INTRIGUES DU ROI DE FRANCR
contre ces princes la sentence du ban. Si l'affaire rapportait cent mille florins, il promettait à Granvclle de lui en donner dix et, si la somme lui paraissait insuffisante, le double *.
Après la malheureuse expédition d'Alger et la ridicule campagne de l'armée d'Empire, François I" « crut que le moment était venu d'anéantir complètement la puissance de son rival o. »
Un événement imprévu lui fournit un bon prétexte de guerre.
Pour l'heureux succès dunplan militaire formé contre l'Empereur avec Soliman, il avait envoyé en ambassade à Gonstantinople, muni de tous les pouvoirs nécessaires, un Espagnol nommé Antoine Ricone, entré depuis peu à son service, et lui avait donné pour compagnon un génois tout dévoué à la France, César Fregono, lequel avaitpour mission de presser la République de Venise de prendre part à la grande ligue qui s'organisait contre Charles-Quint. Ricone était connudepuis longtemps pour leplushabile négociateurde François P' à Gonstantinople ; aussi le marquis de Guasto, gouverneur impérial du Milanais, apprenant qu'il devait traverser la Lombardie avec Fregono dans le plus grand secret et sans suite, donna-t-il l'ordre à quelques soldats d'arrêter les voyageurs au passage et de se saisir de leurs dépêches. Tous deux, surpris près de Pavie, furent assassinés comme ils se disposaient à se défendre. François P"" se plaignit hautement de cette violation sanglante du droit des gens, et en demanda immédiatement satisfaction à l'Empereur. Guasto soutint n'avoir pas ordonné le meurtre, et en appela au Pape. Charles voulut que les coupables fussent recherchés, mais ils s'étaient enfuis aussitôt après leur crime, et l'on ne put les retrouver.
François voulait à tout prix la guerre, et trouva des alliés tout disposés à le seconder. A sa requête, Soliman chargea Gheredin Barberoussc d'équiper une flotte et d'inquiéter les côtes d'Espagne. En novembre 1541, le roi conclut un traité avec Christian de Danemark, qui promit de lui iburnir six navires de guerre et mille hommes d'équipe. En juillet 1542, Gustave Wasa, roi de Suède, mit à sa disposition une armée de terre et une flotte considérable. L'assistance du duc de Clèves lui était depuis longtemps assurée. Durant le printemps et l'été de 1542, cinq armées furent levées , car l'Empereur devait être assailli de cinq côtés à la fois. Le général en chef du duc de Clcvcs, Martin de Rossem, pénétra
' Oroysen, 3'î, p. 196. Voy. aussi p. 4ü4. 2 Relations secrètes, p. 81.
GRANDE COALITION CONTRE l'eMPEREUR. 1S4 1-1542. 52o
dans les Flandres à la tète de troupes recrutées dans son duché, en Danemark et en France, rançonna et pilla tout le pays plat jusqu'à Malines. Une autre armée, sous la conduite du duc de Vendôme, envahit l'Artois. Une troisième, commandée par le duc d'Orléans, conquit une grande partie du Luxembourg. Dans le Piémont, des troupes françaises reprirent aux Impériaux plusieurs places fortes. Commandés par le dauphin, quarante mille hommes passèrent les frontirres d'Espagne et vinrent camper aux portes de Perpignan, (août 1542) Soliman lui-même se préparait à entrer en campagne, et François I" lui envoyait d'énormes sommes pour couvrir les frais de l'expédition *. Le sultan se vantait d'être plus aidé par le roi de France que par aucun de ses vassaux. « Ibraïm a touché Vienne du bout du doigt, » dit le grand-visir Rustan à l'ambassadeur de Ferdinand, « mais moi, je la prendrai à deux mains. »
La puissance de l'Empereur et de Ferdinand était en grand péril et gravement compromise. Les deux souverains ne pouvaient intervenir dans les affaires intérieures de l'Allemagne qu'au moyen de diètes, d'édits, d'ordonnances auxquels personne ne faisait plus la moindre attention. Leur position critique en face des menaces de l'étranger fut naturellement exploitée par les chefs de la Ligue de Smalkalde, qui en profilèrent pour opprimer plus que jamais les membres catholiques de l'Empire, ils persécutèrent l'ancienne religion là où elle existait encore, ils imposèrentpartoutle nouveau culte aux populations, et leur audace n'eut plus de bornes. L'histoire de leurs attentats dans les évêchés de Naumbourg-Zeitz, de Meissen, d'Hildesheim dans le duché de Brunswick- Wolfenbuttel et à Mulhouse, va nous fournir l'occasion d'étudier de près la manière dont s'opéra en Allemagne la révolution politique et religieuse.
' ...« plus omnibus ceteris tributariis praestitisse. » Relation dePaulinus, chargé d'affaires français à Constantinople ; voy. Bucholtz, t. V, p. 196.