CAMPAGNE CONTRE LES TURCS
La passion du jeu était chez lui si violente qu'en 1542, à Nuremberg, il perdit en deux séances jusqu'à 40.000 florins *.
Joachim se plaignit avec raison des lenteurs apportées par les membres d'Empire à l'envoi de leurs contingents. « Si l'onnetrouve quelque expédient, » écrivait-il le 21 juillet aux conseillers de guerre « il est à craindre que les soldats ne s'emparent un beau jour de l'artillerie, ne ravagent tout le pays et n'aillent offrir leurs services au roi de France 2. » Dès le mois de juillet, l'Électeur de Saxe et le Landgrave de Hesse qui alors, exploitant le péril turc à leur profit, se disposaient à entreprendre la conquête du duché de Brunswick-Wolfenbuttel, ordonnaient à leurs généraux d'enrôler cinq mille soldats dans le cas où les compagnies de Joachim viendraient à se débander 3.
Pendant que l'armée impériale demeurait inactive, vingt mille Turcs, divisés en plusieurs bandes, saccageaient, pillaient et incendiaient tout le pays ; pour comble de malheur, une violente tempête détruisit une partie du camp. « A tous les points de vue, les choses prenaient une fâcheuse tournure *. »
Pour pouvoir du moins faire quelques pas en avant, Ferdinand avança trente mille florins ». H se serait volontiers mis à la tête de ses soldats, écrivait-il à l'Empereur, mais pour aller quérir les secours promis par les membres d'Empire, il lui fallut se rendre à Nuremberg, où il avait supplié les princes de se rendre 6.
Lorsqu'il ouvrit l'assemblée, le 21 juillet, pas un seul prince laïque n'avait encore paru. Tous envoyèrent leurs délégués. Des princes ecclésiastiques, trois évêjues seulement avaient répondu à son appel. Ce fut une diète d'ambassadeurs, et elle ne produisit aucun fruit. Ferdinand se plaignit que beaucoup de membres d'Empire n'eussent pas encore tenu leurs promesses, et que d'autres n'aient fourni qu'une partie de leur contingent. Plusieurs corps d'armée manquaient de munitions, d'autres ne recevaient point leur solde. Ferdinand, s'adressant aux députés des villes, les conjura d'avoir pitié de l'Empire et de la Chrétienté. Il était disposé à traiter et à conclure avec eux de manière à les satisfaire pleinement; il leur donnerait un acte leur garantissant que la querelle sur « le siège et le vote » serait accommodée selon leur désir aussitôt que l'Empereur serait arrivé;
1 Voigt, Fùrstenleben, p. 387.
- * Frankfurter Reichstnqsncten, t. LU, fol. 77-80.
3 * Joachim écrivait, le 2i août 1342, que jamais sans cet argent il n'aurait pu décider l'armée à quitter Vienne. Frankfurier Reicksiagsacten, t. LU, p. 96-101.
* 'Ort zum Junjren au conseil de Francfort, les 3 et 13 juillet 1542, Archives de Francfort, Reichssachen, 1342.
* BUCHOLTZ, t. V. p. 168.
* ■ Discours de Ferdinand, Frankfurter Reichstagsacten, t. LU, fol. 1-18.