CE QUI MIT OBSTACLE A LA GUERRE CIVILE
sur Henri de Brunswick, Georges de Saxe et l'archevêque Albert de Magdebourg. Schärtlin, à Ulm, s'entendit avec deux commissaires envoyés par les princes de^ la Ligue. Par l'entremise « d'un habile compère, ami de Schärtlin, on se proposait degagnerles mineursdu Tvrol, parmi lesquels il y avait beaucoup de bons arquebusiers. L'affaire devait être conduite « dans le plus grand mystère ». Constance et Lindau recrutaient des soldats en Thurgovie, dans la Forêt Noire et tous les pays adjacents. Trois points de jonction furent désignés. Le camp devait s'étendre entre Augsbourg et Ulm^.
Le 18 mars, à Lucerne, où les cinq villes catholiques avaient assemblé leurs États, il fut question des projets de guerre des Alliés. « Ceux de Smalkalde font de grands préparatifs militaires et cherchent à réunir tous leurs partisans autour d'eux. Pour obtenir l'adhésion de Strasbourg, ils se sont tournés vers Berne etBâle et ont aussi sollicité l'appui de Zurich, mais ils n'ont encore rien obtenu. Ils prétendent n'être préoccupés que des intérêts de leur Ligue, ne vouloir faire tort à personne et ne menacer que les églises, les couvents et les prêtres 2, »
AFrancfort, Guillaumede Fürs temberg, depuislongtemps au service delà France, promit aux Protestantsl'appuide François 1"^^ et s'offrit à leur fournir en son nom personnel « dix mille lansquenets bien équipés ^ » A Londres, l'ambassadeur de Charles-Quint fut informé par le plénipotentiaire français accrédité près du roi d'Angleterre qu'Henri Vlil était sur le point de traiter avec le roi de Danemark, le duc de Prusse, la Saxe et la Hesse, et avait offert de grosses sommes d'argent pour aider au bon succès de la guerre contre l'Empereur 2.
Les princes de l'Union Catholique, de leur côté, avaient pris, à Francfort, des dispositions précises et se trouvaient maintenant en mesure de se défendre. Pendant la foire de Pâques, Albert de Mayence fit de grandes dépenses pour mettre en état son artillerie. 11 pensait pouvoir lever une armée de cinq à six mille hommes de pied et de quatre cents cavaliers ^.
Mais un revirement soudain se produisit.
' Herberger, LVII-LIX.
^ Eidgenössische Abschiede, t. IV, partiel", 1074.
' RiBiER, Lettres, t. \, p. 449.
* Heyd, t. 111, p. 219.
* Ghapuis à l'Empereur, 10 janvier 1S39. Laxz, Correspondenz, t. 11, p. 303 .. « offrant grande quantité de deniers, en cas qu'il fut besoing soubstenir guerre contre votre maître. »
^ Voy. M.1Y, t. 11, p. 331-333, 515. On répandit le bruit à Cracovie que l'archevêque venait d'être chassé. Voy. la dépêche d'Hosius datée du 9 avril 1539, dans HiPLER, t. I, p. 69. Mancherlei Nachrichten über gegenseitige Rüstungen der protestantischen und der kalolischen Stände. Voy. Winckelmaxn, p. 539etsuiv.
424 TRÊVE DR FRANCFORT. lo39.
Pendant que tout se préparait à la guerre, Philippe de Hesse, toujours plongé dans saviede désordre, tomba gravement malade et fut obligé de quitter Francfort pour aller faire soigner à Giessen sa honteuse maladie * (12 avril).
Son départ arrêta tout. Philippe qui, ainsi que l'écrivait Luther, avait prêché la guerre avec tant d'ardeur lorsqu'il s'agissait de périls imaginaires-, inclinait maintenant vers la paix, au grand scandale de Calvin : « Trompant tout notre espoir, le Landgrave déconseille aujourd'hui la guerre. Bien qu'il ne refuse pas de prendre part à la campagne si ses alliés ne partagent pas son avis, il les décourage, il hésite; or tous s'appuyaient sur son ardeur joyeuse. Le venta changé, et tourne à l'armistice ^. » L'Électeur lui aussi semblait désirer la paix. En Saxe comme dans la Hesse, la cherté des vivres était devenue une vraie calamité publique ; puis, Philippe étant incapable de prendre le commandement de l'armée, on ne savait qui mettre en sa place; aussi l'Électeur paraissait-il disposé à accepter un trêve *.
Cette trêve fut signée le 19 avril, à peu près dans ces termes : « Entre l'Empereur et ceux qui, jusqu'à ce jour, ont adhéré à la Confession et religion d'Augsbourg, une trêve est conclue , à dater du l«;"" mai et pour quinze mois. La paix de Nuremberg n'en subsiste pas moins, et garde toute son importance et valeur, même après l'expiration de ces quinze mois, au bout desquels une Diète d'Empire s'ouvrira. Pendant la durée de la trêve, par l'effet d'une bienveillance toute spéciale de l'Empereur et dans l'intérêt de la paix, tous les procès intentés aux Protestants et déjà entamés sont abrogés ; en revanche, les adhérents de la Confession d'Augsbourg s'engagent à se garder de toute agression dont la foi serait le prétexte, de tout complot ou acte arbitraire, promettant de respecter à l'avenir les redevances, bénéfices ou revenus qui sont encore actuellement en la possession du clergé. Durant la trêve, ils n'inviteront personne à entrer dans leur Ligue et n'y admettront aucun nouveau membre ; l'Empereur sera fidèle à la même ligne de conduite en ce qui concerne l'Union Catholique. Quant
' Lenz, BriepvecJisel zhùschen Philipp und Bulzpr, t. I, p. 71, note 3.
* Voy. plus haut, p. 422, note l.
' Calvini 0pp. ,1. X, p. 330. « Nunc erp;o res ad inducias vergit. »
* Le 30 avril Bucer écrivait ù Ambroise Rlarer : « Quia pro iiidubitato habebat, repudiatis condicionibus beliigcranduni esse, se serio impediturn morbo, sucs et Saxonos famé, nec apparerct, ciii imperium belli commiteretur, inclinare cœpit, inclinantem itnpulil quidam, frogernnt etiani ania)um tara discordes aliorum senteiitine. Saxo aliquamdiu fortis erat, tandem vero. ubi persiaret in sentenlia Cattus... ipse quoque nutavit. » Le\z, liricfwcchsel zwischen Philipp und UuIzer, t. I,p. 76.