INSUCCÈS DE LA CAMPAGNE CONTRE LES TURCS
parvenir jusque-là. « Sa Majesté royale, » écrivait Joachim, « n'a rien épargné pour le succès de l'expédition. Le roi a envoyé des troupes, il a équipé la flotte, il a donné de belles pièces d'artillerie, il a fait de grandes et merveilleuses dépenses, fournissant abondamment vivres, argent et munitions pour l'armée d'Empire. Rien n'a manqué au zèle de Sa Majesté, comme nous et les conseillers de guerre de Sa Majesté sommes prêts à l'attester ^ »
« Mais le roi pouvait-il suffire à tout lorsque les autres ne faisaient rien ? » Le duc de Lunébourg, le Landgrave de Hesse et les villes rappelèrent leurs soldats. Ferdinand soupçonnait dans l'armée l'existence de complots criminels ^.
La flotte du Danube, commandée par l'italien Médicis, s'empara des îles Sainte-Marguerite, situées non loin de Bude, et en chassa la flotte turque. Trois mille Italiens bien soldés, conduits par Vitelli et envoyés par le Pape, tentèrent l'assaut de Bude, mais n'étant pas soutenus par l'armée d'Empire, ils furent contraints de se retirer. Joachim, pendant l'assaut, était resté dans l'inaction, à quelque distance de là 3. «[Bien que les Hongrois et les Italiens lui eussent offert avec^empressement leurs services, » il ordonna aux troupes de se préparer à la retraite, et l'armée décampa avant d'avoir rien entrepris'^. Les soldats revinrent sur leurs pas, «raillés detous, et au grand dommage de la Chrétienté. » Environ quinze mille braves soldats étaient restés complètement inutiles au salut de l'Allemagne ^. « J'estime que jamais si grand opprobre et déshonneur n'a été subi par l'Empire, » écrivait Ferdinand à son frère, « sans parler de nos pertes, et du danger d'en faire encore de plus grandes 6. »
De retour à Berlin, à Joachim se fit promener en riche équipage à travers la ville, aussi satisfait que s'il eût mené à bien toute la campagne ^. )) Il fit part à Granvelle de son désir d'être décoré de l'Ordre de la Toison d'Or pour prix de ses services; il aurait aussi souhaité recevoir une pension, ou quelque autre récompense, <' pour l'indemniser des dépenses nécessitées par ses nombreux voyages. » «Comme un procès allait être intenté aux ducs de Poméranie, » il avouait que ce qui lui serait le plus agréable serait d'être chargé d'exécuter
1 * Dépêche du 9 oct. 1342 aux conseillers élus à Ratisbonne. Reichstagsacten, t. LU, fol. 128.
* Dépêche à l'Empereur, 17 oct. 1342, voy. Bucholtz, t. V, p. 170.
* Könneritz, p. 09.
* Zeitschrift für preussische Geschichte und Landeskunde, t. XVI, p 323. — Justice y est rendue aux troupes papales. « Les soldats du Pape se conduisirent avec honneur et vaillance. » (p. 532.)
' ScHARTLiN, Lehensbeschreibung , p. GO-Gl. ^ Bucholtz, t. V, p. 171.
7 Kawerau, p. 227, note .