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LES ALLIÉS SE PRÉPARENT A LA GUERRE

Cependant, dans tout TEmpire, les préparatifs de guerre continuaient.

Redoutant les agressions des Alliés, les ducs de Bavière dépensèrent trois cent mille florins pour fortifier Ingolstadt K Craignant les attaques de la Bavière, les Augsbourgeois démolirent les tours en style gothique, au nombre de plus de cent, qui faisaient le plus bei ornement de leur cité, pour faire exécuter, à leur place, par des ouvriers hessois, de nouveaux ouvrages de défense à l'aspect morne et nu ^. Les villes entrées dans la Ligue de Smalkalde résolurent, dans l'une de leurs assemblées (décembre 1538), de se prémunir contre toute attaque en faisant d'avance provision de vivres, d'armes et de munitions. Elles discutèrent même la question de savoir s'il ne serait pas opportun de demander aide et assistance à l'étranger^.

Philippe de Hesse et Ulrich de Wurtemberg continuaient de leur côté les levées de troupes et les préparatifs militaires. « On ne peut plus douter, » mandait Held de Worms, au duc Louis Mathias (5 décembre), « que Philippe et Ulrich n'aient l'intention de commencer la campagne dès le printemps. Ils débauchent les sujets de l'Empereur et du roi, tranchent tous les différends selon leurs intérêts et leur caprice, et veulent être les seuls maîtres et seigneurs; pour la diffusion de leur Évangile, ils feront violence à toute la nation allemande. Ils accumulent tout l'argent qu'ils peuvent, payent et souscrivent tous les intérêts qu'on leur demande, et de plus rançonnent leurs subordonnés au delà de toute mesure. Ulrich vient encore d'imposer à ses sujets unelourde taxe, et ceux-ci, indignés, abandonnenten grand nombre maisons, châteaux et terres, préférant l'exil à sa tyrannie, comme j'enai été moi-même témoin. » Held joignait à sa lettre la copie d'un édit publié par Philippe en novembre et relatif à la campagne projetée avec Ulrich. On ignorait encore contre qui l'expédition serait d'abord dirigée. Le comte Guillaume de Furstemberg n'en devait être que le premier capitaine, Philippe et Ulrich s'étant réservé le commandement suprême *. Guillaume de Furstemberg hâtait les enrôlements à Strasbourg, et Ferdinand était persuadé que Philippe et Ulrich lui avaient fourni l'argent nécessaire''. Jacques

1 Winter, t, II, p. 68, 300. Sur les préparatifs de guerre de la Bavière en préyision d'une attaque d'Ulricii de Wurtemberg, voy. la lettre de Jean Eck au duc Georges de Saxe, dans Skiijkmann, Erlaulerungeii, p. 174.

2 Voy. Hehbeugeu, LVII.

3 *Absrliied der Elnifiunfjsveriüandien Sladlebotschafteii iiff Sounlag nach Thome (22 décembrej in EssLiiifjen versammelt. Archives de i^'rancfort, Esslinger Tag, 1538.

* IloRTLEnKR, Ursachen, p. 891. — Lauze, t. I, p. 339.

^Voy. la lettre du 28 janv. 1538, dans Laemme«, Mon. Val., p. 220.

TROUBLES DANS l'EMPIRE. 1539, 4l7

Sturm , délégué de Strasbourg , cherchait encore, le 3 décembre^ à détourner le Landgrave de la guerre i.

On craignait que Philippe ne commençât par attaquer l'archevêque Albert de Mayence et d'autres membres catholiques de l'Empire, et, si la chance lui souriait n'allât, jusqu'à prétendre à la couronne impériale ou royale 2.

A Mayence, on vivait dans de continuelles terreurs, craignant à chaque instant son arrivée 3. Mais l'archevêque avait encore « d'autres anxiétés du côté de la Saxe, au sujet des évêchés de Magdebourg et d'Halberdstadt » ; l'Électeur avait cherché à séduire la noblesse de ces pays au moyen d'un écrit dirigé contre lui \ et Luther, tout à fait à l'improviste, l'avait pris à partie avec sa violence accoutumée. L'humaniste Simon Lemnius, alors étudiant à l'Université de Wittemberg, ayant donné de pompeuses louanges à l'archevêque dans des épigrammes latines, Luther avait déclaré en pleine chaire (27 juin lo38) a qu'il ne tolérerait jamais qu'un prêtre impie, damné par lui, fût loué publiquement par la presse ^». En décembre, il avait publié un pamphlet contre Albert, où, « le nom de Dieu invoqué et conformément à la sentence rendue par le souverain Juge, » il appelait Albert (cardinal-archevêque et Électeur du Saint-Empire) « vampire, tyran, homicide et voleur ». « Que vous dirai-je de ce cardinal maudit? Vous savez aussi bien que moi qu'aucun cardinal nepeutêtre agréable ni à Dieu ni aux hommes, pas plus que le Pape, puisque tous ensemble appartiennent à la race blasphématrice qui ne pense point au ciel et, sur la terre, veut régner au-dessus des rois et dominer seule, comme l'explique Daniel au ch. ix ^. »

1 Neüdecker, Urkunden p. 319-324.

« Georges de Carlowitz à Philippe, le 20 janv. 1539, Neudecker , Urkunden, p. 332. Philippe nia qu'il eût jamais eu le dessein d'attaquer Mayence ou quelque autre principauté catholique (lettre à Carlowitz du 20 janv. 1339). (Voy.NEODECKER, p. 32<)-331) ; mais eu réalité il y avait songé.

* « In Moguntia si stavacon timoré per le minaccie que detto l'Angravio havea fatto contra di loro. » Lettre du légat, datée de Vienne le 24 janv. 1539. Voy. Laemmer, Mon. Vat., p. 215.

* Dépêche du docteur Pfaff, chancelier de l'archevêque, au chapitre de Mayence (6 juillet 1538). Voy. May, t. 11, p. 230.

s WETTE-SEiDEMA>f.\, t. VI, p. 199-200. Scidemana (p. 199) cite tous les ouvrages concernant l'affaire de Lemnius. — Voy. Köstlin, t. 11, p. 642-423; pour plus de détails sur les relations de Luther avec Lemnius, voy. Plattner, Die Rhœteis von Simon Lemnius (Coire. 1874), p. VIll-XIIl et XXIX-XXXIII. Mélanchthon, auquel revenait de droit la censure des livres, en sa qualité de recteur de l'Université, avait laissé passer des épigrammes parfois blessantes contre quelques personnages importants de Wittemberg. Luther en fut d'autant plus irrité que le gendre de Mélanchthon, Sabinius, ami lui aussi de Lemnius, était comme lui intimement lié avec Albert,« le Mécène des humanistes ».

« Sàmmll. Werke, t. XXXIl, p. 13-39. Ce fut le procès de Hans de Schönitz qui lui fournit le prétexte de cet écrit. Voy. Köstun, t. II, p. 418 et suiv.

418 TROUBLES DANS l'eMPIRE. 1538-1539.

« Ils courent d'eux-mêmes à leur perle, » écrivait-il au prince Georges d'Auliilt (2 janvier 1339). « Dieu les a aveuglés et endurcis *. »

Un événement imprévu vint mettre le comble à l'agitation générale.

Le 30 décembre 1538,1e Landgrave faisait arrêter un secrétairedu duc Henri de Brunswick qui traversait la Hesse, et s'étant saisi de ses dépêches y trouvait une lettre autographe adressée par le duc à l'archevêque Albert, contenant ces lignes : « Le Landgrave dort à peine une heure par nuit; il n'a point de repos, et l'on craint qu'il ne devienne tout à fait fou; aussi le moment serait-il bien choisi pour notre entreprise. » « La Bavière est déjà instruite des projets du Landgrave et sait qu'il se propose detomberàl'improviste sur Mayence ou d'envahir le duché de Bruuwisck. Que Dieu soit de notre côté, et le diable du côté de nos adversaires! Puisse-t-il les emporter tous ! Jesouhaite à Votre Grâce une très bonne et heureuse année. » Le secrétaire était en outre porteur d'un message pour le vice-chancelier Held. Henri lui écrivait que le mieux, à son avis, serait de faire ordonner au Landgrave par la Chambre Impériale de respecter la paix et de cesser ses armements; si le Landgrave refusait d'obéir, le tribunal suprême prononcerait aussitôt contre lui un édit de proscription, et la Bavière se mettrait immédiatement en devoir de l'exécuter 2.

Philippe se hâta d'envoyer copie do ces lettres à Ferdinand, à Georges de Saxe, au duc Guillaume de Bavière et aux autres princes catholiques; mais tous affirmèrent que jamais l'Union de Nuremberg n'avait songé à attaquer la première.

Et ils disaient vrai.

A Pilsen, où les membres de l'Union s'étaient réunis le 12 février 1539, les résolutions suivantes avaient été adoptées : «Après s'être exactement informédes intentions réelles delà Hesse et du Wurtemberg, on agirait selon les renseignements obtenus ^. Si l'on apprenait que le Landgrave et le duc étaient plus que jamais décidés à combattre et continuaient à lever des troupes, les chefs de l'Union se mettraient, eux aussi, en mesure de résister à leurs adversaires selon les circonstances et l'occasion. On lèverait une armée de quatre mille cavaliers et de vingt mille fantassins, et chaque membre de l'Union à son tour aurait à pourvoir pendant trois mois à son entretien. Si, au contraire, il ressortait de l'en-

• Voy. DE Wette-Seidemann, t. IV, p. 222.

2 HoHTLEDEH, üisacficn, p. 900 et suiv.

3 Ferdinand, dans ce but, avait envoyé des délégués à Philippe et à Ulrich. Voy. Laemmer, Mon. Val., p. 227.

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