‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 189 sur 572 · LES THÉOLOGIENS PROTESTANTS SUR LE SECOND MARKIGE DE PHILIPPE · texte numérisé non relu

LES THÉOLOGIENS PROTESTANTS SUR LE SECOND MARKIGE DE PHILIPPE

nom du Seigneur, et d'étendre son règne, comme c'est le devoir et la mission de tout chrétien *. »

Ainsi parlait Bucer, l'apôtre (( de l'Évangile de vérité. »

Philippe, au reçu de cette lettre, entra dans une violente colère. Il répondit à Bucer qu'il attachait fort peu d'importance à l'opinion de Brenz, de Schnepf et d'Osiander: « La compassion qu'ils daignent avoir pour nous nous étonne grandement. Nous sommes surpris qu'ils aient tant de pitié au cœur pour une situation qui n'exclut personne du royaume de Dieu. Ils ne s'opposaient point à nous lorsque nous vivions dans une impudicité notoire. >> « Ne vous laissez pas troubler par ces trois orgueilleux; vous les connaissez, vous savez comment ils agissent en d'autres circonstances. Ils nous persécutent pour un mariage, et nous laissaient en paix lorsque nous vivions avec des filles publiques. Et comme c'est l'ordinaire ici-bas que les choses justes soient persécutées, et que c'est pour une chose juste qu'on nous accuse, nous sommes plus fondés que jamais à croire que nous n'avons pas Dieu contre nous, mais pour nous. » Philippe se refusait soit à rétracter soit à nier publiquement la vérité : « On ne le tenait pas encore dans le sac. » Si les choses en venaient au pire, il en serait quitte pour lever quelques milliers de cavaliers et de fantassins : « Celui donc qui voudrait se jouer de nous serait obligé d'y mettre les deux poings et d'agir à ses risques et périls, car nous saurions bien nous défendre, comme déjà nous l'avons fait plusieurs fois. » Au reste, il avait « la conscience tranquille», si la chose devenait indispensable, il aviserait à sa sécurité, advienne que pourrait. « Quoi qu'il arrive, nous avons vingt mille hommes à notre service, et nous ne nous laisserons pas faire si aisément. N'ayez donc aucune crainte, nous saurons nou^' tirer d'affaire. »

Le Landgrave trouvait particulièrement «. étrange » la conduite de l'Électeur de Saxe. « Il a envoyé un ambassadeur au mariage, » écrivait-il à Bucer; « avant l'événement, lorsque nous sommes venu le trouver à Gassel, il ne nous a pas détourné de notre dessein ; il nous a seulement taquiné à ce sujet, demandant toujours à savoir le nom de la personne -. »

Mais Bucer persistait dans sa manière de voir : « Si Votre Grâce n'a recours quotidiennement au mensonge, comme je le lui ai déjà conseillé, il en résultera beaucoup de difficultés. On voit dans

' Voy. Lenz, t. I, p. 175-180.

ä Leures des 12, 15 et24 juillet 1540, dans Lenz, t. I, p. 181-187, 204. Philippe écrivait le 3 février à Luther et à Mélanchlhoa après Tentrevue de Cassel : « L'Electeur est très satisfait, il donne son assentiment. 11 voudrait bien savoir de qui il s'agit, mais nous n'avons pas voulu le lui confier. Il nous a dit, entre autres choses; Je voudrais bien la voir un jour ! » Le.nz, t. 1. p. 333, notel.

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