L ARCHEVEQUE DE MAYENCE ET LES PROTESTANTS
organiser désormais les choses de la religion comme ils l'entendraient. Albert prit l'argent, et accorda tout ce qu'on voulut *. En avril 1544, il conclut avec le duc Maurice de Saxe une convention d'après laquelle les évêchés devaient un jour revenir à la nouvelle église d'État. Il promit à Maurice de faire tous ses efforts pour que le plus jeune frère du duc, Auguste de Saxe, fût nommé coadjuteur, avec droit de succession, aux évêchés de Magdebourg et d'Halberstadt. Maurice demandait pour lui et ses héritiers la tutelle héréditaire des deux évêchés, ainsi que le droit d'en administrer le temporel. En échange de la première de ces promesses, Albert reçut 40,000 florins; pour la seconde, 15,000. Pour donner quelque compensation à Jean Albert de Brandebourg-Gulnibach, le coadjuteur actuel, et faire les « honnêtetés » nécessaires aux membres du chapitre et autres personnages influents, Maurice dépensa en outre quatre-vingt mille florins 2.
Albert se réservait, disait-il, de maintenir dans toute son intégrité l'ancien culte à Halle, où il avait établi sa résidence. Mais depuis longtemps il avait changé ou aboli ce que les habitants avaient réussi à garder de la foi et des traditions de leurs pères. Les anciennes églises et les couvents avaient été détruits, les pierres avaient été employées à construire de nouveaux édifices, « au grand scandale et déplaisir du peuple, » dit un contemporain catholique. » « Le cardinal a détruit la moitié de Halle. » A la suite d'une insurrection, le Protestantisme fut établi dans la cité. Albert laissa faire, sans opposer aucune résistance ^. H se contenta de transférer sa résidence à Mayence.
La nouvelle doctrine se propagea autour de lui sans qu'il y mît obstacle, surtout dans l'Eichsfeld. Une partie de la noblesse s'employa avec ardeur à l'abolition de l'ancien culte. Dans les localités où les nobles avaient le droit de patronage, ils imposèrent des prédicants aux populations, non sans le secours des arquebuses et des piques. On lit dans une protestation publiée plus tard par le clergé : (( Les nobles ont eu l'audace de tout bouleverser dans les paroisses. Hs se disent autorisés à les gouverner, et dirigent tout selon leur caprice. Ils installent des prédicants étrangers; ils détournent les pauvres sujets et vassaux de la
* SacKENDonp, t. III, p. 372. Il ajoute : « Nihil constatde expresso pacto; » naturellement ce traité ne revêtit pas une forme officielle. Voy. sur ce point Ranke, t. IV, p. 118.
2 Voy. Langenn, Herzog Moritz, t. I, p. 180-181. Voigt, Moritz, p. 138-139, p. 19, note 1.
»Pour pluf de détails, voy. WoKER, p. l26-ii8. Aufzeichnungen, voy. plus haut, p. 19, note 1.