y clementemente la dicha Germania en union cristiana i pacificarla y entreleuerla en buena juslicia y policia. »
^ « Salutcm Galliaî a conservatione libertatis Germanicae dependere. »
CHRISTIAN m ENTRE DANS LA LIGUE UE SMALKALDE. 1Ö38. 401
foi de gentilhomme » que les membres protestants du Saint- Empire étaient compris dans la trêve de Nice^ et qu'il n'avait point donné son assentiment au Concile, bien que le Pape et TEmpereur l'en eussent instamment prié, allant jusqu'à lui promettre, s'il y adhérait, la remise immédiate du Milanais. Les choses étaient maintenant en voie de pacification ; il avait reçu les nouvelles les plus satisfaisantes, mais rien ne l'empêcherait d'entrer dans la Ligue de Sinalkalde. Les négociations commencèrent. François P'" promit de ne reconnaître le Concile que du consentement des princes. Dans le cas où l'on voudrait imposer à ceuxci les décisions de Rome, il s'engagea à prendre leur défense. En revanche, les Alliés promirent de ne protéger en aucun cas les ennemis du roi, et lui accordèrent le droit de lever des troupes dans les territoires allemands. Mais lorsque les ambassadeurs demandèrent que les sommes considérables que François avait offertes précédemment fussent déposées dans une ville d'Allemagne pour servir à l'enrôlement de troupes dont la Ligue conserverait la libre disposition, le chargé de pouvoirs français réclama pour son souverain des avantages é({uivalents, et cette exigence amena la rupture des négociations. Après l'entrevue d'Aigues-Mortes, François, le 2 août, fit assurer de nouveau les princes protestants qu'il les avait compris dans la trêve de Nice ; que désormais il les considérait comme ses amis et leur garderait foi et amitié. Aussi l'ambassadeur de France, de Fosse, informa-t-il aussitôt le Landgrave ^ que le roi était pour tout de bon résolu à défendre « la liberté germanique 2 ».
Pendant que les Alliés négociaient avec la France, ils traitaient aussi avec le Danemark.
A la sollicitation de l'Électeur Jean de Saxe et de Philippe de Hesse, Christian avait envoyé ses ambassadeurs aux États de Smalkalde pour solliciter son admission dans la Ligue (février L^S?), et les princes protestants avaient appuyé sa requête près des délégués des villes. Christian, avaient-ils dit, venait d'abolir danssesétats la doctrine papiste; il avait ôté aux évêques leurs évêchés et leur juridiction ; la pure et divine doctrine était prêchée en Danemark, et lesévèquesy suscitaient au roi de gros embarras. D'autre part, il avait à souffrir les persécutions iniques des « Bourguignons », c'est- à-
* Secke.vdorf, t. m, p. 177-179. Relativement au Concile le négociateur français déclarait maintenant que, cette question touchant à la religion, le roi ne pouvait en aucune façon s'engager par un traité positif. A la vérité, il était fermement résolu à n'y donner son assentiment que si ses membres devaient être libres et s'il était organisé de manière à produire de bous résultats; mais il l li serait impossible défaire prévaloir son opinion si le reste du monde chrétien entrait dans les vues du Pape.
* 25 juillet 153S. Foi/. Ro.\imel, t. Il, p. 394.