LES THÉOLOGIENS PROTESTANTS SUR LE SECOND MARIAGE DE PHILIPPE
Ce n'était pas la paix religieuse mais le second mariage du Landgrave qui était le continuel souci, la constante anxiété des membres d'Empire et des théologiens protestants.
L'ancienne législation avait attaché la peine capitale au crime de bigamie, et le code criminel promulgué par Charles-Quint, et encore en vigueur dans la Hesse, condamnait le bigame à la torture. L'ancien code de Bamberg, celui plus récent de Brandebourg, le déclarait infâme et le condamnait à perdre la moitié de ses biens. Les juges, pour frapper encore davantage les esprits et leur inspirer plus d'horreur de ce crime, étaient autorisés « à mettre le bigame au cachot pendant un certain temps, puis à lui infliger quelque peine corporelle, par exemple le supplice du pilori, du carcan, la flagellation ou l'exil, « selon les circonstances et la qualité de la personne *. »
Si la Chambre Impériale, dont les États de Smalkalde ne pouvaient nier la compétence en ces sortes d'aff"aires, se décidait à traiter Philippe comme un simple criminel, les Alliés allaient être profondément humiliés dans leur chef, et « l'Évangile souillé d'un indicible opprobre. »
De là, l'indescriptible effroi d'un grand nombre de « pères de l'Église évangélique » lorsque la nouvelle du double mariage de Philippe commença à s'ébruiter; de là, l'angoisse des membres d'Empire protestants.
L'Électeur de Saxe insistait continuellement pour que le plus strict secret fût gardé, et déclarait n'être nullement disposé à prendre la défense du Landgrave dans le cas où son crime serait porté devant la justice ^. Le 3 juillet, Bucer écrivait d'Haguenau à Philippe « que pour se conformer au désir de l'Électeur, il ferait bien d'obliger au secret le plus absolu Henri de Saxe et la duchesse Elisabeth qui pourraient même, au besoin, nier le second mariage. Surtout le Landgrave devait se taire : « Votre Grâce sait assez combien il est peu de chrétiens capables de voiries choses selon l'esprit de l'Évangile. » Schnepf, Brenz et Osiander, auxquels Phihppe avait confié l'affaire sous le sceau du plus profond secret, étaient d'avis que le Landgrave devait nier énergiquement son second mariage. » Puisque
* Bamberger Ordnung, Artikel 146, Brandenhurgische Ordnung Artikel 148, \oy. BoEHMEH, Meditationes in constUulionem crlminalem Caroünam (Halae, 17701, p. 469-482.
* Voy. l'instruction remise par l'Électeur à ses conseillers à Haguenau, 19 juin 1540. Corp. Reform., t. III, p. 1049.
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les lois encore en vigueur dans l'Empire punissent de mort de semblables délits, les adversaires de Votre Grâce se verraient autorisés, si la chose s'ébruitait, à procéder envers Elle de la manière la plus injurieuse pour sa personne. » Ces mêmes théologiens, si le mariage venait à être connu, offraient au Landgrave, non seulement de le défendre, mais de nier absolument, s'il le fallait, que le mariag«) eût été contracté. Au reste, ils disaient ressentir pour sa personne la plus affectueuse compassion.
Le 8 juillet, Bucer insista de nouveau auprès de Philippe pour qu'il démentît publiquement le second mariage : « Dans le cas en question nous avons pour modèles, » lui écrivait-il^ « Abraham, Isaac, Jacob, les .Tuges, les Rois, les Prophètes, et même le Christ et les Apôtres. Oui, Dieu même, pour sauver son peuple, a parfois donné à ses ennemis de fausses visions, de fausses révélations, et les a quelquefois abusés par des mirages. Ce qui nous montre que nous devons non seulement cacher la vérité à nos ennemis lorsqu'ils pourraient en abuser pour nous nuire, mais encore qu'il nous est permis de les dépister par des inventions contraires. »
Bucer conseillait donc à Philippe de décider Marguerite à déclarer devant notaire et témoins qu'elle « n'était qu'une simple concubine, donnée par Dieu à son lidèle serviteur. ;) Ensuite le Landgrave publierait une lettre-circulaire, dans laquelle il se plaindrait « que partout on fît courir le bruit qu'il avait manqué à ses devoirs d'époux, à son honneur de prince, mis en oubli la morale commune à tous les chrétiens, et commis un crime que llétrissaient les lois de l'Empire, en prenant à côté de son épouse légitime une seconde femme; qu'en répandant de pareilles calomnies, on le persécutait, et que ceux qui avaient inventé ces mensonges n'y étaient poussés que par le besoin de soulager leur cœur, rempli de haine et d'envie. Ils en avaient menti, puisqu'il n'était pas assez abandonné de Dieu pour ignorer que le Seigneur avait fait cette grâce à la Chrétienté de ramener le lien sacré du mariage à la pureté de la première institution, et que non seulement les serviteurs de l'Eglise, mais aussi les laïques, ne devaient avoir qu'une épouse. Que la sainteté du mariage, ce don de Dieu, l'honneur, l'ornement de la Chrétienté, il avait à cœur de ne pas le fouler aux pieds, et ne tolérerait jamais qu'aucun des siens lui fît injure; qu'ainsi il priait qu'on n'ajoutât aucune foi aux rapports calomnieux répandus par les mal intentionnés. »
Pour justifier de si audacieux mensonges, Bucer disait: « C'est tenter Dieu que de s'exposer au danger, cjuand il y a un chemin font préparé pour l'éviter, surtout quand il s'agit de sanctilior par là le