‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 190 sur 572 · LES THEOLOGIENS PROTESTANTS SUR LE SECOND MARIAGE DE PHILIPPE · texte numérisé non relu

LES THEOLOGIENS PROTESTANTS SUR LE SECOND MARIAGE DE PHILIPPE

l'Écriture que souvent des auges et des saints ont été chargés par Dieu de tromper leshommes. La Bible est pleine de ces exemples». »

Pour Bucer, le but justifiait les moyens.

Luther pensait comme lui.

Le 20 juin, le Landgrave lui avait écrit, ainsi qu'à Mélanchthon, « qu'il avait tout fait pour tenir le mariage secret 2, mais que, surtout par la faute de sa sœur et duducHenri,ce secret avait été divulgué et qu'on en avait fait grand bruit en Mesnie eten Thuringe;aussi leur demandait-il conseil sur ce qu'il y avait maintenant à faire, espérant que, s'il était menacé de quelque manière par l'Empereur, le roi ou quelque autre puissance, ils l'assisteraient fidèlement et chrétiennement : « Car si vous songiez, ce que nous ne voulons nullement supposer, à nous retirer votre aide et votre appui, vous auriez à réfléchir qu'alors nous serions contraint de mettre sous les yeux de nos accusateurs la dispense écrite et signée de votre main, afin qu'ils puissent bien voir que nous n'avons agi qu'avec votre consentement ^. »

Luther soutenait que le mariage devait être nié publiquement : « Ce qui est un oui secret ne saurait être un oui public,sans cela les mots secret et public seraient synonymes, et il n'y aurait aucune différence entre eux, ce qui ne peut ni ne doit être. Donc le oui secret doit être un non public et demeurer tel ^. » Dans un entretien qu'il eut en juin 1540, avec des conseillers de Philippe, venus pour le consulter à Eisenach, il s'écria : « Après tout, qu'adviendraitil si quelqu'un, dans l'intérêt du bien, et pour l'Église chrétienne, faisait un beau gros mensonge ? En ce cas, croyez-moi, la conscience pourrait être en repos! » Plutôt que publier le secret du Landgrave, il était décidé à dire à tout le monde que lui, Luther, s'était amusé aux dépens de Philippe ; il consentait à prendre toute la honte pour lui. « Car ici il ne s'agit pas seulement de scandale, mais de contrées, de vies. 11 y va de la réputation et de l'honneur du Landgrave. En vérité, il est dur de tant sonff'rirpour une courtisane ! Je prie de toute mon âme le prince de liesse de s'abstenir de la confession publique qu'il songe à faire. Je veux ici lui tenir lieu de prophète; dites-lui bien qu'un humble aveu ne lui réussira pas, et qu'il n'en devrait pas moins renoncer à sa femme. » Le chancelier de Hesse, Feige, objectait à Luther « que s'il prétendait s'être

' Voy. Lenz, t. I, p. 193.

- Le 9 juillet 1540, Philippe avait écrit à Luther et à Mélanchthon: «Nousavons tenu la chose tellement secrète que nous n'approuvions même point que la personne en question mil la tele à la fenêtre. » Voy. IvoLDE.p. 319.

•'Voy. Lenz, t. 1, p. 3ü3. Voy. ce que quatre théologiens de liesse écrivaient sur ce sujet à Luther et à Mélanchthon, dans Kolde, p. 353-355.

' Voy. de Wkïtk-Seidkmann, t. VI, p. :2l)3-:2üi.

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