CHAPITRE Xn
PI,Ai\S MlLlTAmRS DE LA LIGUE DE SMALKALDE. — BIGAMIE DU LAND- GRAVE PHILIPPE. — CORRUPTION DES MOEURS DANS LA HESSE.
Lors de la trêve de Francfort, (13 avril 1539) les Alliés s'étaient engagés u à n'appeler et n'admettre personne dans leur Ligue jusqu'à ce que l'Empereur ait fait connaître ses intentions et sa réponse, » c'est-à-dire pendant l'espace d'environ six mois. Cependant, dés le IG juin, Philippe cherchait à persuader à l'Électeur de Saxe de s'entendre avec son beau-frère Guillaume de Juliers- Clèves, et de l'engager à faire partie de la Ligue *. Il avait déjà été question de cette entrevue aux. États de Francfort, et Cal. vin avait montré beaucoup de joie à la pensée de voir un aussi puissant prince gagné au « royaume du Christ ^. »
Guillaume rechercliait l'alliance des princes protestants par crainte de l'Empereur, car, sans avoir égard aux droits héréditaires de Charles-Quint, il s'était établi dans le duché de Gueldre •*. Déjà, pour se mettre à couvert, il avait conclu une ligue
' Lenz, Briefwechsel Philipp' s mit Bulzer, t. I, p. 84, note 2.
- « Saxo ab hoc conventu Clivensem con\eiiiet, cujus sororem habet in matrimonio. Si ad suscipiendam religionem illum adducere poterit, magnum erit regni Christi iucrementum. Siquidem hodie non habet inferior Germania potentiorem principem et qui latius dominatur : nec superior etiam, excepto uno Ferdinando, qui amplitudine ditionis tantum superat. » Calvin à Farel, 0pp. -Y, p. 330.
^ Le duc Charles Egmont de Gueldre avait, en 1528 et 1536, signé une promesse à l'Empereur par laquelle il lui laissait le duché après sa mort. Contrairement à cette promesse, il donna sa terre à l^'rançois I" par un acte formel, et un ohargé de pouvoirs français vint recevoir dans les places fortes du duché le serment de fidélité des chefs de l'armée ducale. Se voyant sur le point de tomber sous la domination étrangère, les Etats se révoltèrent, et les seigneurs bannerets, la noblesse et les villes se tournèrent vers le duc Jean de Clèves, lui demandant de prendre possession du pays de Gueldre, de les protéger contre la violence qu'on leur voulait faire, et de conserver le duché au Saint-Empire. 11 fut décidé, dans un traité signé eu janvier 1538, que le fils et l'héritier de Jean, le duc Guillaume, prendrait possession de la principauté de Gueldre, du comté de Zütpben et d'autres domaines. En conséquence lorsqu'au mois de mai de la même année le duc de Gueldre, Charles, vint à mourir. Gui! laume s'établit immédiatement daus son héritage. A la mort de sou père