L ARCHEVEQUE DE MAYENCE ET LES LUTHERIENS
l'archevêché de Riga. Le margrave Guillaume, frère du duc Albert de Prusse, avait ét(3 élu archevêque de Riga en 1539; mais, secrètement attaché à la nouvelle doctrine, il avait toujours difleré de prendre les ordres, n'avait pas été consacre et continuait à porter l'habit séculier. Gomme les prélats, le clergé et les États de Livonie l'invitaient à se mettre en règle, Guillaume consulta son frère Albert sur la conduite qu'il devait tenir, et celui-ci en référa à Luther et à Mélanchthon. (13 août 1540) Le margrave, dans l'intérêt de l'Évangile, pouvait-il ou ne pouvait-il pas, en bonne conscience, recevoir le sacrement de l'ordre, la consécration épiscopale, et prêter serment au Pape? A cette question Luther répandit que le duc devait avoir bon courage, et, plein de joie, contribuer avec consolation à ce que le démon de^Rome ne fût plus adoré ; il n'avait que faire de demander au Pape la confirmation de son titre ; d'ailleurs la fin du papisme approchait:« Nous sommes témoins que personne ne vient à son aide; il sent lui-môme la mort venir; bien que plusieurs potentats affectent de le soutenir, aucun ne bouge. Dieu l'a voulu ; son heure est arrivée, bientôt c'en sera fait de lui. Donc, que Votre Grâce poursuive en paix son chemin et laisse le chapitre élire et confirmer l'évêque de Riga, ou bien un coadjuteur tenir sa place jusqu'à ce que l'eau ait passé. » Mais Albert était d'un tout autre avis : « Le chapitre, la chevalerie et les États,» écrivait-il à Luther, « insistent si fort pour la sanction papale et le sacre, que mon frère ne peut se dispenser de la mômerie. Et il le peut faire, ce me semble, sans aucun scrupule de conscience, puisque par ce moyen la divine doctrine pourra se répandre * . »
La (( mômerie » eut lieu.
Seul de tous les princes de sa maison , le cardinal Albert, archevêque de Mayence et de Alagdebourg et évêque d'Halberstadt, était demeuré fidèle à l'Église dans les assemblées de la Dirte. Mais pendant les longues années de son épiscopat, ce prince ne servit la cause catholique ni par l'énergie de sa foi, ni par la pureté de ses mœurs, ni par le soin apporté dans ses diocèses au choix des pasteurs des âmes. Albert luttait de faste et de prodigalités avec les princes laïques ; son temps se passait en fêtes brillantes, en spectacles. Son train de maison« plusque royal, » sa « fureur de bâtir, )) sa passion pour les arts, sis libéralités envers ses fiatteurs les humanistes, avaient rapidement grossi ses dettes. En 1541, les États des évêchés de Magdebourg et d'Halherstadt, l'éunis à Galbe, ne votèrent pas moins d'un demi-million de llorins pour les couvrir, mais à la condition que l'archevêque les autoriserait à
» Vo)'. deWette, t. V, p. 308-309.