‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 179 sur 572 · SCANDALE CAUSK PAR LE DOUBLE MARIAGE DU LANDGRAVE · texte numérisé non relu

SCANDALE CAUSK PAR LE DOUBLE MARIAGE DU LANDGRAVE

etqu'il fallait tenir lachose fort secrète; »maisdepuislors il ne s'était pas fait scrupule de dire en pleine chaire que Dieu ne défendait point la bigamie. Aussi Bucer suppliait-il le Landgrave de lui imposer silence : « Très peu de chrétiens,» lui écrivait-il, « approuveront la dispense. D'ailleurs toutes les femmes doivent mortellement souffrir en entendant prêcher une pareille doctrine. La sœur de Votre Grâce est exceptionnellement impressionnable, il est vrai, mais il ne faut point douter que les meilleures et les plus pieuses de son sexe ne reçoivent au cœur comme un coup de poignard en entendant parler de la dispense, car elles doivent en redouter les conséquences pour elles-mêmes, surtout dans les classes élevées. »

Cependant la nouvelle s'était rapidement répandue parmi le peuple et y causait une vive émotion, aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Le prédicant Gorvinus craignait que beaucoup n'abandonnassent « l'Évangile *. » « Le bourgmestre de Lahr, » écrivait-il à Philippe, « a dit publiquement devant les paysans que le Landgrave avait pris une seconde femme, et pour prouver son dire, il a raconté que Votre Grâce venait d'envoyer un foudre de vin à Luther pour le récompenser d'en avoir accorde la permission à Votre Grâce '. » On allait jusqu'à répandre le bruit que Philippe avait fait enfermer Christine, et vivait dans un commerce criminel avec la sœur de Marguerite. Le duc Maurice de Saxe se vit un jour obligé de défendre le Landgrave contre ces calomnies ^.

Bien que tombés, depuis la révolution religieuse, dans une effroyable dépravation morale, les Hessois ressentirent de l'horreur pour le crime que venait do commettre le Landgrave ^. Un règlement disciplinaire ecclésiastique, publié en 1539, attribue le déplorable état moral de la population à Satan « qui s'efforçait d'enlever dos âmes au Christ, non seulement par les séditions et les sectes, mais encore par les tentations do la chair ^. » « Chez nous, les gens sont devenus si grossiers, » lit-on dans la Chronique hessoise de Wigand Lauze, (1539) « (ju'il semble en vérité que

< 19 avriH540. Li:nz, t. I, p. 166. « Li:.vz, t. 1, p. 3:30, note.

'■> Lknz, t. I, p. 367.

* » .Mores omnium comiptissimi, » écrivait, en 1510, sur les mœurs de la Hesse, Rodolpiie Walter à liiiliiiif^er. (Voy. la lettre citée p. 455, noie 2.) Frantz Lambert mandait le li mars 1530 à Uucer : '< ilorreo mores populi hujus. » Voy. lIliRMINJARD, t. 11, p. 242.

* Rkihtkb, Kirchenordmuif/nn, t. I, p. 290.

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