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TRÊVE DE FRANCFORT

aux contributions à fournir pour la guerre turque, les Protestants s'entendront avec les membres catholicjues du Saint-Empire et fourniront un contingent qui sera fixé à la prochaine Diète. » Mais en réalité la trêve ne fut signée que pour six mois, et cela pour deux raisons. En premier lieu, les Protestants voulaient que la restriction stipulant que les adhérents actuels de la Confession d'Augsbourg bénéficieraient seuls de la paix de Nuremberg fût supprimée; en second lieu, l'orateur impérial déclara que l'Empereur ne pouvait s'engager à empêcher l'extension de l'Union Catholique et que, pour cette raison, le recez n'aurait force de loi que pendant six mois. Dans cet intervalle, il prendrait des résolutions nettes touchant les points de doctrine controversés. S'il les tranchait dans le sens protestant, l'armistice durerait quinze mois ; au cas contraire, à l'expiration des six premiers mois, on en reviendrait aux termes de la Paix de Nuremberg i.

A ces décisions d'une nature toute politique;, s'en rattachait une autre qui touchait à l'essence même de l'Église Catholique et qui, pour celte raison, ne put être acceptée par le Pape ni par les membres catholiques de l'Empire 2.

Qu'une paix solide, une vraie sécurité ne pût s'établir avant que l'unité religieuse n'eût été rétablie, tout le monde en tombait d'accord. Mais tandis quo les Catholiques n'attendaient cet heureux résultat que des décisions d'un Concile général, les Protestants, au contraire, rejetant le Pape et le Concile, pensaient pouvoir apaiser tous les ditferends au moyen de conférences religieuses présidées par leurs théologiens sous les yeux des membres laïques de l'Empire, auxquels ils voulaient remettre les décisions suprêmes en matière de foi.

Ace vœu se rapportait un article spécial de la trêve de Francfort.

Cet article portait qu'au mois d'août des délégués et représentants de tous les membres du Saint-Empire se réuniraient à Nuremberg, nommeraient de grands et petits comités composés de théologiens pieux et éclairés, de laïques amis de la paix; que ces doctes personnages aviseraient à asseoir la paix religieuse sur des bases solides; que des plénipotentiaires impériaux et royaux prendraient part aux débats. Puis que, sur ce qui aurait été consenti et conclu par ces comités, les absents seraient appelés à donner leur avis, et que ce qui aurait été approuvé et signé par la majorité serait soumis à

* Notel des fridlichen Auslands zu Frankfurt aufqericht. » Winckelmann, p. 601-603.

- Voy. DiTTRiCH, Gasparo Contarini, p. 508-510.

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l'approbation de l'orateur impérial, à moins que l'on nepriàt l'Empereur de convoquer une nouvelle Diète oiî seraient ratifiées et adoptées les décisions de Nuremberg.

« Ne reconnaissant plus le Pape pour le chef de l'Église chrétienne, » déclaraient les Protestants, « ils n'avaient nul besoin de réclamer son avis, et regardaient comme absolument inutile qu'il envoyât ses nonces à Nuremberg. Cependant, les Électeurs de Brandebourg et du Palatinat finirent par obtenir que l'Empereur serait laissé libre d'informer le Pape du jour où s'ouvrirait l'assemblée, et pourrait lui offrir d'y assister en personne.

« L'archevêque de Lund qui, par ordre de l'Empereur, avait pris tous ces arrangements ou les avait lui-même suggérés, était un seigneur mondain, grand ami du faste, et qui n'avait môme pas reçu les saints ordres. On disait de lui qu'il souhaitait fort devenir seigneur temporel de l'évêché de Constance, dont il n'était encore que coadjuteur, et qu'il voulait se marier *. » Depuis longtemps, l'archevêque était l'objet des justes méfiances des Catholiques, à cause de ses relations avec le Landgrave et avec la reine Marie, sœur de l'Empereur, et très favorable aux nouvelles doctrines. On le croyait en secret vendu aux Luthériens ^. A Francfort, il ne cessait d'assurer aux Protestants que l'Empereur était disposé à approuver tout ce qui serait décidé à Nuremberg au sujet de la religion, lut-ce malgré le Pape ^. »

En dépit des concessionsobtenues, les plus zélés d'entre les prédicants n'étaient pas satisfaits de la trêve de Francfort. Calvin regrettait que la guerre n'eût point été déclarée, et Bucer fit au Landgrave de sérieux reproches de ce qu'à Francfort on eiît beaucoup trop cédé par crainte de l'Empereur qui cependant, la chose était bien évidente, pensait aussi peu à attaquer les Luthériens que le roi de Galicut. » « Quant aux autres princes catholiques, qu'auraient-ils pu faire sans l'Empereur? Étaient- ils donc si redou-

* Aufzeichnungen zu iS.'iS, voy. plus haut, p. 19, note i.

« Voy. ces dépêches dans Laemmku, Mon. Vat., p. 240-251. — Raynai.d, ad a. 1539. Il" 9-17. Voy. v. Aueti\, Maximilian der Erste, t. 1, p. 35-36.

^ Mélaiichthoo, le 23 avril 1539, voy. Corp. Reform., t. II, p. 700. Les députés de Strasbourg écrivaient, le 21 mars, que l'orateur impérial, dans un entretien avec les Electeurs de Brandebourg et de Saxe,« avait beaucoup insisté sur la nécessité d'arriver à une entière pacification religieuse, disant que ceux qui seraient appelés à y travailler devaient a^oir jilein pouvoir potir conclure, e\ que ce qui aurait été ainsi décidé serait ensuite ratifié par sa ftiajesté Impériale et tous les membres du Saint-Empire. » Winckelmann, p. 575.

PHILIPPE DE HESSE ET LA CHASSE DE SAINTE ELISABETH. lo39, 4^7

tables? » Bucer rappelait à Philippe l'heureuse campagne du Wurtemberg, célébrant une fois de plus « ce grand, cet admirable haut fait de la charité chrétienne ». Il prétendait qu'à Francfort on avait commis un sacrilège en souffrant que « la prêtraille » conservât ses propriétés * .

Philippe défendit contre Bucer la politique suivie à Francfort 2, mais se mit peu en peine de se conformer à ce qui y avait été décidé.

JiUi et ses alliés s'étaient engagés à s'abstenir de toute agression envers les Catholiques et a respecter les propriétés du clergé. Cependant, dès le 18 mai 1539, quatre [semaines après la conclusion de la trêve, le Landgrave pénétrait, suivid'environ deux mille hommes de toutes classes, dans l'église de S.iinte-Élisabeth, à Marbourg. Cette église appartenait aux chevaliers Teutons, qui y faisaient encore célébrer la messe. Après que le prédicant Adam Kraff't eut prêché, puis distribué la communion sous les deux espèces, Philippe et sa suite se rendirent dansla sacristie, et comme le grand-maître refusait de livrer les clefs du tombeau de la sainte patronne de la Hesse, vénéré depuis des siècles à Marbourg, Philippe le fit ouvrir de force. En vain le grand-maître Wolfgang Schulzbar le suppliat-il de songer à sa responsabilité, à son honneur, à ses vœux, à son devoir ; en vain lui demanda-t-il grâce pour un chef-d'œuvre artistique d'un prix inestimable : Philippe ne voulut rien entendre. Un trou fut pratiqué dans le couvercle de la châsse, et le Landgrave , retroussant ses manches , plongea ses mains dans le précieux coffret et en retira les reliques. « Grâce à Dieu , » s'écria-t-il, « voici les os de sainte Elisabeth ! voilà mes os et ses os! Viens t'en, vieille maman Lise! C'est mon aïeule, seigneur grand-maître ! C'est lourd! je voudrais bien qu'il n'y eût que des écus là-dedans, mais hélas! ce ne sont que de vieux florins de Hongrie ! » Il remit les reliques à un valet qui les jeta dans un grand sac à fourrage. Elles furent transportées au château. « Si par hasard les voûtes de cette église venaient à s'écrouler, » dit le Landgrave en raillant, i< on ne manquerait pas de dire que ce sont les reliquesde sainte Elisabeth quiont opéré un si éclatant miracle! Si votre prédécesseur était encore de ce monde, » dit-il en se tournant vers Wolfgang, « il grognerait comme un ours! » « Si les grognements pouvaient servir à quelque chose, » lui répondit Wolfgang, « jegrognerais bien davantage, mais il me faut céder à la force!» Le reliquaire contenant le chef de la sainte et surmonté d'une

' Lettre du 2S mîi 1539, dans Neudecker, Urkunden, p. 347-360. — Lenz, Briefjue:hsel,t. I, p. ÔS-SO.

* Lenz, Briefwechiü, t. I, p. 83-90.

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