‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 185 sur 572 · POLITIQUE DU CHANCELIER ECK · texte numérisé non relu

POLITIQUE DU CHANCELIER ECK

Sailer. Sans donner prise aux soupçons de ses nombreux envieux et ennemis, il ne pouvait personnellement se rapprocher du Landgrave, car laisser deviner sa vraie manière de voir eût été se rendre incapable de rien faire de bon à l'avenir, et de « travailler à la grandeur de Philippe^ » comme il l'avait fait jusque-là et le voulait faire à l'avenir. Il importait que pour le moment personne ne le crût influencé par la Hesse et qu'il parût n'agir que par amour pour la vérité. « Ce raisonnement, » écrit Sailer, « a beaucoup de poids à mes yeux, et je le tiens pour juste, car je sais que tous ceux qui sont attachés à la prétraille ne se fient point au docteur Eck, et se doutent bien qu'au fond il n'est pas bon papiste ; ils le soupçonnent d'être légèrement infecté de l'infamie luthérienne, ainsi qu'ils appellent notre religion. Et il est vrai aussi que la noblesse de Bavière est très attachée à la prétraille, et peu bienveillante pour le docteur Eck. Tout le monde voudrait voirie jeu qu'il a en mains, et aimerait à être consulté à sa place dans toutes les questions importantes, intimes et secrètes. » « Les vrais secrets d'Etat, en Bavière, ne sont connus que des ducs Guillaume et Louis, et des conseillers Ecket Weissenfelder. Mais il arrive quelquefois que dans les choses qui concernent la religion et ceux qui la défendent, Eck n'ose se confier à Weissenfelder ni au duc Louis. Ce dernier est encore trop attaché aux grands chefs et à toute la clique des prêtres. » Eck disait contidentiellcraent au Landgrave : « Ne cherchez pas à réconcilier les partis ; jamais le clergé ne fera de concessions. Croyez-moi, la seule chose à faire c'est d'obtenir de l'Empereur une paix générale, comprenant les affaires religieuses; de prendre des deux côtés des garanties touchant cette paix, et ensuite de décider le concile national et de fixer le lieu et le jour où il pourra se réunir. » Eck se promettait de s'entendre avec Bucer à ce sujet*. Ce derneir fondait de grandes espérances sur les ducs de Bavière : « L'élévation de la Maison d'Autriche leur pèse, » écrivait-il à Philippe de Hesse ; « ils sont avertis des bruits qui circulent à la cour de l'Empereur, où leurs relations avec les Alliés ne sont plus^ depuis longtemps, un mystère pour personne. » « Il paraît évident, » ajoutait-il, « que Dieu a choisi la Bavière pour son instrument, et veut par elle empêcher que la tyrannie de certaines gens ne prenne la haute main dans l'Empire 2. »

« Nous connaissons mieux que vous les Bavarois, » lui répondait Philippe ; « ce sont des gens rusés et indécis. Nous avons eu beau-

1 Relation du 9 mars 1540, voy. Lenz, t. I, p. 457-459. ^i Voy. Lenz, t. I, p. 123.

LES ALLIÉS SOLLICITENT l'aPPUI d'HENRI VIII. 1540. 465

coup de rapport avec eux, et quand nous pensions les tenir pour de bon, ils nous glissaient entre les mains K »

Les négociations avec la Bavière demeurèrent stériles, et l'ensemble de lasituation politique semblait peu favorable à la guerre offensive que Philippe souhaitait avec tant d'ardeur.

Henri de Saxe et Ulrich de Wurtemberg parais&aient vouloirrester en dehors de la Ligue -. Les villes de l'Oberland et celles fie Saxe déclarèrent ne vouloir se mêler en rien de l'affaire de Juliers et de Gueldre^. Le comte palatin Frédéric, qui s'était rapproché des Alliés en décembre 1339^ et qui avait promis de se trouver aux États d'Eisenach, retira sa parole ^. L'archevêque de Trêves, Jean de Mezzeuhausen, « recula » de même au dernier moment. En novembre 1539, ce prélat avait conseillé au Landgrave de réunir en une même assemblée les princes catholiques et les princes pi-otestants,et de les presser de trancher entre eux les points de doctrine controversés « en se passant de Pape et d'Empereur ^. » Mais lorsque Philippe voulut obtenir de lui qu'il convoquât dans ce but, soit à Coblentz, soit à Limbourg, les princes du Rhin et de la Franconie, l'archevêque hésita, disant que cette démarche regardait l'Électeur palatin, et celui-ci, à son tour, désigna l'archichancelier de l'Empire comme seul autorisé à une si grave mesure.

Mais Albert de Mayence qui, pendant quelque temps, avait donné de grandes espérances à la Ligue, n'était plus disposé à rien faire pour elle 7. « Vous verrez, » écrivait Philippe de Hesse au conseil de Strasbourg le 3janvier 1540, « que l'arrivée de l'Empereur rendra tous nos gens poltrons, et qu'ils changeront de sentiment selon le temps et les événements ^. »

Avec Henri VIII, Philippe ne réussit pas davantage^. Recevant les délégués de l'Électeur de Saxe, le roi avait exprimé le désir que l'on commençât par former une confédération politique, remettante plus tardles discussions religieuses. Son ministre Gromwell leurpromit d'importants secours pour la défense de la religion lorsqu'on viendrait à en discuter les intérêts ^o^

' Voy. Lenz, t. 1, p. 132, 418, note 3. ^ F^UNz, t. I, p. 415-416.

3 Lenz, t. \, p. 448.

* Lexz, t. I, p. 408-409. On voit, d'après une leUre de Calvin à Farel datée de nov. 1539, qu'Henri VIII avait conseillé an comte palatin de s'allier aux Protestants et d'attirer son frère, le prince Electeur palatin Louis, daas le parti protestant. Calvini 0pp., t. X, p. 431.

° Lenz, t. I, p. 417.

" Proposition du chancelier de l'archevêque, 7 nov. 1339, voy. Lk.vz, p. 431.

^ Voy. Lenz, t. I, p. 410-417.

* Voy. Lenz, t. I, p. 126, note 4.

^ Voy. Lenz, t. L p. 421-422.

'"Voy. SiER.v.p. 497-499, SOjJ.Bucer était un ardent partisande l'alliance anglaise ;

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