‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 156 sur 572 · PERSÉCUTION DES CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

PERSÉCUTION DES CATHOLIQUES

de rendre à l'Abbé et à ses religieux le droit de célébrer le sacrifice catholique et de garder les cérémonies. Bien que le conseil eût écrit à la Chambre Impériale, invoquant la « récusation générale prononcée pour tous les procès concernant la religion », il avait été mis au ban, et la sentence allait être exécutée. De plus, l'Abbé refusait de payer le traitement des pasteurs et des ecclésiastiques installés récemment dans les paroisses, prétendant que c'était à la ville à subvenir à leur entretien. Enfin l'Abbé et ses religieux avaient l'audace de célébrer la messe papiste en dehors de la ville, (( allant et venant à cheval pour se rendre à leurs offices, au grand scandale des bonnes gens ». L'assemblée d'Eisenach déclara ces griefs très fondés et très légitimes. « Le conseil d'Isny, » lit-on dans le procès-verbal, « ne peut sans grand scandalp tolérer le papisme soit à l'intérieur soit en dehors de la ville. Si les religieux refusen de renoncer à la messe, le conseil peut et doit les expulser. Quant à l'Abbé, il est obligé de payer les traitements des nouveaux pré dicants et ecclésiastiques protestants. Si le conseil, pour avoir sou tenu ses droits, est mis au ban par la Chambre Impériale et persécuté, la Ligue, selon les lois de sa constitution, lui prêtera secours et assistance . »

Aux yeux des Alliés, opprimer les Catholiques était chose absolument légitime, « conforme de tous poins à la divine parole et au Saint Évangile * ». Lorsque la Chambre Impériale prenait le parti des faibles, elle était aussitôt « récusée », et tous lui reprochaient de mettre la désunion dans l'Empire et d'y susciter des troubles et des émeutes.

« L'Empereur a déclaré dans la convention récemment signée, » écrivait en io39 Conrad Braun, assesseur à la Chambre Impériale, v( que personne, sans attenter à la Paix Publique, ne pourrait désormais opprimer qui que ce soit dans son corps, ses biens, ou de toute autre manière, pour motif de religion. Or comme les pouvoirs protestants et leurs adhérents dépouillent les églises et leurs desservants,comme ils ontégalement faittort à plusieurs laïques dans leurs corps et leurs vies, les Catholiques, invoquant la paix de Nuremberg font appel au droit et demandent justice; cependant, comme je l'entends dire de tous côtés, on nomme, dans ce peuple égaré, un si juste recours à l'Empereur, guerre privéa, violation de la paix, appelant blanc ce qui est noir comme du charbon, la lumière ténèbres, et le droit iniquité. » « N'est-ce pas raisonner et conclure d'une façon

* Eisenacher Nebenahschied vom S August 1538, Archives de Francfort « Tag 3î< Eisenach ».

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absurde? Les Protestauts violent la paix établie par l'Empereur; la Chambre Impériale, selon qu'elle en a la charge, fait agir la justice contre les coupables; elle exécute loyalement l'édit impérial et les articles de la paix de Ratisbonno. l*]t l'on en conclut qu'elle désobéit à l'édit et viole la paix! C'est là, en vérité^, mettre en action la fable du loup et de l'agneau. Le loup se tient au-dessus du courant, l'agneau au-dessous ; l'eau se trouble, et c'est la faute de l'agneau. C'est presque la même logique. Où est la différence? Les Catholiques accusent les Protestants de violer à la fois la paix impériale et la Paix Publique. Ils se plaignent que, pour motif de religion, on les emprisonne, on les met aux fers, on leur ôte les biens et la vie et que leurs couvents, leurs églises soient pillés; ils disent qu'on s'empare des rentes, revenus, redevances des desservants, des ornements d'église, de maisons, de châteaux appartenant au clergé, et soutiennent à bon droit que ces actes portent égalementatteinteà la Paix Publique et à la paix religieuse. On leur répond en alléguant le texte du traité de paix portant que, devant la Chambre impériale et autres tribunaux, toutes les plaintes se rapportant aux affaires religieuses, intentées ou devant être intentées contre les Protestants par le fiscal impérial, seront considérées comme nulles. Mais si ce texte avait le sens qu'on lui attribue, s'il signifiait réellement quO;, dès qu'il s'agit de spoliation ou de semblables attentats, la Chambre Impériale doit rester impuissante, l'édit impérial est inutile, il estincapabie de rendre la paix à la nation et même il deviendra fatal à cette paix. En effet, si l'on autorise les Protestants à piller comme il leur plaît le bien d'église, à accaparer çà et là ce qui leur convient, sûrs de n'être responsables de leurs actes devant aucune autorité, il faut, de toute nécessité, laisser à la partie adverse le droit de légitime défense; sans'cela point de justice. Sans aucun doute, l'Empereur ne peut avoir ni la volonté ni l'intention d'autoriser des iniquités et de criants attentats, de livrer au pillage laut de nobles fondations, tant depropriétés ecclésiasti(iues, de dépouiller les malheureux plaignants, membres du Saint-Empire, de leur unique consolation, de leur seul recours, le droit divin et le droit naturel. Les Protestants ont été seuls à employer la violence. Jus(ju'à présent, je ne sache pas que personne leur ait encore ravi arbitrairement ce qui leur appartient; an lieu (ju'il est manifeste aux yeux de tous que plusieurs évéques inoffensifs ont vu leur territoire envahi par la force armée et (pi'on les a forcés de payer de gi'osses rançons. Et combien de desservants, combien d'administrateurs d'églises ou de couvents, d'ecclésiastiques de haute ou de basse condition se sont vus, pen-

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