‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 162 sur 572 · I>KS ALLIÉS KT LE PÉRIL TURC · texte numérisé non relu

I>KS ALLIÉS KT LE PÉRIL TURC

Avant la formation de l'Union, Ferdinand, menacé d'une nouvelle invasion des Turcs en Hongrie et en Autriche, avait tout tenté pour réconcilier entre eux les pouvoirs catholiques et protestants. Dans ce but, Joachim de Brandebourg avait entamé des négociations avec TÉlecteur de Saxe et le Landgrave de Hesse afin de s'entendre exactement sur les secours qu'ils seraientdisposés à fournir contre les Turcs. Que l'Allemagne eût en réalité à redouter, dans untres court délai, l'invasion musulmane, les Protestants ne l'ignoraient point. «De graves nouvelles venues de différents côtés, » mandaient aux Alliés de Smalkaldc dans une lettre-circulaire, Jean-Frédéric de Saxe et Phi lippe de Hesse, « nous apprennent que le Turc fait de grands préparatifs de guerre, et se propose avec de formidables armées de mettre sous son autorité les pays chrétiens, particulièrement ceux d'Autriche ; s'il ne les peut conquérir, il veut du moins les ravager et les ruiner le plus qu'il le pourra. »Les deux princes exposaient aux Alliés les difficultés de la situation : « Si la Ligue refuse des secours et que les Turcs soient repoussés grâce aux efforts d'autres personnes, particulièrement des papistes, desquels quelques-uns ont déjà voté des subsides importants, ou bien si un traité ou une trêve sont conclus sans notre participation, on ne manquera pas d"en faire un crime aux Evangéliques et d'en tirer d'amples prétextes à récriminations, .v « On ne peut guère s'attendre à la défaite des Turcs , d'après les renseignements très lamentables qui nous arrivent de tous côtés. Si donc la campagne est mal organisée et que des villes et des pays allemands soient ruinés ou saccagés, on en fera incontestablement retomber la responsabilité sur les princes protestants pour avoir refusé de s'entendre avec les autres membres d'Empire et contribué avec eux à la défense. »

Les Alliés résolurent donc de se réunir à Eisenach pour décider sous quelles conditions ils garantiraient leurs secours K

En attendant, Jean-Frédéric et Philippe posèrent les conditions suivantes à l'Électeur de Brandebourg (L2 juin): Le roi Ferdinand obtiendra de l'Empereur la promesse formelle d'une paix assurée, s'étendant à tous ceux qui, depuis la trêve de Nuremberg;, se sont joints à nous ou pourraient s'y joindre à l'avenir. De plus, tous les procès de la Chambre Impériale intentés contre les Protestants seront abrogés, et, dans une Diète prochaine, cette abrogation définitive sera ratifiée par tous les membres catholiques de l'Empire. Dans le cas où la Diète ne pourrait immédiatement s'ouvrir, les ducs de Bavière, le duc de Saxe, les trois princes spirituels

I * Lettre-circnlaire dn7jiiin l.")38 (vendredi après Exaudi). Archives do Francfort, Acten der Verhundlun<jen der Protestanten, 1538.

INTENTIONS PAGlFlOUES DE L EMPEREUR, 413

et d'autres évêques désignés plus loin garantiront la paix, et s'il n'est pas possible de l'obtenir immédiatement, l'Empereur et le roi s'engageront, au moins dans leurs états et pays héréditaires, à en maintenir loyalement les articles ^. »

C'est ainsi que les Protestants pensaient exploiter à leur profit l'effroi général qu'inspirait à tous l'approche des Turcs,

A l'assemblée d'Eisenach, à laquelle assistèrent des délégués du Brandebourg, les Alliés présentèrent de nouveau les conditions déjà posées par la Saxe et la Hesse -.

Il était impossible au roi Ferdinand de les accepter ^ ; mais il mit l'Empereur au courant des démarches des Protestants, réclamant à ce sujet ses instructions précises. Charles , comme toujours , inclinait vers les mesures pacifiques; il espérait que François I", selon la promesse qu'il lui en avait faite à Aigues-Mortes, se prêterait à tout ce qui pourrait favoriser la paix. 11 écrivit à Ferdinand qu'il ne voyait pas la nécessité de lui communiquer de plus amples instructions, puisqu'il s'agissait avant tout de s'entendre avec le Pape et les légats envoyés sur sa demande en Allemagne. Quelques concessions, soit définitives, soit temporaires, pouvaient être faites à ceux qui avaient abandonné l'Église, pourvu qu'elles ne touchassent en rien à l'essence de la religion. Si les pouvoirs protestants semblaient mécontents, Ferdinand pourrait conclure avec eux, aux conditions les moins onéreuses possibles, une trêve provisoire, mais toutefois en réservant la sanction impériale '^ Quant aux négociations qui devaient s'ouvrir à Francfort au mois de février avec les Protestants, et dont les Électeurs du Brandebourg et du Palatinat s'étaient constitués les intermédiaires, l'Empereur promettait d'envoyer ses pleins pouvoirs à l'archevêque proscrit de Lund, Jean de Wieze.

Se conformant aux instructions de Charles-Quint, Ferdinand promit au légat Aléandre qu'on ne ferait aucune concession aux Protestants sans s'être préalablement entendu avec le Saint-Siège, et qu'à Francfort, où il comptait envoyer ses délégués, il espérait pouvoir détourner les Luthériens de toute entreprise capable de compromettre la paix de l'Allemagne ^.

* Voy. Planck, 3 b, p. 5-7.

- * Archives de Francfort. « Tag zu Eisenach und Esslingen iö,18. »

3 « Articoliet petitioni di Lutheraai tanto enormi et inhonesti. » \'oy, la lettre

du 9 septembre. 1.538, dans Laeumer, Mon. Vat., p. 192. ^ Lettre de Charles à Ferdinand et instruction pour ses plénipotentiaires à

Francfort, dans Laemmer, Mon, Vat., p. 193-193; — Pallavicino. lib. IV, cap. 8.

* Voy. ces lettres dans Laemmer, Mon. Vat., p. 211, 215, 223.

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