PUISSANCE DE LA LIGUE
Henri de Saxe, frère du duc Georges, et son fils Maurice, y furent reçus en juillet 1537 ^; aux Etats de Brunswick, le margrave Jean de Brandebourg-Custrin y fut également admis. Ce dernier avait solennellement promis à son père, l'Électeur Joachim I^'' (mort en 1535), (( sur son honneur de prince et sur sa parole, équivalente à un serment, » de maintenir dans ses États la religion catholique. Mais dès 1537 il déclarait à son peuple « qu'intérieurement éclairé par lagràce du Tout-Puissant », il était parvenu « à la connaissance delà parole de Dieu et delà pure doctrine ». Tout aussitôt, malgré la résistance de révêque deLcbus, il commença à persécuter les Catholiques, et opéra dans le Neumark la révolution religieuse qu'il souhaitait 2. Philippe de Hesse avait appuyé près des membres de la Ligue la demande d'admission du margrave, enfaisantobserverqu'il était d'une sage politique de le séparer à la fois du papisme et de son beau-père Henri de Brunswick ; Jean pourrait attirer d'autres princes dans l'alhance protestante 3,. et Philippe espérait quen premier lieu l'Électeur Joachim H, frère aîné du margrave, ne tarderait pas à suivre l'exemple qui lui était donné.
Au mois d'août 1538, la Ligue de Smalkalde vit encore grandir son influence par l'adhésion de la duchesse Elisabeth de Rocli'itz et celle du comte Conrad de Tccklembourg. Pour l'admission de Schv^^äbisch Hall et d'Heilbronn, les conseils d'Augsbourg et d'UIm se proposaient de faire sous peu les démarches nécessaires^.
L'année 1538 fut particulièrement favorable aux Protestants.
Dans le Haut-Palatinat, la plupart des grandes villes installèrent des prédicants dans les paroisses et organisèrent leurs nouvelles églises d'après le règlement ecclésiastique de Nuremberg s. Le 17 novembre 1538, le comte Georges de Wurtemberg publia, au nom de son frère Ulrich, un édit ordonnant l'abolition de la messe et des « cérémonies » dans toutes les villes et villages du comté de Montbéliard. Le duc Ulrich, disait l'édit, agissait en prince souverain, et suivait l'exemple des pieux rois de l'Ancien Testament*^ ». Les chanoines de Montbéliard ayant déclaré que, laissant aux autres toute hberté en matière de religion, ils entendaient rester fidèles à la foi
1 V. Langenn, Morilz, t. II, p. 177-181.
2 Seckendouf. t. III, p. 234. — Voy. Droysen, 2b, p. 162, 175.
3 Lettre de Philippe aux conseillers intimes de Strasbourg, Ulm et Augsbourg 8nov. 1537, Archives de Francfort.
* 'Abschied des Tages zu Eisenach vom S August 1338 . Archivesde Francfort. Tag zu Eisenack 1538, b ^ Alting, Eist, ecclés. Paint, p. 155.
"> Herminjard, t. V, p. 182-1^3.
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catholique, furent jetés en prison. En vain le comte leur offrit-il de leur laisser la jouissance de leurs bénéfices s'ils voulaient « recevoir »l'Évangile, tous préférrrcnt renoncer à leurs biens et s'expatrier. L'assistance à la messe en dehors du comté fut sévèrement punie. A l'intérieur, dans les villes, dans les campagnes, les autels et images furent brisés ^.
La destruction des autels et des images continuait aussi dans le Wurtemberg.
A Urach, dans une assemblée composée de prédicants et de conseillers du duc, Brenz se lit un devoir de conscience d'insister pour que les saintes images, en elles-mêmes inoffensives, fussent épargnées. Leur destruction, dit-il, sert de prétexte à la licence populaire. « Déjà^ les dix commandements, prescrits par Dieu même, ne sont plus expliqués nulle part. Si vous détruisez les images, ce sera bien pis, rien n'avertira plus le peuple du devoir qu'il a de les observer. Actuellement, dans les églises, les jeunes gens se tiennent devant les jeunes filles comme devant des idoles vivantes, ce qui cause un fort grand scandale.» Ambroise Blarer,au contraire, approuva et réclama la suppression des images, assurant, lui aussi, y être poussé par sa conscience. La destruction des images était, selon lui, le seul moyen de témoigner à Dieu « la chrétienne reconnaissance qui lui était due ». Les images n'étaient bonnes que dans les auberges et autres lieux profanes. Dans les églises, elles ne servaient à rien 2. Le duc Ulrich, se rangeant à l'avis de Blarer, ordonna qu'elles fussent aussitôt enlevées des églises etvendues. D'anciens et splendides chefsd'œuvre furent mis en pièces après qu'on en eut retiré l'or ^.
Pour avoir voulu défendre les images, Blarer encourut la disgrâce du duc et fut destitué. «0 barbarie trois fois maudite! »écrivaitBucer àce sujet (juin 1538), « je m'attendais, il est vrai, à quelque malheur, à cause de certains brouillons qui ne plaisent tant au duc que parce qu'ils flattent sa cupidité en lui conseillant le pillage des églises; mais néanmoins qui aurait pu s'attendre, dans l'exécution , à une brutalité si odieuse'^? « Ulrich avait besoin, pour payer ses plaisirs, des trésors des sacristies; il lui fallait aussi de l'argent pour fournir sa con-
' IIeyd, t. III, p. li 0-147. <( On abattit dans tous les lieux les images et les autels. » IIniiMiNJAitD, t. V, p. 183, note 3.
ä « Le jour des idoles ii Urach, » sept. ITiST. (Besold). Docum. Rediviva. Virg. Sacr. Monlm.,p. 88-i)7. — Voy. Iliovn, t. III, p. 176-179.— Pugssel, p. 409-410.
3 IIeyd, t. 111, p. 180. A Ueutlingcu uu nouveau brisement d'images eut également lieu. Voy. Hartmann, Mathaus Albev (Tubinguc, 1803), p. 128. « Les briseurs d'ini.'igcs, » écrit Hrenz, «instruits par l'expérience, ne mirent pas en pièces tous les tableaux ou statues, ll.s détruisaient celles de bois et de pierre, mais gardaient pour eux «elles d'ar^'ciilet d'or, prétendant suivre en cela l'exemple de iMoïsc. »Uautaiann u.\D Jagcii, t. H, p. Ci.
* PnESSEL, p. 441.