POLITIQUE DU CHANCELIER ECK
peuple français honorait en lui le protecteur suprême de l'Église. Les Protestants avaient donc de justes motifs de craindre que l'Empereur et le roi ne se fussent rapprochés que pour les perdre.
Le 9 février 1540, l'Électeur de Saxe eut une entrevue avec le duc Guillaume de Juliers-Glèves qui venait de conclure, le 29 janvier, une ligue offensive et défensive avec l'Angleterre *. Le 14 février, à Gassel, en présence de l'Électeur, les contingents des princes et des villes qu'on espérait attirer dans la Ligue furent exactement fixés, et de tous les côtés on envoya des commissaires chargés d'enrôler des soldats 2. En février 1540 , des troupes suisses rejoignirent l'armée des Alliés ^.
Eck était plein d'ardeur et déployait un grand zèle. Selon lui, tous les princes allemands, catholiques et prolestants, devaient s'unir et s'entendre au sujet de la religion, sans que l'Empereur ait aucunement à intervenir. Sailer, le délégué du Landgrave, écrivait le 16 janvier 1540 après s'être longuement entretenu à Munich avec le chancelier de Bavière : « Eck se montre très bien disposé; je vois bien qu'à son avis, tant que l'Empereur sera en Allemagne, tout accommodement au sujet de la religion sera impossible, car l'Empereur propose des mesures tout à fait inacceptables 3. » « Si vous voulez vraiment rendre la paix à l'Allemagne, » disait Eck à Sailer, « il vous faut avoir égard aux cérémonies, non pas à cause des sages, mais à cause des fous;* il n'y a pas d'autre moyen de prévenir les maux qui nous menacent ^. » « Si parmi les Alliés on pouvait établir la conformité de culte et de cérémonies, » disait à ce propos le chargé de pouvoirs du Landgrave, « le vulgaire serait satisfait, et je tiens pour certain que les Bavarois, et beaucoup d'autres avec eux, viendraient bien plus volontiers se joindre à nous s. »
Ainsi donc les « cérémonies » n'étaient que pour les gens grossiers, pour les fous, non pour les gens sages et les cultivés comme Sailer et Eck.
En mars 1540, le chancelier s'ouvrit encore plus franchement à
à Bayonne : « Il y fut reçu avec la plus grande magnificence et on lai rendit tous les honneurs imaginables. Les prisons furent ouvertes, et il fit grâce à tous les prisonniers qu'il lui plut de délivrer, agissant avec autant d'autorité que s'il eût été dans ses propres états. » du Bellay, Métnoires, t. IV, p. 408. De même à Paris, voy. t. IV, p. 411-412. Sur les fêtes et divertissements donnés en l'honneur de 1 Empereur dans différentes villes de France, voy. les Pièces justificatives, t. VI, p. 339-444. Voy. aussi Aufzeichnungen CarVs V, p. 46-47.
* Voy. BoDTERWEK, Anna von Clève, p. 3'.t2-395.
^ Pour plus de détails, voy. Lenz, t. l, p. 413-415.
' Edgenijssische Abschiede, t. IV, partie 1= Abth. l^. 1178.
< Voy. Lenz, t. 1, p. 449.
'- Voy, Lenz, t. 1, p. 350.