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ÉTATS DE FRANCFORT

quête que les Protestants cessaient leurs armements, ou du moins semblaient les ralentir, les Catholiques, de leur côté, se tiendraient tranquilles et se comporteraient de manière à ne donner aucun motif de mécontentement à la partie adverse *. »

Ferdinand « redoutait par-dessus tout la guerre civile ». H recevait de si alarmantes nouvelles sur l'approche des Turcs, auxquels s'étaient joints les Tartares, que la ruine de rAllemagno et de la Chrétienté tout entière lui semblait imminente -. Aussi pressait-il l'Électeur de Brandebourg de tout l'aire pour décider à la paix les princes protestants, aux États de la Ligue qui venaient de s'ouvrir à Francfort.

Les Alliés s'étaient réunis pour conférer ensemble sur « des affaires urgentes et de la plus haute importance«. L'assemblée était très nombreuse 3. Seul, au grand dépit de ses coreligionnaires, le duc Ulrich n'y parut point ^, Parmi les théologiens présents se trouvait le Français Jean Calvin. Il s'y lia avec Mélanchthon, qu'il voyait avec joie partager ses opinions sur l'Eucharistie. Bucer avait demandé qu'on soumit aux délibérations de l'assemblée la question de savoir ({uel emploi on devait faire des biens du clergé, désireux qu'à l'avenir on les fitservir à des buts exclusivement religieux. Sur ce point Calvin espérait peu convaincre les princes, prévoyant avec raison qu'ils tiendraient par-dessus tout à garder l'administration de ces biens et seraient peu disposés à restituer ce qu'ils avaient en main ^. Loin de partager ses méliances,le théologien Myconius prodigua aux princes les plus grandes louanges dans une lettre adressée à Luther. A l'entendre, ces ce vaillants héros de l'Evangile accomplissaient admirablement leur mission » ; cependant il n'alla point jusqu'à approuver leurs orgies *^.

' Abschied in der christlichen Einigiinyssache, Pilsen ayn. 12 Februar 1539, Toy. BocHOLTz, t. IX, p. 371-373.

- Voy. les teures des 6 et 21 février 1539, dans La emmer, Mon^ Val., p. 221-2:22,

^ Corp. Reform, t. 111, p. üll.

* Voy. la liste des membres de l'Assemblée dans Laemmer, Francfurier Chronik, t. I, p. 341-342.

* Le 16 mars 1539, Calvin écrivait à Farel : « Nemo erat qui non indigne acciperet, Wirtembergensem malle venaiione sua et nescio quibus lusoriis obleclameiitis frui, quam consultalioui intéresse, in qua et patria ejus, et caput, fortasse agatur, quum biduo tantum abesset. » Caluini Upp., t. X, p. 32ü.

'' « Uitficile videbatur impetrare, quoniam nihil id principes ad se pertinere putant, qui bona ecclesiastica pro suo arbitrio administrant. Et alii quidem aegre ferunt sibi de manibus excuti lucrum, cui jam assueverunt. » Calvin à Farel, Iti mars 1539, Calvini 0pp., t. X, p. 324.

420 ÉTATS DE FHANCFORT, 1539.

Le 14 lévrier, les chefs de la Ligue exposèrent à l'assemblée les diflicultés présentes. Il n'en l'allait pas douter, les Catholiques « préparaient quelque coup de main », car la ville de Minden, en dépit de « l'appellation et do la récusation », avait été mise au ban pour cause de religion par la Chambre Impériale; le duc Ulrich était menacé de la même peine et venait d'en avertir le Landgrave. A la vérité Ferdinand avait écrit à Philippe de se tranquilliser, l'assurant que la paix et la trêve de Nuremberg seraient maintenues dans tout l'Empire; mais il n'avait pas dit un mot de Minden, et le duc Georges de Saxe avait écrit « qu'il fallait laisser son libre cours à la justice ». Quelques princes cathohques avaient également déclaré « que, s'ils étaient requis de faire exécuter l'arrêt de la Chambre Impériale, ils ne pouraient se dispenser d'obéir ».Les lettres saisies sur le secrétaire d'Henri de Brunswick montraient assez quels étaient les vrais sentiments de la partie adverse. Si ce messagern'avait été arrêté à temps, la guerre eût très certainement éclaté! Quant aux négociations qui allaient s'ouvrir avec l'Électeur de Brandebourg et l'archevêque de Lund, ni Philippe, ni Jean-Frédéric n'en espéraient pas grand'chose; Mayence, la Bavière et Brunswick se préparaient activement à la guerre, s'attendant sans aucun doute à l'agression des Protestants. Donc il convenait de bien s'entendre et de voir s'il ne serait pas prudent de prendre l'offensive, et de prévenir l'ennemi. Tel était du moins leur avis.

Mais tous les membres de l'assemblée ne le partageaient point.

Le duc François de Lunébourg déclara que, pour sa part, il ne pouvait se persuader que la partie adverse voulût la guerre. Ferdinand, les Électeurs, les princes, avaient envoyé les messages les plus rassurants, et dans le manifeste même qui les avait instruits do la formation de l'Union de Nuremberg, il était dit en termes exprès que la paix serait maintenue.

(f La Hesse et la Saxe se sont fortement préparées à la guerre, » mandait à son seigneur Balthazar Glammer, ambassadeur du duc Ernest de Lunébourg. « Cependant elles semblent peu à peu s'adoucir, et ont fini par promettre d'attendre les propositions qu'auraient à leur faire les princes médiateurs. Si ces princes ne parviennent pas à les satisfaire, la guerre est inévitable. » Sur la proposition de l'Électeur de Saxe, les États décidèrent que, pour peser sur lesdécisionsdes princes médiateurs, on activerait les armements et l'on s'efforcerait d'arriver à des résultats positifs avec les ambassadeurs de France, d'Angleterre et de Danemark, en ce moment à Francfort *.

' Pour plus de détails sur ces délibératious, Voy. les relations de Balthazar Clara-

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